Municipales 2020 à Paris : Danielle Simonnet (LFI) veut « arrêter de faire de Paris la ville des riches »

INTERVIEW Candidate tête de liste pour le Parti de gauche en 2014, Danielle Simonnet repart au combat dans la capitale avec les couleurs de La France Insoumise et d'un collectif citoyen «Décidons nous-mêmes». A cinq mois des élections, elle répond à «20 Minutes»

Propos recueillis par Thibaut Le Gal et Romain Lescurieux

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Danielle Simonnet, élue insoumise au Conseil de Paris et candidate à la mairie
Danielle Simonnet, élue insoumise au Conseil de Paris et candidate à la mairie — PATRICK GELY/SIPA
  • Désignée comme cheffe de file pour les municipales à Paris par La France Insoumise, Danielle Simonnet veut d'avantage s'inscrire dans une démarche citoyenne.
  • La future tête de liste dans le 20e arrondissement, souhaite notamment un référendum francilien sur les Jeux olympiques de 2024.
  • Seule conseillère de Paris d’opposition à gauche, elle prône l'«irruption citoyenne».

Elle rêve d’un Paris combatif, un Paris sans Uber. Désignée comme cheffe de file pour les municipales à Paris par La France Insoumise, Danielle Simonnet est dans les starting-blocks. Elle a proposé sa candidature au mouvement citoyen « Décidons nous-mêmes » qui tranchera le 9 novembre prochain. Seule conseillère de Paris d’opposition à gauche, elle partira sans les communistes et les Verts et prêche le sursaut citoyen. RIC, moineaux, J.O… A cinq mois des élections, elle dévoile à 20 Minutes son plan de bataille pour la capitale.

Début septembre, vous avez proposé votre candidature pour la mairie de Paris à la tête d’un collectif citoyen « Décidons nous-mêmes ». Pourquoi un tel processus de désignation ?

On a décidé d’enclencher une démarche "communaliste" pour des listes citoyennes, populaires. J’ai lancé un appel au début de l’été avec Claudio Pulgar-Pinot, un militant associatif pour le droit à la ville. La France insoumise a par la suite décidé de soutenir cette démarche qui de fait la dépasse. Notre tâche est de fédérer les femmes et les hommes qui font Paris, par tant de combats écologiques et sociaux et de solidarités concrètes.

Quel bilan portez-vous sur le mandat d’Anne Hidalgo ?

Globalement, le bilan des trois dernières mandatures est un échec. On se retrouve avec 10.000 euros le m2 et une ville complètement gentrifiée, bétonnée et privatisée : on en vient même à privatiser les crématoriums ! La question n’est pas simplement le programme, mais la stratégie. Si des majorités PS-PCF-Verts ont échoué face à l’Etat et aux intérêts privés, c’est parce qu’ils n’ont jamais cherché à mettre en mouvement les citoyens. Toute la démocratie participative impulsée par Anne Hidalgo s’est faite sur le secondaire et jamais sur l’essentiel. Il faut changer de paradigme et accepter de créer de réels rapports de force et contre-pouvoirs.

Tous les candidats revendiquent une démarche citoyenne… Comment comptez-vous vous démarquer ?

Toutes les forces vont jouer là-dessus, avec des tirages au sort, des ateliers participatifs. Mais aucun va porter l’idée que c’est la décision des Parisiennes et Parisiens qui doit pouvoir l’emporter sur les choix. Notre proposition centrale, c’est le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Lorsqu’une mesure est prise, s’il y a plus de 5 % des inscrits sur les listes électorales qui signent une pétition pour demander à revenir sur cette question, on organise un référendum.

Sur Airbnb par exemple, comme le propose le candidat communiste Ian Brossat ?

Oui par exemple. Et sur ce sujet, la ville devrait déjà commencer par augmenter le nombre d’agents. C’est une vaste blague : malgré la communication de la mairie de Paris, il n’y a eu que 500 recours sur 60.000 locations illégales, c’est dérisoire. Un autre exemple : on aurait jamais du candidater pour les J.O sans demander l’avis des Parisiennes et des Parisiens. C’est ce qui a été fait à Denver, dans les années 1970, la population a demandé un référendum et fait annuler les J.O quatre ans auparavant. Il faut un référendum à Paris sur la question.

A Barcelone, on a vu des manifestations dans la rue contre Airbnb. On n’a jamais vu de telles mobilisations à Paris par exemple…

C’est un problème réel. Paris est bien plus gentrifiée que Barcelone, la moitié des contribuables parisiens par exemple fait partie des 20 % les plus riches nationalement. Les premiers de cordée sont majoritaires à Paris. Mais il y a les professions intermédiaires, ce qu’on appelle les classes moyennes, qui sont prises à la gorge. Dès le premier enfant, ils partent, car ils ne peuvent pas s’installer, pareil pour les étudiants. Paris peut se réveiller différemment, plein de contestations sommeillent ou se réveillent. J’étais très impressionné par la mobilisation des habitants du XVe sur Lafarge, ce n’est pas non plus des gens de culture zadiste mais l’aberration d’avoir une centrale à béton les amène à une critique du système très forte.

