Municipales 2020 à Montpellier : Lâchée par EELV et soutenue par des Insoumis, Clothilde Ollier est-elle plus rouge que verte ?

POLITIQUE La candidate s’est vue retirer son étiquette par le parti, ce week-end

Nicolas Bonzom

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Clothilde Ollier.
Clothilde Ollier. — Alain ROBERT/SIPA
  • Ce week-end, Clothilde Ollier, favorite des sondages aux municipales de Montpellier, s’est vue retirer l’étiquette EELV.
  • Pour certains militants EELV, elle avait laissé trop de place à l’extrême gauche.
  • La candidate assure qu’aucune hégémonie rouge n’a pris le pas sur sa campagne.

« Donnez-moi les raisons, si vous les avez ! » Désavouée par EELV, Clothilde Ollier a assuré, lundi, qu’elle n’avait rien saisi des « raisons obscures de la sanction qui [la] frappe ». « Que me reproche-t-on ?, s’est exclamée la candidate aux municipales à Montpellier. D’avoir réuni autour de ma candidature un large rassemblement ? »

Peut-être, oui. Lundi, autour de Clothilde Ollier, étaient réunis le conseiller régional Christian Dupraz (EELV), militant de la première heure, mais aussi des militants de la France insoumise, la députée Muriel Ressiguier (LFI), et des « gilets jaunes ». « Il n’y avait quasiment plus de candidats écologistes sur la liste », a notamment expliqué, dimanche, sur Twitter, Julien Bayou (EELV), membre du bureau national du parti.

« Elle a fait le vide autour d’elle des militants EELV »

Syndiquée CGT de longue date, Clothilde Ollier est-elle plus rouge que verte ? « Elle a fait le vide autour d’elle des militants d’EELV et s’est entourée de personnes proches du courant de Ruffin [François, député LFI], regrette un militant écolo, ex-soutien de Clothilde Ollier. Il y a eu une véritable mainmise. On s’est fait voler notre campagne. Lundi, il n’y avait que des "gilets jaunes" et des militants d’extrême gauche. »

Pour cet écologiste montpelliérain, le Parti socialiste était même devenu, au sein de la campagne, « Satan ». « Et ça, ce n’est évidemment, pas du tout, du tout, l’ADN d’EELV », reprend le militant. « Dans l’équipe de campagne, dans l’organisation, sur les choix politiques, on a véritablement senti qu’il y avait une équipe B en coulisses, qui faisait infléchir la ligne », glisse un autre ex-soutien écolo de Clothilde Ollier.

« J’ai été la seule maire EELV de l’Hérault ! »

De son côté, la candidate réfute toute « mainmise » de l’extrême gauche sur sa campagne. « Sur 45 [candidats] éligibles sur la liste, il y en avait 30 [candidats EELV], assure Clothilde Ollier ce mardi. Tout ce qui a été décidé, les soutiens, a été fait en accord avec les historiques du groupe EELV. » Non, assure Clothilde Ollier, elle n’est pas plus rouge que verte. « J’ai été la seule maire EELV de l’Hérault ! », à Murles, rappelle la candidate montpelliéraine [elle n'a cependant pas été élue sous cette étiquette]. Clothilde Ollier s’étonne qu’on l’attaque sur son rapprochement avec des Insoumis, alors que d’autres candidats écologistes l’ont fait dans d'autres villes de France.

De son côté, Marc Le Tourneur, militant LFI, partisan de la ligne Confluence et soutien de Clothilde Ollier, réfute également toute suprématie rouge sur la campagne. « Si vous regardez bien l’affiche de l’Ecologie en commun [la liste de Clothilde Ollier], les couleurs sont uniquement celles des Verts, pointe-t-il. Les Insoumis de Confluence, ce n’est pas la Révolution ! Et les "gilets jaunes" [dont certains étaient présents lundi soir], ce sont des "gilets jaunes" du rond-point de Près-d’Arènes, pas les "gilets jaunes" qui cassent Paris. Il n’a jamais été question que l’on ait plus du quart de la place, et pas dans les premières places. Et nous avons accepté le programme des Verts, dans les grandes lignes. »

« Nous n’avons jamais été dans une optique d’hégémonie »

Selon Marc Le Tourneur, il n’y a absolument « aucune volonté de prendre en main quoi que ce soit ». « Sinon, cette critique-là, elle devrait s’appliquer à beaucoup d’autres listes EELV, reprend-il. Il y a relativement peu de listes EELV autonomes dans les grandes villes de France ! » « Nous n’avons absolument jamais été dans une optique d’hégémonie », assure de son côté la députée de l’Hérault, Muriel Ressiguier (FI).

« Le choix opéré par Clothilde Ollier était de présenter une candidature beaucoup plus large que celle de l’écologie, confie le politologue Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS. Ce faisant, elle touchait à l’équilibre délicat entre alliance et autonomie de son mouvement. Dans ces conditions, le lâchage de son directeur de campagne, militant historique de la cause écologiste, a rompu cet équilibre. Le pari que fait Clothilde Ollier est celui d’une notoriété verte déjà acquise et d’une efficacité des militants de la France insoumise pour compenser la perte de ceux d’EELV. C’est risqué, dans un contexte de cacophonie préjudiciable à cette sensibilité. Imaginons ce que produira le chassé-croisé des militants sur le terrain, quand la campagne battra son plein dans les quartiers… »