Aux dernières Européennes, le Rassemblement national était arrivé en tête
Aux dernières Européennes, le Rassemblement national était arrivé en tête — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

DANS LE VISEUR DU RN (5/6)

Municipales 2020 à Menton : Dans la dernière ville de France avant l'Italie, le Rassemblement national va viser la frontière

A six mois des municipales, « 20 Minutes » s’est intéressé aux villes que visent le Rassemblement national. Après Béziers ou Hénin-Beaumont, lesquelles pourraient élire un maire d’extrême droite ? Aujourd’hui, on vous emmène dans la ville des citrons

  • Pour les municipales, le Rassemblement national devrait concentrer ses efforts dans ses bastions du Nord-Pas-de-Calais et du sud-est mais aussi en Bourgogne-Franche-Comté et dans la région Grand Est.
  • « C’est difficile de trouver des gens, car le mandat de maire est le plus difficile et le conseiller municipal a un rôle ingrat. Il faut avoir la vocation et c’est très mal rémunéré », explique Jean-Lin Lacapelle, membre du bureau exécutif du RN.
  • A Menton, ville frontalière de l’Italie, le RN devrait s’impliquer dans la campagne notamment autour de la question migratoire.

« Ca fait des années que je soutiens Guibal, mais je changerais peut-être de bulletin en mars prochain. Ce qui se passe à la frontière ne me plaît pas », souffle Nicole, croisée sur la promenade du soleil. Le vote de cette Mentonnaise pur jus, longtemps réservé au sortant LR, « pourrait aller au Rassemblement national aux élections municipales », glisse la retraitée.

Dans cette commune, dernière ville française avant l’Italie, le parti de Marine Le Pen était déjà arrivé en tête aux Européennes (34,75 %). Et la question migratoire pourrait également faire pousser le vote du RN dans cet autre scrutin, alors même que les flux sont à la baisse. Selon la préfecture des Alpes-Maritimes, 15 378 interpellations de migrants ont eu lieu à la frontière, contre 22 000 sur la même période de 2018.

Le rééquilibrage des droites

«Le fait d’être en première ligne, dans la ville où se déroulent ces contrôles, permettra en tout cas au candidat soutenu par le parti d’en jouer, même si les problématiques liées aux migrants ne sont pas vraiment du ressort d’un maire», note Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS et à l’université de la Côte d’Azur.

«Depuis 2015 et les régionales, on se rend compte que ces questions-là ont un impact sur le rééquilibrage des droites. Par contre, il est difficile de savoir exactement ce qu’il représentera sur le résultat de ces municipales», poursuit le spécialiste de l’extrême droite.

«Menton est une ville stratégique»

De quoi venir chahuter le sortant LR Jean-Claude Guibal, qui devrait briguer, à l’âge de 79 ans, un cinquième mandat ? C’est ce qu’espère en tout cas Philippe Vardon, candidat RN à Nice et cadre du parti. Il a d’ailleurs fait le déplacement à Menton vendredi pour y dessiner la stratégie du Rassemblement national.

« Nous présenterons une liste ou nous soutiendrons quelqu’un. Mais, dans tous les cas, c’est certain, nous y serons. Menton est une ville stratégique », glisse-t-il. Et c’est bien « la question migratoire et aussi l’indépendance de la Carf, la communauté d’agglomération de la Riviera française, face à la métropole niçoise que nous défendrons », explique Philippe Vardon.

Olivier Bettati soutenu par le RN?

En 2014, avant le début de la crise des migrants, la liste Front national emmenée par Lydia Schenardi avait terminé en deuxième position avec 26,64 % des voix. Pour faire mieux, l’hypothèse la plus probable serait que le RN s’associe à Olivier Bettati, pressenti pour se présenter dans la ville des citrons. L’ancien allié de Christian Estrosi, contre qui il se présentait à Nice en 2014, dispose d’une résidence à Menton et s’est récemment inscrit sur les listes électorales.

Tout le monde le dit partant et certains craignent qu’il puisse ratisser large. Lui préfère encore temporiser. « Je dirai ce que je vais faire quand le moment sera venu », se bornait-il à dire mardi à 20 Minutes. Mais le viticulteur de 50 ans, candidat perdant aux législatives dans la circonscription de Menton, déjà, en 2017 (47,26 %) défend déjà les mêmes axes de campagne que Philippe Vardon. Et surtout sur la question des migrants.