Municipales 2020 à Montpellier : Le mouvement citoyen Nous sommes peut-il vraiment s'imposer ?

ELECTIONS C'est Alenka Doulain, 30 ans, qui a été désignée tête de liste du mouvement, soutenu par une partie de la France insoumise

Nicolas Bonzom

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Une affiche de campagne du mouvement Nous sommes, à Montpellier
Une affiche de campagne du mouvement Nous sommes, à Montpellier — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Le mouvement Nous sommes est crédité entre 6 et 13 % des intentions de vote aux municipales à Montpellier selon des sondages parus en décembre.
  • « Il faut changer les méthodes, reprendre en main notre destin. Il y a une réelle volonté de changement, de renouvellement », confie Alenka Doulain, la tête de liste.
  • Pour le politologue montpelliérain Emmanuel Négrier, ce mouvement est « le symptôme que quelque chose s’est fracturé dans l’offre politique traditionnelle ».

Crédité entre 6 et 13 % des intentions de vote aux municipales selon des sondages parus en décembre (qui n’ont toutefois pas testé la bonne tête de liste), le mouvement Nous sommes dénote à Montpellier. Par son fonctionnement interne, notamment, à des années-lumière des partis traditionnels. Chez Nous sommes, ce sont par exemple les colistiers qui ont choisi leur ordonnancement et désigné leur tête de liste. Et surtout, il y a dans ce mouvement la volonté de s’affranchir des « tambouilles » politiques.

« Nous sentons sur le terrain une grosse défiance envers ceux qui sont là depuis des années. Nous, notre légitimité, ce sont nos années de terrain, et pas nos années de carrière », indique Alenka Doulain, 30 ans, la tête de liste du mouvement, qui œuvre auprès d’une association sur les questions de transition énergétique.

Alenka Doulain, la tête de liste du mouvement Nous sommes à Montpellier
Alenka Doulain, la tête de liste du mouvement Nous sommes à Montpellier - N. Bonzom / Maxele Presse

« Il y a une volonté de changement »

« Il faut changer les méthodes, reprendre en main notre destin. Il y a aujourd’hui une réelle volonté de changement, de renouvellement », confie cette ancienne militante EELV à Montpellier, qui indique avoir quitté le parti après en avoir découvert « l’arrière-boutique ». « Des guerres d’egos, de logos, de la tambouille », confie la jeune femme.

« Cela fait 20 ans que les héritiers de Georges Frêche se battent à Montpellier pour essayer d’exister, pour tenter d’imposer leur vision autocratique sur la ville, reprend Arnaud Matarin, l’un de ses colistiers, dont la moyenne d’âge est de 37 ans. Nous sommes, c’est un mouvement collectif, inclusif, autogéré. Cela m’a séduit. » Mais un tel mouvement, inédit à Montpellier, peut-il s’imposer ? « Notre force, elle vient du groupe, nous sommes sur le terrain, dans tous les quartiers, nous essayons de convaincre, par la discussion, par l’écoute », reprend ce contractuel de la fonction publique.

« Quelque chose s’est fracturé dans l’offre politique à Montpellier »

Le politologue montpelliérain Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS, voit dans ce mouvement « le symptôme que quelque chose s’est fracturé dans l’offre politique traditionnelle à Montpellier ». « Voilà un mouvement politique qui naît d’une mobilisation propre à un quartier et qui le déborde, s’investit dans une animation citoyenne en parallèle de ce que font les formations politiques plus conventionnelles, en passant par des lieux publics, notamment des cafés », confie le chercheur à 20 Minutes.

Emmanuel Négrier s’interroge, cependant, sur la présence de militants de la France insoumise sur la liste. L’entrée dans le « giron partisan », via le parti de Jean-Luc Mélenchon, peut-il compromettre, se demande le politologue, « les bénéfices tirés de la singularité et de la nouveauté absolues » du mouvement ? Chez Nous sommes, on assure qu’il n’y a eu absolument aucune tractation avec le parti d’extrême-gauche, et que les Insoumis ont été « traités » au même titre que les autres colistiers.

« Etre en concurrence avec tout le monde, c’est très dommage »

Marc le Tourneur, militant de la France insoumise, n’a pas fait ce choix. Ce partisan de la ligne Confluence, qui appelle au rassemblement de la gauche, a choisi de rejoindre Clothilde Ollier (EELV). « J’étais très intéressé par Nous sommes, je suis allé à plusieurs réunions, indique-t-il. Tout a buté quand le mouvement a pris la décision, dans des conditions qui m’avaient étonné, d’y aller seul. De ne pas faire de rassemblement au premier tour. Face à la division de la gauche, cela rend plus difficile une victoire, qui est possible. Etre en concurrence avec tout le monde, c’est très dommage. »

Les prochains sondages devraient permettre de savoir si le mouvement est parvenu ou non à se frayer une place dans le paysage politique montpelliérain. Ce mardi, le mouvement a présenté une liste « crédible et capable de gouverner dès mars », et dévoilera ses dix grands projets pour la ville la semaine prochaine.