Municipales 2020 à Paris: La police municipale et son armement, véritable enjeu des municipales

POLITIQUE (2/7) Si la majorité des candidats à la mairie de Paris sont en faveur de la création d’une police municipale, la question de son armement divise

Caroline Politi

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Une patrouille de police municipale (illustration).
Une patrouille de police municipale (illustration). — C. VILLEMAIN/20 MINUTES
  • Les municipales se tiennent les 15 et 22 mars 2020. Chaque lundi, 20 Minutes abordera un thème de la campagne. Aujourd’hui, les enjeux autour de la sécurité.
  • Pendant longtemps, Anne Hidalgo s’est opposée à la création d’une police municipale avant de faire volte-face l’an dernier.
  • L’enjeu de cette campagne porte principalement sur l’armement ou non des agents.

Anne Hidalgo l’a longtemps martelé : hors de question de créer sous son mandat une police municipale. Pendant des années, la maire de Paris l’a jugée inutile, coûteuse et superflue. Elle a finalement fait volte-face en janvier dernier prenant de court ses adversaires. Si ces derniers y ont vu un calcul politique à l’approche des élections, l’élue a justifié ce revirement par le sentiment d’insécurité croissant manifesté par les Parisiens.

Selon un audit commandé en octobre 2018 par la mairie, 65 % des Parisiens jugent que la capitale est une ville sûre mais un sur deux a le sentiment que la situation s’est dégradée et que les incivilités ont progressé ces dernières années. Ce sentiment d’insécurité serait particulièrement palpable, la nuit, dans les transports (63 %), dans la rue (59 %) et dans les parcs (55 %). Et près d’une femme sur deux se plaint de harcèlement sur la voie publique. Un ressenti confirmé par les mauvais chiffres de 2018 et 2019. Sur les neuf premiers mois de l’année dernière, les cambriolages ont augmenté de 8 %, les actes de violence non-crapuleux de près de 10 % et les violences sexuelles de plus de 3 %.

« La police municipale doit permettre à chacune et à chacun de vivre plus tranquillement », a déclaré l’édile en annonçant la création de la direction de la prévention, de la sécurité et de la protection. Si ce service n’a pas encore officiellement le statut de police municipale – l’amendement technique a été retoqué par l’Assemblée nationale en novembre –, elle est déjà dotée de 3.400 agents issus de divers services de la ville. Son objectif : lutter contre les nuisances du quotidien et les incivilités. « Je souhaite que les femmes investissent des fonctions d’autorité qui soient plus visibles dans l’espace public, précisait à sa création Anne Hidalgo. Ce qui permettra peut-être d’ailleurs de lutter contre ce harcèlement de rue. Cette police sera aussi formée au respect et notamment sur les questions de lutte contre l’homophobie et le sexisme. »

L’armement au cœur du débat

Si la création d’une police municipale est une volonté presque unanimement partagée par les candidats – seuls les communistes et les insoumis s’y opposent, les Verts plaident pour une brigade de la sécurité et tranquillité publique, version « allégée » de la police municipale –, c’est la question de leur armement qui divise : faut-il ou non doter ces agents d’une arme létale ? Anne Hidalgo s’y refuse, préférant équiper les agents de matraques et bombes lacrymogènes. Aux yeux de l’édile, une arme à feu est non seulement inutile pour ces agents dont la mission principale est d’assurer la tranquillité publique mais est également onéreux en termes de financement et de formation.

Benjamin Griveaux a un temps partagé son point de vue avant de rallier le clan des candidats favorables à l’armement, au côté de Rachida Dati (LR), Gaspard Gantzer (chef de file de Parisiennes, Parisiens) ou encore Serge Ferderbusch (soutenu par le Rassemblement national). « Ma position a changé en quelques mois en discutant avec des gens de la hiérarchie policière », confiait le candidat LREM à 20 Minutes en novembre dernier. Et de préciser : « Quand on envoie des hommes et des femmes avec marqué police sur le blouson dans la rue, avec seulement une matraque, on crée non pas une police, mais des cibles ». Benjamin Griveaux, qui veut faire passer à 5.000 le nombre de policiers municipaux, se dit prêt à mettre 100 millions d’euros « de plus qu’aujourd’hui ». Jeudi, l'ancien porte-parole du gouvernement a annoncé avoir présenté la veille une proposition de loi pour créer cette police municipale, après le rejet fin novembre d'un amendement, déposé par la gauche et retoqué par les Macronistes à l'Assemblée nationale, au cours d'une séance où le député de Paris était absent. Quant à Cédric Villani, s’il veut porter les effectifs à 4.500 agents, il ne s’est pas clairement prononcé sur leur armement.

Si la police municipale polarise l’essentiel du débat sur la sécurité à Paris, plusieurs candidats ont jugé utile de compléter leur programme en la matière par d’autres mesures. Ainsi, Rachida Dati nous confiait en novembre vouloir recourir à la sécurité privée en plus de la police municipale pour « assurer la surveillance des sites sensibles et des bâtiments publics, de manière à permettre à la police nationale de se recentrer sur ses missions essentielles [investigation, interpellation] ». Le candidat RN, Serge Ferderbusch, plaide quant à lui pour des rondes citoyennes dans les quartiers. « Il faut redonner la question de la sécurité aux Parisiens, que les citoyens assurent eux-mêmes et participent à leur propre sécurité. C’est démocratique et populaire », confiait-il en début d’année à 20 Minutes.