Municipales 2020 à Marseille : Vers une union pour faire barrage au RN et Stéphane Ravier dans le 13-14 ?

MUNICIPALES Plusieurs partis s’organisent d’ores et déjà pour faire union dans les 13 et 14e arrondissements de Marseille contre le frontiste Stéphane Ravier, élu lors des dernières municipales

Mathilde Ceilles
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Stéphane Ravier en 2017
Stéphane Ravier en 2017 — Anne-Christine Poujoulat /AFP

C’était le coup de théâtre des dernières élections municipales de Marseille. Pour la première fois de son histoire, la deuxième ville de France avait placé le Front national à la tête d’une mairie de secteur, celui du 13e et 14e arrondissement, dans les quartiers Nord. Quatre ans plus tard, Stéphane Ravier, maire pendant trois ans avant de céder la main à sa nièce, cumul des mandats oblige, entend conserver la mairie de secteur qu’il avait raflé à la gauche en 2014. Candidat à la mairie centrale, le sénateur du Rassemblement national se présente en effet comme tête de liste dans ce fief politique qui est devenu le sien, et dans lequel le parti de Marine Le Pen est arrivé en tête lors des dernières élections européennes.

Face à lui, comme partout dans la ville, la gauche part pour l’heure en ordre dispersé. Mais trois figures politiques locales des quartiers Nord, dont Kamel Guemari, connu pour sa bataille contre la fermeture du McDonald’s de Saint-Barthélémy, et Samy Johsua, conseiller d’arrondissement d’opposition membre de LFI, appellent à la constitution d’une liste unique dans ce secteur. « Quels que soient les choix des uns et des autres sur la ville, l’unité écologiste, sociale et citoyenne s’impose de manière évidente, sauf à baisser les bras, indique le texte. C’est à cela que nous appelons de manière urgente. »

Une réunion pour trouver un accord

Une union qui exclut donc un front républicain au premier tour, selon Samy Johsua. « Seule la gauche rassemblée peut battre le FN, à condition de se mobiliser dans les quartiers Nord, estime Samy Johsua. Stéphane Ravier a gagné en partie grâce à l’abstention dans les secteurs populaires de ces arrondissements, qui ont voté très largement pour Jean-Luc Mélenchon lors des dernières présidentielles. Si on part divisé, la mission est à peu près impossible pour créer la dynamique. »

Selon nos informations, une réunion entre plusieurs représentants de la gauche marseillaise va être organisée ce vendredi, en présence notamment de la France Insoumise, d’Europe Ecologie les Verts (EELV) et de membres du Pacte démocratique, ce mouvement citoyen de gauche qui entend peser pour le prochain scrutin. Objectif : trouver un accord dans le 13-14, et ce, dès le premier tour.

« Marre du clientélisme »

Toutefois, la présence à cette réunion du Printemps Marseillais, qui rassemble le parti socialiste, le parti communiste et d’autres personnalités de la gauche marseillaise, reste à confirmer. « Bien sûr le combat contre l’extrême droite est notre priorité, indique-t-on du côté du Printemps. Nous construisons le rassemblement pour créer une alternative à Marseille, secteur par secteur. »

« A EELV, on considère que ce secteur constitue l’enjeu le plus important, indique Sébastien Barles. On souhaite vraiment un accord le plus large possible, car l’enjeu premier reste qu’il n’y a plus une seule mairie détenue par le Rassemblement national. On veut discuter avec les copains du Pacte démocratique et les copains du Printemps marseillais pour la tête de liste. Les électeurs de ce secteur qui votent RN se trompent de colère. Ils en ont eu marre du clientélisme et de l’affairisme. »

LREM prend son temps

Une ancienne députée de ce secteur, l’ex-socialiste Sylvie Andrieux, a en effet été condamnée en appel en 2014 pour détournements de fonds publics. Peu de temps après cette condamnation, Stéphane Ravier était élu, en même temps que le Rassemblement national gagnait du terrain dans ces arrondissements.

Des arrondissements qui attirent toutes les convoitises, et qui poussent les partis à adopter des stratégies solides. Aussi, tandis que la candidate les Républicains, Martine Vassal, a investi face à Stéphane Ravier, son « Monsieur sécurité », le général Galtier, LREM multiplie les tractations en coulisses. Il faut dire que le parti présidentiel a réussi en 2017 à faire élire dans le fief de Stéphane Ravier une députée LREM, Alexandra Louis, alors peu connue du grand public.

« C’est l’hommage du vice à la vertu »

« Rien n’est fait de notre côté pour le 13-14, indique une source bien informée au sein de LREM. Le secteur de Ravier est particulier. Les listes sont en train d’être établies, et rien n’indique qu’Alexandra Louis en prendra la tête. On prend plus le temps qu’ailleurs. Des négociations sont en cours. La priorité est de battre Ravier, et on aura évidemment un front anti RN au second tour. Et il faut anticiper les alliances du second tour dès maintenant. Nous présentons ce vendredi des têtes de liste, mais la tête de liste dans le 13-14 sera annoncée plutôt en fin de semaine prochaine. »

Des manœuvres qui n’effraient nullement Stéphane Ravier, à en croire le sénateur frontiste. « C’est l’hommage du vice à la vertu, ironise-t-il. C’est reconnaître que nous avons une dynamique, et nous nous présentons devant les Marseillais avec un bilan et un programme. Ils sont dans une volonté de boutiquier, un arrangement de gens d’appareil, de gens de partis. Nous, on ne rassemblera pas des dinosaures des états-majors marseillais. Notre liste sera renouvelée, avec des gens qui ne sont pas issus du RN et qui sont très impliqués dans la vie des quartiers. » La liste du candidat RN dans le 13-14, en cours de constitution, pourrait être annoncée à la mi février.