Municipales 2020 à Lyon: Utopie ou réalité? Un collectif relance l'idée de la gratuité des transports en commun

TRANSPORTS EN COMMUN Le Collectif lyonnais pour la gratuité des transports en commun estime qu’il existe des solutions pour que la mesure soit mise en place progressivement

Caroline Girardon

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A l'approche des municipales, un collectif relance l'idée de la gratuité des transports en commun à Lyon.
A l'approche des municipales, un collectif relance l'idée de la gratuité des transports en commun à Lyon. — C. Villemain / 20 Minutes
  • A l’approche des élections municipales, le Collectif lyonnais pour la gratuité des transports en commun entend relancer le débat de la gratuité des TCL.
  • Il s’appuie pour cela sur l’exemple de villes françaises de moyenne importance qui l’ont déjà instauré.

Les métros, tramways ou bus à Lyon seront-ils un jour gratuits ? A l’approche des municipales, le collectif lyonnais pour la gratuité des transports en commun entend profiter de la campagne pour souffler l’idée aux candidats et relancer le débat.

« La gratuité est un mot coup de poing qui vise à marquer les esprits. En réalité, il s’agit de la liberté d’accès aux transports qui est un droit fondamental. Sans les transports, il n’y a pas de droit à la formation, à l’éducation, au travail ou au vivre ensemble », expose d’emblée Lucien Angeletti, l’un des porte-parole du collectif. Et d’ajouter : « Les tarifs sociaux ne suffisent pas aujourd’hui. 20 ou 30 euros par mois, c’est encore trop pour certains foyers ».

Depuis le mois de février, les différents membres du collectif ont sollicité les élus, notamment ceux du Sytral (syndicat qui gère les TCL) sur la question, les invitant à participer à de nombreuses réunions. Sans surprise, beaucoup ont décliné. Ou ont fermé la porte directement. « Ce n’est pas un sujet qui les stimule pour le moment », sourit Lucien Angeletti. Le mot est faible. L’idée n’a jamais convaincu les élus des différentes collectivités.

Une étude sans équivoque

Au mois de juillet, Fouziya Bouzerda, la présidente du Sytral, s’était d’ailleurs appuyée sur une étude du Laboratoire aménagement économie transports (LAET) pour mettre fin aux débats. Les conclusions des chercheurs étaient sans équivoque. Selon eux, la gratuité nuirait à la qualité du réseau. Voire entraînerait sa dégradation car cela freinerait les investissements et la possibilité de développer d’autres lignes. Sans compter que l’impact sur l’utilisation de la voiture serait en réalité bien moindre. Sans métro arrivant à leurs portes ou bus desservant leurs quartiers, les automobilistes continueraient de prendre leurs voitures.

Un avis partagé par l’association des usagers, Déplacements citoyens, qui était arrivée à la même finalité au mois d’août. « Ce qu’on appelle la » gratuité « n’est pas de la gratuité. Les salariés assurant le service des TCL ne sont pas des bénévoles. Ce serait un report ailleurs, notamment sur l’impôt, des besoins de financement du réseau », rappelait-elle à son tour.

Qu’importe, le collectif n’en démord pas. La gratuité est possible, insiste-t-il, s’appuyant sur l’exemple de villes comme Dunkerque ou Aubagne, qui l’ont instauré. « Nous sommes d’accord que la mise en place de la gratuité des transports en commun peut être bien plus complexe dans l’agglomération lyonnaise que dans les villes de moyenne importance. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas le faire, répond Vincent Krakowski, porte-parole du collectif, plaidant pour une mise en place progressive. Pendant deux ans, Dunkerque a rendu les transports gratuits seulement les week-ends avant de généraliser cette mesure. »

Une quarantaine de communes et villes françaises ont dit oui à la gratuité

« La gratuité des TCL ne peut se penser que dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire », enchaîne Lucien Angeletti. Les solutions seraient à chercher ailleurs. Auprès des collectivités notamment, selon le collectif. « Pourquoi ne pas transférer les budgets ? Les investissements réalisés par l’Etat en infrastructures de transports représentaient en 2015 18 milliards d’euros. 46 % étaient destinés au réseau routier contre 18 % pour les transports collectifs », étaie Vincent Krakowski. Et d’ajouter : « A Dunkerque, les investissements liés au nouveau réseau et au renouvellement de la flotte des véhicules ont bénéficié de financements à différents échelons : européens, national et départemental ».

« Pour compenser la gratuité, il existe d’autres possibilités de financement complémentaires, poursuit-il. Il est envisageable par exemple d’augmenter le versement transports des entreprises de plus de 11 salariés à 2 % (contre 1,85 % aujourd’hui). Dans l’hypothèse où elles n’auraient plus à prendre en charge la moitié des abonnements transports de leurs salariés, l’effort serait réalisable ».

Parmi les autres solutions avancées par le collectif : l’instauration d’une taxe supplémentaire sur les plus-values immobilières liées au développement des transports en commun. Aujourd’hui une quarantaine de communes et de villes en France ont instauré la gratuité. Parmi lesquelles Senlis, Châteauroux, Niort, Compiègne, Boulogne-Billancourt. D’autres sont en train de la tester comme Calais ou Quimper.