Municipales 2020 à Marseille : « Aujourd’hui, on est concurrents », la guerre fratricide à droite aura-t-elle lieu ?

POLITIQUE Une violente guerre fratricide se présage au sein de la droite marseillaise, où deux candidats, Martine Vassal, investie par le parti, et Bruno Gilles, non investi, briguent la mairie

Mathilde Ceilles
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Martine Vassal et Bruno Gilles devant le conseil municipal
Martine Vassal et Bruno Gilles devant le conseil municipal — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Martine Vassal a été investie par les Républicains pour briguer la mairie de Marseille.
  • Son rival Bruno Gilles a décidé de continuer sa campagne, même s’il n’est pas investi.
  • A Marseille, la droite semble se fracturer, à quelques mois des élections municipales.

« On a l’habitude de dire mon ami Bruno, mon amie Martine… Mais il ne faut pas se mentir : à partir d’aujourd’hui, on est concurrents. » Dans son bureau de maire de secteur, qu’il a gardé même s’il ne l’est plus, le patron des Républicains des Bouches-du-Rhône Bruno Gilles l’affirme : qu’importe l’étiquette, il ira jusqu’au bout pour ces municipales à Marseille. Et même si cela signifie affronter sa rivale Martine Vassal.

Candidat à la mairie de Marseille, le sénateur et figure de la droite locale n’a pas obtenu les faveurs de la commission nationale d’investiture des Républicains mercredi, qui devait choisir la personnalité qui succéderait à 25 ans de mandats de Jean-Claude Gaudin. Face à lui, le parti a adoubé la présidente de la métropole et présidente du conseil départemental​, par 27 voix contre 11.

« Déception plus affective que politique »

La décision était cruciale et les poids lourds de la droite marseillaise n’auraient raté cette réunion pour rien au monde. Tandis que le maire Jean-Claude Gaudin, malgré son état de santé, est monté spécialement en voiture de Marseille pour assister à la réunion parisienne, Renaud Muselier, soutien de Bruno Gilles, a demandé que cette réunion se tienne mercredi car indisponible à la date d’abord envisagée.

Mais, malgré la décision venue d’en haut qui suscite « la déception plus affective que politique d’un homme qui a pris sa carte en mars 1979 », Bruno Gilles ne se retirera pas. Le sénateur affirme vouloir présenter des têtes de liste au premier tour dans tous les secteurs, y compris contre Martine Vassal et ses soutiens. De quoi laisser présager, pour cette campagne des municipales, une guerre fratricide entre ses deux figures locales de la droite, longtemps compagnons de route de Jean-Claude Gaudin ?

« Etre dissident, c’est de la folie »

« Etre dissident, c’est de la folie pour lui », estime Martine Vassal. La nouvelle candidate officielle des Républicains à la ville de Marseille, de retour de la commission nationale d’investiture, s’est rendue, en guise de première sortie publique… dans le fief électoral de Bruno Gilles. « Un hasard de calendrier », affirme-t-elle. « En demandant l’investiture du parti, il a accepté les règles de la commission nationale d’investiture. Il est normal que Bruno soit déçu après cette décision, mais je continue à lui tendre la main » Et de lancer : « J’espère qu’il va rentrer dans les rangs, qu’il va revenir vers moi. »

Pour cela, la candidate LR à la ville de Marseille affirme avoir multiplié les propositions envers Bruno Gilles : la vice-présidence de la métropole, le poste de premier adjoint, la tête de liste aux sénatoriales, la présidence du conseil départemental à lui ou à Marine Pustorino, une de ses proches. Et même la présidence du conseil de territoire. « Et pourquoi pas président de la République, s’agace Bruno Gilles. C’est comme si je voulais jouer en Champions League, et qu’on me propose un poste en division d'honneur, alors que je suis déjà en D1 ! »

« Il y a des consignes »

De jour en jour, les fractures semblent s’ouvrir au sein de deux clans, jusqu’ici relativement unis derrière Jean-Claude Gaudin. « Il y a un risque que la campagne électorale exacerbe les oppositions, craint Yves Moraine, soutien de Martine Vassal et chef de file des Républicains au conseil municipal. Je souhaite l’union, et le plus tôt sera le mieux. » « Plus on avance, plus nos chemins et notre vision de la ville de Marseille nous éloigne », estime toutefois Patrick Padovani, adjoint au maire de Marseille et soutien de Bruno Gilles.

« Moi, ça me fait de la peine sur le plan personnel, confie Valérie Boyer, députée et porte-parole de Martine Vassal pour cette campagne présidentielle. Ça fait des années que nous cheminons dans le même parti ensemble. Maintenant, il y a des consignes, et des règles. Il faut les respecter. Il a ses responsabilités à prendre aussi. »

« On me prend pour un con ou quoi ? »

« Il n’y a pas de candidature dissidente, rétorque Bruno Gilles. On est venu me chercher. » Le sénateur l’affirme : le maire de Marseille est en partie responsable de cette guerre fratricide, lui qui, il l’assure, lui avait promis de lui laisser son fauteuil de maire. « Au restaurant, à l’été 2017, Jean-Claude Gaudin me dit qu’il veut me laisser la mairie, et qu’il laissera la métropole à Martine Vassal. C’est lui qui met la graine pour que je devienne maire de Marseille. Je suis greffé du cœur, pas greffé des neurones ! » Dans un documentaire de Gilles Rof diffusé sur France 3, Jean-Claude Gaudin n’est pourtant pas si catégorique. « On me prend pour un con ou quoi ? », s’agace Bruno Gilles.

Le même Bruno Gilles qui affirmait auprès de 20 Minutes, au moment de sa déclaration de candidature en 2018, avoir le soutien de Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin, se retrouve désormais en ballottage défavorable, selon les sondages, face à la même Martine Vassal, candidate depuis quelques mois, et soutenue par Jean-Claude Gaudin.

« Je ne lui ai jamais fait aucune promesse »

« Je ne lui ai jamais fait aucune promesse, rétorque Martine Vassal. C’est faux. Je n’ai jamais dit que je soutenais Bruno Gilles comme maire de Marseille. Et à la fin d’un mandat, ce sont les électeurs qui décident. » Bruno Gilles fouille dans son téléphone pour diffuser l’interview de Martine Vassal qui affirme, sur les ondes de France 3, il y a plusieurs mois, se réjouir de la candidature du sénateur à la mairie de Marseille. « La candidature de Martine Vassal n’est pas un cadeau, regrette le sénateur. Vous connaissez cette scène des Guignols entre Chirac et Balladur, avec les couteaux dans le dos ? C’est un peu pareil ici… »

Dans cette guerre ouverte au sein de la droite marseillaise, le juge de paix sera-t-il, une fois encore, Jean-Claude Gaudin lui-même ? Sur France Info, le maire a appelé Bruno Gilles à « se plier à la décision du parti », sans toutefois presser le candidat : « Laissons passer les fêtes ». Mais dans une guerre politique fratricide pour la conquête de Marseille déjà virulente, à quelques mois de la mère de toutes les batailles, attendues par certains depuis un quart de siècle, peut-on réellement envisager une trêve de Noël ?