Municipales 2020 à Paris : « L’écologie, c’est de la merde, moi, j’ai un projet pour la nature », affirme Marcel Campion

INTERVIEW Double périphérique, retour des halles alimentaires, police municipale non-armée… Marcel Campion, candidat à la mairie de Paris, détaille ses propositions auprès de « 20 Minutes »

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Marcel Campion, dans son marché de Noël du jardin des Tuileries (1er arrondissement)
Marcel Campion, dans son marché de Noël du jardin des Tuileries (1er arrondissement) — NICOLAS MESSYASZ / Sipa pour 20 Minutes
  • Tête de liste dans le 18e, il publie un livre de campagne le 15 décembre prochain intitulé Un pari pour Paris.
  • A trois mois des élections municipales, le candidat à la mairie de Paris dévoile quelques propositions en matière de circulation et d’alimentation.
  • « Tout le monde est devenu écologiste. Moi je ne parlerai pas d’écologie, l’écologie, c’est devenu un fonds de commerce, l’écologie, c’est de la merde. Moi j’ai un projet pour la nature », affirme-t-il.

En roue libre. Dans les allées ou attablé dans un chalet de son marché de Noël du jardin des Tuileries (1er arrondissement), Marcel Campion n’est pas là pour faire dans la dentelle. Candidat à la mairie de Paris (Libérons Paris !), le « roi des Forains » âgé de 79 ans annonce à 20 Minutes être tête de liste dans le 18e arrondissement et dévoile quelques propositions pour Paris.

Vous êtes dans un énième bras de fer avec la mairie de Paris qui vous demande d’enlever votre guirlande de Noël, rue de Rivoli. Allez-vous le faire ?

Ce n’est pas un bras de fer, c’est une connerie. Début novembre, on a fait une demande à la mairie de Paris et du 1er arrondissement pour installer cette guirlande. Personne ne nous a répondu. Donc à l’ouverture du marché de Noël, on a mis la guirlande. Puis, on a reçu une lettre recommandée pour nous dire qu’il fallait l’enlever dans les quinze jours sinon ils viendraient l’enlever. On y est. Qu’ils viennent l’enlever, moi je ne vais pas le faire. On a affaire à une bande de fous. Mais plus on est de fous, plus on rit, alors on va rire avec eux. C’est tellement bête, on aurait pu discuter autour d’une table.

Pensez-vous qu’un jour la mairie de Paris et vous, pourrez retrouver des relations apaisées ?

Je n’ai pas de relations avec cette municipalité. Après ça va changer, puisque ces gens vont changer. Mais ça, ce sont les Parisiens qui vont le décider. Moi je suis Parisien, je suis né à Paris, je vis à Paris et je connais bien Paris, et c’est en voyant la saleté dans cette ville, la mauvaise mobilité et une mauvaise gestion, que j’ai décidé de me présenter aux élections.

En avril 2018, vous assuriez ne pas vouloir être candidat à la mairie. Quelques mois plus tard, vous annoncez « je ne suis plus forain, je me mets en retraite ». Aujourd’hui, vous êtes candidat et toujours forain. Pourquoi ces revirements ? Pour l’art de la mise en scène ou par réelle conviction ?

Parce ce qu’il faut faire quelque chose pour Paris. Quand on regarde la propreté par exemple, beaucoup de choses ne fonctionnent pas. Je pense que ce sont des incompétents. Moi, j’ai du temps devant moi, donc je fais un peu de politique pour faire du bien à ma ville. J’arrêterai de travailler à 100 ans, après je partirai en vacances.

Marcel Campion, dans les allées du marché de Noël du jardin des Tuileries
Marcel Campion, dans les allées du marché de Noël du jardin des Tuileries - NICOLAS MESSYASZ / Sipa pour 20 Minutes

Votre candidature est-elle sincère ou a pour unique vocation d’embêter Anne Hidalgo ?

J’ai envie que Paris change. Là, on est train de s’enterrer, il faut ouvrir les yeux. Il y a des quartiers pourris, sales. Les rats se sont multipliés et Paris est bouché.

Lors de votre déclaration de candidature, vous avez évoqué vouloir « l’ouverture des berges en semaine, l’absorption de la dette et la création de grands parkings ». Où en êtes-vous dans l’élaboration de votre programme ?

Dans mon programme sur la mobilité que je vais sortir la semaine prochaine, il y aura un livret pour détailler mes propositions. Mais oui, il faut rouvrir les berges en semaine et les fermer le week-end. Ensuite, on fait un double périphérique, en dessous de l’actuel pour une mobilité autour de Paris, et on végétalise les surfaces au-dessus. Partout où c’est possible de remettre des arbres et de la verdure, on le fera. Dans une ville, c’est possible.

Vous avez des propositions en faveur de l’écologie ?

