Municipales 2020 à Marseille : « Jean-Claude, merci », « enfants de Gaudin », la succession du maire agite le conseil municipal

POLITIQUE La question de la succession de Jean-Claude Gaudin s’est posée en filigrane du conseil municipal ce lundi sur le rapport accablant de la chambre régionale des comptes

Mathilde Ceilles
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Bruno Gilles et Martine Vassal à la sortie du conseil municipal de Marseille
Bruno Gilles et Martine Vassal à la sortie du conseil municipal de Marseille — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Le rapport de la chambre régionale des comptes sur la gestion de la ville de Marseille par Jean-Claude Gaudin a été discuté, ce lundi, au conseil municipal.
  • Jean-Claude Gaudin a symboliquement adoubé Martine Vassal, au détriment de Bruno Gilles, seul candidat aux municipales à ne pas prendre la parole.
  • Les autres candidats aux municipales ont saisi l’occasion de ce débat pour incarner une alternative pour les prochaines élections.

Un concert de casseroles et des sifflets de personnalités de gauche et de membres de divers collectifs engagés pour les municipales attendent les élus de la majorité, devant l’espace Bargemon qui accueille le conseil municipal. Très attendu après avoir vu son bilan être sérieusement étrillé dans un rapport accablant de la chambre régionale des comptes, le maire de Marseille a choisi ce lundi, à l’issue d’un conseil municipal houleux et hautement politique, de défendre, coûte que coûte, sa gestion. Il s’agit d’honorer sa marque dans l’histoire de Marseille, à quelques semaines de quitter définitivement son siège de maire qu’il occupe depuis un quart de siècle.

Certes, Jean-Claude Gaudin affirme « prendre acte d’une partie constructive et utile » des 600 pages de ces rapports. Mais il en « conteste une part importante, marquée par des manquements à la déontologie, (un) manque d’équilibre et d’équité », menaçant des poursuites en justice de ce « mauvais travail ». L’édile se pose en victime d'« un réquisitoire, voire un pamphlet », d'« un contrôle hors sol avec des œillères et des boules Quiès » qui ne permet pas d'« entendre les succès ». Ses succès.

« Cher Jean-Claude, merci »

Pour lui succéder, la parole, la toute première sur les rangs des Républicains, n’est pas donnée au chef de groupe, mais à Martine Vassal. La symbolique est forte, comme un passage de relais politique, du maire indéboulonnable, en poste depuis un quart de siècle, vers une de ses dauphines, qui œuvre pour occuper un jour, ce même siège. Jean-Claude Gaudin invite « la présidente du conseil départemental » à s’exprimer. Mais la candidate à l’investiture Les Républicains pour la mairie de Marseille le corrige.

« Je ne prends pas la parole comme présidente du conseil départemental ou comme présidente de la métropole, mais comme simple Marseillaise », martèle celle qui réfute être une « héritière ». Certes, Martine Vassal n’attaque pas frontalement le maire de Marseille à qui elle doit son entrée en politique. « En vingt-cinq ans, cette ville, elle a changé », se réjouit-elle. Et de lancer à l’attention du maire : « Monsieur le maire, cher Jean-Claude, permettez-moi de vous dire merci. »

« Beaucoup de choses restent à faire »

Mais la présidente du conseil départemental cherche à se distancier de Jean-Claude Gaudin et de son bilan, qu’elle critique du bout des lèvres. « Les temps ont changé depuis 1995, tacle Martine Vassal. Il est temps de concevoir la ville autrement. […] Vous n’avez pas permis de régler tous les problèmes. Beaucoup de choses restent à faire. »

Il faut dire que ses futurs adversaires aux prochaines élections municipales qui siègent dans l’hémicycle ne se privent pas pour l’attaquer. « Martine Vassal, c’est Jean-Claude chaussée d’une paire de basket », lance le candidat RN Stéphane Ravier. Et d’abonder : « Monsieur le maire, vous n’avez pas eu d’enfants, mais c’est oublier que Martine Vassal et Bruno Gilles [tous deux candidats LR à la mairie] sont les enfants de Gaudin ! »

« Eh bien, j’en prends plein la figure ! »

Martine Vassal se fait également bousculer à la gauche de l’hémicycle, notamment par Patrick Mennucci, ancien candidat socialiste aux municipales. « Eh bien, j’en prends plein la figure ! » lance-t-elle. « J’ai été candidat à la ville de Marseille, il ne faut pas avoir peur d’entendre ses opposants », réplique ce dernier. Dans cet hémicycle devenu antichambre du prochain scrutin municipal, les prétendants au poste de maire s’appuient sur le rapport de la chambre régionale pour incarner une alternative, rappelant, à gauche comme au Rassemblement national, avoir alerté sur la situation pointée du doigt par les magistrats.

« Marseille arrive à la fin d’un cycle, analyse Benoît Payan, chef de file des socialistes au conseil et potentiel tête de liste du Printemps Marseillais. Et notre ville est à la croisée des chemins. […] Marseille doit s’engager. S’engager vers une autre voie, un autre cap. Un nouveau cap. Pas celui de la table rase, mais d’un renouveau. Pour faire chuter cette fatalité et relever Marseille, pour la moderniser, la dynamiser, la rendre plus juste, nous serons au rendez-vous. »

Au milieu de cette agitation, Bruno Gilles reste silencieux. Grave. Quand ses collègues sur les bancs de la majorité invectivent, applaudissent ou huent, l’autre candidat Les Républicains à la mairie de Marseille, à qui, il l’affirme, Jean-Claude lui avait promis initialement le siège de maire, ne pipe mot, impassible. De tous les prétendants à la mairie de Marseille, il est le seul qui ne prendra pas la parole ce lundi.

« Je n’avais rien à dire, affirme-t-il, entre gêne et dépit. Ça fait des semaines, voire des mois que tout le monde considère que Martine Vassal assume le bilan de Jean-Claude Gaudin depuis qu’elle en a le soutien. Vous vous êtes bien rendu compte que Jean-Claude Gaudin a choisi quelqu’un. Pas Bruno Gilles. » Ce mercredi, la commission nationale d’investiture des Républicains choisira officiellement le candidat de la droite à la mairie de Marseille.