Municipales 2020 à Levallois : « Même en prison, j’aurais voté pour lui », Patrick Balkany ne sera pas candidat

REPORTAGE Le couple Balkany, en prise avec la justice, a finalement renoncé à se présenter pour un sixième mandat à la mairie de Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine

Caroline Politi

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Le couple Balkany, au premier jour de leur procès en appel
Le couple Balkany, au premier jour de leur procès en appel — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Dans un communiqué publié sur Twitter, le couple Balkany a déploré un calendrier judiciaire « ayant pour unique objectif politique d’être candidats » aux municipales.
  • Ils soutiendront une liste issue de la majorité municipale.
  • Alors qu’ils attendent le jugement en appel du procès qui s’est achevé ce mercredi, ils comparaîtront à nouveau au mois de février dans une seconde procédure.

Nicole a failli « recracher sa tartine » en apprenant la nouvelle à la radio, ce jeudi matin. Son maire, Patrick Balkany et son épouse, Isabelle, ne brigueront pas de sixième mandat à la mairie de Levallois-Perret. Les élus l’ont annoncé mercredi en fin de journée, dans un communiqué cinglant. Déplorant « un calendrier en appel ayant pour unique objectif politique de [les] empêcher d’être candidats aux élections municipales de 2020 », le couple prend « acte », sans pour autant préciser clairement ses intentions politiques. « Il disait qu’il voulait se représenter et tout à coup il change d’avis, s’étonne la pimpante septuagénaire, résidente de cette commune huppée des Hauts-de-Seine depuis 32 ans. J’ai toujours voté pour lui, ça me fait un peu mal au cœur. »

Alors que Patrick Balkany affichait jusqu’alors une détermination sans faille – Isabelle Balkany, première adjointe, assurait l’intérim jusqu’à la libération de son époux – le procès en appel pour « fraude fiscale », qui s’est achevé mercredi, a bouleversé la donne. Le parquet général a requis quatre ans de prison contre Patrick Balkany, quatre ans dont deux avec sursis contre sa femme et surtout dix ans d’inéligibilité contre les deux avec « exécution provisoire ». Le délibéré prévu pour le 4 mars fait courir au couple le risque que leur liste soit écartée onze jours avant le premier tour des municipales. « C’est une décision politique, estime Frédéric, employé municipal, qui vit depuis 55 ans à Levallois-Perret. Dès qu’un nouveau maire va être élu, ils vont le faire sortir. »

« Deux poids, deux mesures » avec Jérôme Cahuzac

« Un procès politique », « un jugement disproportionné »… C’est le point de vue de nombreux Levalloisiens interrogés ce jeudi matin autour de la mairie. Ils sont nombreux à évoquer « deux poids, deux mesures », à faire le parallèle avec Jérôme Cahuzac, condamné à deux ans de prison ferme mais dont la peine a été aménagée. « Ils ont fauté, c’est sûr, mais ça ne mérite pas la prison. C’est une manière de les détruire », estime Michel, qui vit dans la commune depuis une trentaine d’années. « Certains font des choses bien pires que lui et ne vont pas en prison, pourquoi ils ne lui ont pas mis un bracelet électronique ? », s’interroge Jeanine, 92 printemps, dont 17 passés dans cette ville du nord-ouest parisien. Et la retraitée d’assurer : « J’aurais voté pour lui-même en prison, parce que c’est un bon maire et qu’il s’intéresse vraiment à nous. »

Au-delà de l’attachement à Patrick Balkany, élu pour la première fois à Levallois-Perret en 1983, tous mettent en avant ses actions pour la commune. « Il y a quarante ans, la ville n’était pas comme ça, là tout est beau, tout est propre, mais avant c’était la zone ici », reprend Michel. Mais son action pour la ville aurait-elle suffi à le faire élire ? Certains habitants en doutent. « La ville est extra et agréable à vivre, mais je n’aurais pas pu voter pour un homme condamné, il y a des limites », sourit Alice en poussant sa poussette. Même son de cloche du côté de Kemal, 70 ans. « C’est un bon maire, mais ce n’est pas un citoyen au-dessus des lois. »

D’autant que les Balkany n’en a pas fini avec la justice. Leur procès en appel – cette fois pour blanchiment de fraude fiscale – doit se tenir du 3 au 19 février prochain. Et si le couple a annoncé sa décision de ne pas être tête de liste, il laisse planer le doute sur leur présence dans la liste conduite par leurs successeurs, le duo, Agnès Pottier-Dumas, 34 ans, ancienne directrice de cabinet de la mairie, et David-Xavier Weiss, 40 ans, adjoint délégué à la jeunesse et l’événementiel, des fidèles indéfectibles du couple. « Je trouve ça juste qu’ils ne se présentent pas, confie Marie. Maintenant, on va voir s’il y a vraiment du changement. »