Comment comptez vous combattre la crise du logement dans la capitale ?

On n’a pas su résister au marché et à l’Etat car des compétences nous manquent. Les deux priorités : l’encadrement des loyers va être réinstauré, ça a permis de ralentir la hausse, mais les loyers ont continué d’augmenter. Car c’est l’Etat qui fixe le loyer de référence à partir duquel est calculé la hausse acceptable. Il faudrait que cette compétence revienne à la ville pour pouvoir geler les loyers comme à Berlin ou même les baisser. Et réquisitionner les logements vides, ce qui n’a pas été fait depuis 2001. Aujourd’hui, le maire n’a pas les outils pour le faire. Il faut donc un référendum pour mener un bras de fer avec le gouvernement et récupérer ces compétences.

Le RIC serait exercé à quelle échelle ? Si une construction est prévue dans le XVe par exemple, faut-il faire voter tous les Parisiens ?

C’est le débat qu’il y avait eu à Notre-Dame-des-Landes. Pour la question des Jeux olympiques, il serait pertinent de faire un référendum a minima francilien. L’échelle doit correspondre à l’instance de décision ou de compétence ou de populations concernées.

Est-ce que votre projet n’est pas en décalage avec la sociologie de l’électorat parisien ?

Tout à fait mais je l’assume. Chaque année, une partie de celles et ceux qui sont les premiers à avoir intérêt aux changements qu’on propose partent. Et pourtant on va continuer. J’ai une image que j’aime beaucoup : la problématique des moineaux. On en a perdu près de 70 % à Paris. Un des facteurs importants, la rénovation des vieux bâtis fait qu’il n’y a plus de vieux bâtiments avec des petits trous, où ils pouvaient se nicher, et on n’a pas pensé dans les nouveaux bâtiments à des endroits pour qu’ils puissent faire leurs nids. On a aussi bétonné la moindre friche donc il y a eu une chute du nombre d’insectes, donc les moineaux ne pouvaient plus se nourrir, mais on ne s’en est pas préoccupé. La construction de la ville a suivi globalement la même évolution : on a rénové des quartiers, moyennant quoi on a développé une spéculation de dingue, et on ne s’est pas préoccupé de savoir où allaient dormir ceux qui travaillaient à Paris. Un million de personnes par jour vient travailler à Paris sans pouvoir y vivre. Il faut repenser la métropole, arrêter d’en faire la ville des riches, des sièges des grandes entreprises, des touristes.

Justement, comment défendre un programme populaire dans une ville de riches ?

Je crois en l’intelligence collective, je pense que vous pouvez avoir plein de femmes et d’hommes et qui ont des revenus qui leur permettent de vivre à Paris et néanmoins peuvent être sensibles à ce projet, notamment l’urgence écologique. Je crois qu’on peut aussi ne pas penser qu’à soi, ne pas être que dans un égoïsme, et que la solidarité, et le projet d’un Paris de l’hospitalité et respectueux de l’environnement peut convaincre.

Les communistes vont très probablement se rallier dès le premier tour à Anne Hidalgo, les Verts veulent prendre « la tête d’une coalition »… Quelle est votre fenêtre de tir ?

Notre objectif c’est l’irruption citoyenne dans les conseils d’arrondissement et au conseil de Paris. On ne permettra pas à Paris de devenir une ville écologique et de l’hospitalité si ce n’est pas les citoyens qui reprennent en main leur destin.

C’est pour vous la meilleure stratégie face à la perspective d’une ville de Paris gérée par En Marche ?

Si LREM accède au pouvoir à Paris, les choses empireront. Mais en chassant les classes populaires de Paris et en cédant le terrain aux lobbys, cette majorité a objectivement travaillé pour le succès d’En Marche. Quand Anne Hidalgo a vendu les Halles à Unibail, leur lobbyiste était Benjamin Griveaux.

Vous aurez un candidat « Décidons nous-mêmes » soutenu par LFI dans chaque arrondissement ? Et dans quel arrondissement serez-vous tête de liste ?

On veut un binôme dans chaque arrondissement qui incarne une diversité. Il y aura la parité hommes/femmes et une majorité de candidates et de candidats non issus de La France Insoumise. Moi je proposerai ma candidature dans le 20e arrondissement là où je vis, là où je milite.