Municipales 2020 à Marseille: Le rapport de la chambre régionale des comptes, un «pieu » dans le pied de la droite ?

POLITIQUE La chambre régionale des comptes a publié un rapport cinglant sur la fin de mandat de Jean-Claude Gaudin, alors que deux de ses conseillers municipaux souhaitent briguer sa suite pour les municipales

Mathilde Ceilles

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Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin en novembre 2019
Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin en novembre 2019 — Gérard Julien / AFP
  • Dans un rapport, la chambre régionale des comptes dresse un bilan au vitriol de la gestion de la ville de Marseille.
  • Selon l’opposition, ce bilan de Jean-Claude Gaudin est un « pieu » dans le pied des candidats à sa succession à droite, Martine Vassal et Bruno Gilles.

Situation financière « préoccupante », « absence de stratégie claire », « insuffisance dans le pilotage de ses actions »… Les conclusions sont cinglantes, les mots aiguisés comme des couperets. Dans un rapport sur la situation financière de Marseille depuis 2012, la chambre régionale des comptes réduit en lambeaux le bilan de fin de mandat de Jean-Claude Gaudin, maire depuis un quart de siècle.

Et ce, à quelques mois des prochaines élections municipales au cours desquels l’édile laissera son fauteuil. De quoi compliquer la tache de ses potentiels successeurs à droit que sont Martine Vassal, présidente du département et de la métropole, et Bruno Gilles, sénateur ?

« Une difficulté à surmonter »

Conseillers municipaux depuis de nombreuses années, ces deux élus LR se livrent en effet une guerre intestine pour succéder à Jean-Claude Gaudin et obtenir l’investiture du parti aux municipales de Marseille, après avoir exercé leur carrière politique à l’ombre de l’indéboulonnable maire.

Et, hasard du calendrier, ce mercredi se tiendra une réunion au sommet entre les deux candidats putatifs, leurs soutiens, le chef du parti les Républicains Christian Jacob et… Jean-Claude Gaudin lui-même. Le tout afin que les deux clans s’accordent sur une stratégie et un candidat communs en vue du prochain scrutin.

« Objectivement, ce rapport, c’est une difficulté à surmonter, il ne faut pas le contester, reconnaît lui-même Yves Moraine, soutien de Martine Vassal et chef de la majorité au conseil municipal. Martine Vassal est entrée au conseil municipal en 2001. Et nous sommes tous comptables de ce bilan de Jean-Claude Gaudin. »

« Un rapport accablant »

Et de se défendre : « Mais ce bilan est globalement positif depuis 1995. Ce rapport est très contestable. Par exemple, sur les finances de la ville, la chambre régionale des comptes ose parler d’un manque de stratégie, ce qui est en totale contradiction avec les avis des agences internationales de notation. »

« Ce rapport provient d’autorités indépendantes qui formulent après un travail des critiques, s’agace Benoît Payan, chef de file du PS au conseil municipal. C’est un rapport accablant mais qui ne doit pas devenir un objet électoral. Mais nous sommes heureux de voir que les magistrats pointent du doigt ce que nous avions déjà dénoncé et qui avait été balayé d’un revers de main. »

« Un système mafieux »

« C’est plus qu’une épine dans le pied de la droite marseillaise à ce niveau-là, c’est un pieu, estime de son côté Jean-Marc Coppola, conseiller municipal PCF. Ce rapport prend du relief puisqu’il vient conforter la colère des Marseillais, surtout depuis le drame de la rue d’Aubagne, et la volonté d’en finir avec tout un système mafieux par son opacité. Ce n’est pas la première fois qu’il y a un rapport sur cette municipalité. Ça vient renforcer ce que nous, opposition, dénonçons depuis des années. »

De quoi peser dans les urnes ? « Si les électeurs ne sont pas intéressés par les mensonges tous azimuts de l’équipe Gaudin, par quoi sont-ils intéressés ?, estime Stéphane Ravier, candidat RN à la mairie de Marseille. Bruno Gilles est une cheville ouvrière du système Gaudin. Martine Vassal est un pur produit du gaudinisme. Ils sont les héritiers de ce système. Martine Vassal promet d’agrandir le parc Borély en faisant croire qu’on a le budget de l’Arabie Saoudite. On voit maintenant que c’est faux et que ce ne sont que des mensonges ! »

Un débat le 25 novembre

« J’ai lu des articles sur ce rapport et je trouve cela scandaleux, confie Serge, un quinquagénaire marseillais. J’habite rue d’Aubagne et quand on voit dans quel état elle est… Je pense que cela va peser effectivement, parce qu’autour de moi, les gens me disent qu’ils ne veulent plus de Gaudin, qu’ils devraient plus s’occuper des Marseillais que des touristes ! »

« Moi, je ne mets pas cette gestion sur le compte de la droite ou quoi, tempère Patrice, quadragénaire d’origine lyonnaise récemment installé à Marseille. C’est sûr qu’au bout de 25 ans, un système est mis en place. Mais la ville de Marseille n’est pas très aidée, et on n’a pas les mêmes impôts qu’ailleurs ! »

« Jusqu’ici, on a beaucoup écouté l’accusation, estime Yves Moraine, également avocat de profession. Il faut aussi prendre en compte les dires de la défense, même si certains se livreront sûrement le 25 novembre au procès de Jean-Claude Gaudin. Le débat aura lieu à ce moment-là, au conseil municipal. » Le rapport sera en effet officiellement rendu public à cette occasion, et fera l’objet de discussions entre les différents élus.