Municipales 2020 à Montpellier : Rejeté par (presque) tous les candidats, Ode a la mer connaîtra-t-il le même destin qu'Europa City ?

COMMERCE Le projet, imaginé autour d'un centre commercial, n'a pas vraiment la cote auprès des candidats

Nicolas Bonzom
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Le projet Ode à la mer est prévu entre Lattes et Pérols
Le projet Ode à la mer est prévu entre Lattes et Pérols — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Ode à la mer est un projet de quartier, imaginé autour d’un centre commercial.
  • Le projet a la particularité de rapatrier des magasins issus des zones vieillissantes du Soriech, du Fenouillet et du Solis, situées aux alentours, à Lattes et à Pérols.
  • Mais du côté des candidats aux municipales, Ode à la mer n’a pas vraiment la cote.

À Montpellier, Ode à la mer s’invite dans la campagne des élections municipales. Porté par l’agglomération, puis la métropole, et soutenue par son président, le maire de Montpellier, Philippe Saurel (divers gauche), ce quartier, pensé autour d’un nouveau centre commercial, est prévu entre Lattes et Pérols, dans l’Hérault.

Sa particularité : il est composé en majeure partie de magasins transférés des zones vieillissantes du Solis, du Fenouillet et du Soriech. Il englobe des bureaux d’entreprises, et est aussi très axé « loisirs » : des terrains de sport, un skate-park, un multiplexe de cinéma ou une vague de surf sont notamment dans les cartons. Mais ce projet de retail park, qui a déjà essuyé plusieurs recours en justice, n’a pas beaucoup de supporters parmi les candidats déclarés. Il fait même (presque) l’unanimité contre lui.



« Un nouvel aspirateur à voitures »

Les écologistes, Clothilde Ollier (EELV) en tête, souhaitent abandonner le projet. « Ode à la mer, ce sont 13 hectares de terres agricoles détruits et imperméabilisés à 95 %, grondent-ils. Alors qu’il faudrait, au contraire, préserver nos terres agricoles et limiter l’imperméabilisation. » Ce serait également, poursuivent les écologistes, un « nouvel aspirateur à voitures qui augmentera le trafic routier et la pollution de l’air ». Et une « aberration économique », qui vampiriserait le centre-ville de Montpellier.

Michaël Delafosse (PS) n’en veut pas non plus. L’élu indique ne plus reconnaître le projet qui a germé à l’agglomération alors qu’il était adjoint à l’urbanisme à la mairie de Montpellier. « Il s’agissait de restructurer le Fenouillet, mais quand vous rajoutez 60.000 m2 supplémentaires, ce n’est plus du tout le même projet, confie-t-il. Jamais il n’a été question d’un tel méga-complexe. » Selon le candidat, le projet « correspond à une vision d’un autre temps ». Pour son équipe, « si nous ne mettons pas un coup d’arrêt à ce type de projets, nous nous retrouverons en 2025 avec 95 % de l’offre commerciale qui sera située en périphérie de la ville. » Michaël Delafosse souhaite, à la place, y ériger le nouveau stade. Quant aux « boîtes à chaussures » issues des vieilles zones, l’élu propose de les implanter sur l’avenue Raymond-Dugrand, et dans le centre-ville.

« Une hérésie écologique »

Chez Nous Sommes, qui portera avec Alenka Doulain (sans étiquette) une liste soutenue par la France insoumise, on qualifie ce projet d’« inutile », « symbole d’une politique urbaine d’un autre temps et construit sur un vieux fantasme économique où la folie consumériste serait un moteur pour l’économie locale. C’est une hérésie écologique et une fuite en avant destructrice pour le commerce de proximité et l’économie locale. »

Preuve que le sujet dépasse les clivages politiques, Alex Larue (LR) est lui aussi « farouchement opposé » à Ode à la mer, qu’il qualifie de « mortifère » pour l’Ecusson. « Dans le cadre juridique le plus rigoureux, je souhaite que le projet soit arrêté », indique le conseiller municipal et métropolitain de l’opposition, qui se dit prêt à discuter avec le groupe Frey, porteur du projet, si les recours sont purgés et que le projet n’est pas annulable. « Au début du débat sur le Scot [Schéma de cohérence territoriale], on nous disait qu’il fallait éviter de construire des centres commerciaux en périphérie, et construire sur les zones d’écoulement des eaux, reprend-il. Ode à la mer, c’est tout ça. »



« On a déshabillé le centre-ville pour habiller la périphérie »

Pour Olaf Rokvam (RN), le projet est « une aberration économique et écologique » : « Il faut tirer les leçons d’Odysseum. On a déshabillé le centre-ville pour habiller la périphérie. L’abandon de ce projet, c’est avoir le courage de défendre l’économie locale, de redynamiser nos centres-villes, maintenir l’emploi dans les commerces de proximité. »

Mohed Altrad (sans étiquette) a, de son côté, une vision plus modérée du projet. « Il s’agit là d’un projet qui permet de retrouver des capacités de gestion des inondations et par conséquence de préserver des espaces naturels et agricoles, tout en construisant du logement à la place des zones commerciales qui datent des années 1970, confie l’entrepreneur. Les nombreux commerces détruits seront déplacés, mais je ne souhaite pas la construction d’un nouveau complexe commercial, économiquement dangereux pour l’équilibre du commerce de centre-ville, mais aussi pour Odysseum. »

« Il faudrait revoir tout ce qui concerne la mobilité »

Patrick Vignal (LREM), qui avait demandé en 2017, en tant que député de l’Hérault, un « moratoire sur les centres-commerciaux » pour défendre la cause des centres-villes, souhaite d’abord « rencontrer toutes les parties prenantes avant de décider quoi que ce soit ». « En janvier prochain, je rencontrerai les commerçants et les artisans du centre-ville, puis je rencontrerai les promoteurs du projet, et les maires de Lattes et de Pérols », explique le candidat LREM, qui fut l’un des soutiens de Jean-Pierre Moure (PS), qui avait lancé, en tant que président de l’agglomération, le projet Ode à la mer.

Enfin, Anne Brissaud (Nouveau Centre) n’est pas opposée au projet. « Les zones du Fenouillet et du Solis sont passées en zone inondable, il faut bien déplacer les commerces qui s’y trouvent, confie l’élue. Je n’ai pas envie de faire croire aux Montpelliérains que l’on peut tout arrêter comme ça. Ce qu’il faudrait, en revanche, c’est revoir tout ce qui concerne la mobilité. Il faut repenser les voies, les accès et le stationnement, qui, à mon avis, est bien trop sous-dimensionné. Et je pense que nous ne sommes pas assez ambitieux sur le réaménagement des anciennes zones. »

Validé par le Conseil d’Etat en 2017, Ode à la mer connaîtra-t-il le même destin qu’Europa City, le méga-complexe abandonné au nord de Paris ? Le groupe Frey, qui porte le projet, n’a pas souhaité réagir. En 2018, l’un de ses représentants indiquait à 20 Minutes que le retail park ne concurrencerait pas l’Ecusson, le principal reproche que lui font ses opposants, car il était essentiellement fait « de moyennes surfaces qui n’ont pas leur place en centre-ville. Ce ne sont pas des petites boutiques. »