Tout le monde est devenu écologiste. Moi, je ne parlerai pas d’écologie, l’écologie, c’est devenu un fonds de commerce, l’écologie, c’est de la merde. Moi j’ai un projet pour la nature car j’aime la nature. Cela veut dire aimer la verdure, aimer les arbres, aimer la végétalisation. Mais il faut arrêter de dire que Paris est pollué.

Il y a quand même des chiffres, des études qui le prouvent régulièrement ?

C’est du vent. C’est un commerce qu’on vous a mis dans la tête. Avant, tous les cinq ans, il fallait nettoyer les bâtiments car ils étaient tout noirs et vos poumons étaient pareils. Maintenant, les bâtiments sont blancs et on ne les nettoie plus. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus de pollution.

Et concernant la police municipale, tous les candidats ont un avis, un projet. Et vous ?

Je suis pour une police de proximité mais certainement pas armée. Être armé, c’est avoir un permis de tuer. J’en ai vu des choses dans ma vie. Et notamment des gens avoir peur. Et je peux vous dire que s’ils sont armés, ils la sortent, et s’ils ont encore plus peur, ils tirent.

Avez-vous un autre axe majeur dans votre campagne ?

La sécurité alimentaire. S’il y a une crise sérieuse à Paris, on a trois jours de provisions pour nourrir la capitale. Au bout du quatrième jour, c’est la panique. Il faut remettre un système de maraîchers comme dans le temps avec une redistribution directe auprès des commerçants et dans les halles alimentaires. Maintenant, les Halles sont parties à Rungis et les maraîchers ont disparu avec.

Si vous êtes élu, vous voulez le retour des Halles dans la capitale ?

Je suis pour le retour du maraîchage autour de Paris avec une nouvelle halle à refaire à Paris. Il y a des espaces pour ça, dans le bois de Vincennes par exemple. C’est comme ça qu’on fera revenir une nourriture de proximité.

Vous avez vos 17 têtes de listes, dont Jean-Marie Bigard sur une des listes, un QG rue Lafayette… Quelles sont les prochaines étapes dans votre campagne ?

On a déposé nos statuts à la commission des élections depuis six mois. On les a fait agréer. J’ai fait un compte de campagne que j’ai moi-même financé. Voilà, c’est parti. J’ai des candidats dans tous les arrondissements. Je sors un livre de campagne le 15 décembre intitulé Un pari pour Paris, puis on organise un meeting le 23 décembre, place de la Concorde et le 13 janvier à la brasserie La Bohème dans le 18e. Car je me présente dans le 18e arrondissement.

Vous ne voulez plus être tête liste dans Paris Centre ?

J’avais envisagé Paris Centre car je pensais y affronter la maire de Paris qui s’est fait concocter cet arrondissement, en changeant le statut de Paris. Mais finalement, elle s’en va, elle ne vient pas là, peut-être qu’elle a considéré qu’elle n’avait pas ses chances. Apparemment elle va dans le 11e arrondissement.

Et vous, pourquoi le 18e ?

C’est un arrondissement que je connais bien et c’est le plus sale. Il y a aussi beaucoup d’insécurité. J’ai beaucoup d’amis qui m’ont demandé de faire des choses dans le 18e. Il s’avère que j’y ai organisé pendant un certain nombre d’années des concerts de jazz, dans le temps je faisais la fête de Pigalle. J’ai encore des relations là-bas, je m’y sens bien et donc je m’y présente.

Marcel Campion devant sa grande roue installée aux Tuileries
Marcel Campion devant sa grande roue installée aux Tuileries - NICOLAS MESSYASZ / Sipa pour 20 Minutes

Vous pourriez faire une alliance avant le premier tour, ou au second ?

Non. Il faut que les Parisiens fassent confiance à quelqu’un. Moi, il n’est question d’alliance avec personne. En tout cas j’ai fait des progrès. Il y a quelques mois on m’avait enterré, je faisais 0 %, et là je suis à 2 %. Mais je me fous des sondages.

« Je pense qu’il s’est suicidé politiquement, si tant est qu’il avait le moindre avenir politique », avait déclaré Jean-Louis Missika, adjoint d’Anne Hidalgo, après vos sorties homophobes. Vous regrettez ces propos aujourd’hui ?

Jean-Louis Missika ne sait pas ce qu’il dit. C’est un coup monté. Je ne suis pas homophobe. Je ne veux pas en parler. Je ne regrette rien. Vous savez, en 1994, je suis le premier à avoir fait une levée de fonds en faveur du Sidaction. Moi j’ai fait un travail de terrain en France.

Quel regard portez-vous sur la bataille municipale ?

C’est drôle, il n’y a que des gens qui sortent de partis politiques. Et je n’en connais pas un qui a fait une preuve de gestion dans sa vie. Quand Rachida Dati s’est annoncée, elle a été encensée alors qu’elle a géré quoi ? Elle a fait quoi dans sa vie ? Pourtant, c’est quoi une bonne gestion de la ville ? C’est régler les problèmes des Parisiens. En tout cas, aucun candidat n’est légitime dans la gestion, peut-être en politique mais pas pour gérer une ville.