VIDEO. Municipales 2020 : Vitrolles peut-elle de nouveau élire un maire frontiste après la « catastrophe » des Mégret ?

DANS LE VISEUR DU RN (2/6) A six mois des municipales, « 20 Minutes » s’est intéressé aux villes que vise le Rassemblement national. Après Béziers ou Hénin-Beaumont, lesquelles pourraient élire un maire d’extrême droite ? Aujourd’hui, on vous emmène à Vitrolles

Mathilde Ceilles

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La mairie de Vitrolles
La mairie de Vitrolles — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Pour les municipales, le Rassemblement national devrait concentrer ses efforts dans ses bastions du Nord-Pas-de-Calais et du sud-est mais aussi en Bourgogne-Franche-Comté et dans la région Grand Est. 
  • «C’est difficile de trouver des gens, car le mandat de maire est le plus difficile et le conseiller municipal a un rôle ingrat. Il faut avoir la vocation et c’est très mal rémunéré», explique Jean-Lin Lacapelle, membre du bureau exécutif du RN.
  • Vitrolles, qui a déjà expérimenté non sans douleur un maire frontiste, est de nouveau dans le viseur du Rassemblement national. 

Le soleil automnal baigne de lumières les poivrons provençaux et les stands de lunettes à bas prix. Ce matin-là, à Vitrolles, c’est jour de marché sur la place de Provence​. Cette place, longtemps appelée place Nelson-Mandela, est coincée entre les commerces et les barres d’immeubles un peu datées, qui rappellent qu’une partie de cette commune des Bouches-du-Rhône a été bâtie ex nihilo, à la fin du XXe siècle, comme toutes les villes nouvelles de France.

A deux pas d’ici s’érige la mairie à l’architecture singulière, surprenant empilement de cubes roses en partie striées. Mais ce n’est pas l’hôtel de ville qui a fait la renommée de la commune, il y a des années, mais bien une de ses occupantes. Celle-là même qui a fait disparaître Nelson Mandela de la carte vitrollaise. En 1997, une certaine Catherine Mégret devient maire de Vitrolles. Avec son mari, Bruno, frappé d’inéligibilité, la frontiste prend les rênes de la ville, jusqu’en 2002.

« La gestion s’est avérée catastrophique »

« La gestion s’est avérée catastrophique en termes politiques et économiques, notamment du point de vue du budget, avec une ville au service des ambitions de Bruno Mégret et une politique qui surfait avec la limite du droit », rappelle Joël Gombin, politologue à l’université d’Amiens et auteur d’une thèse sur le FN en PACA. Catherine Mégret a notamment écopé d’une condamnation pour discrimination et incitation à la discrimination pour avoir voulu verser une prime aux enfants nés français de parents européens, ainsi qu’une condamnation pour détournement de fonds publics.

Et pourtant, quinze ans plus tard, Vitrolles place le Rassemblement national en tête des suffrages lors des dernières élections européennes. « La ville est faite de classes populaires et de classes moyennes inférieures, soit le noyau dur de l’électorat du Front national, rappelle Joël Gombin. Et c’est une ville nouvelle bâtie sur la promesse du développement économique du port qui s’est fracassée avec la crise pétrolière. Il en subsiste un sentiment de déclassement très fort que l’on retrouve dans le vote FN ».

« Nous espérons remporter la commune »

Pour les prochaines municipales, le RN ne cache pas ses ambitions, alors que le siège de maire est pour l’heure occupé par le socialiste Loïc Gachon. « Nous espérons remporter la commune, affirme Laurent Jacobelli, responsable de la fédération des Bouches-du-Rhône et porte-parole du Rassemblement national. Vitrolles est une terre qui a toujours voté pour nos mouvements ! »

« Moi, je vais voter Front national, affirme Gilbert, 80 ans, dont la majorité passée à Vitrolles. On est entourés d’immigrés, c’est plus possible. Et les gens se font arracher des colliers comme le vôtre ! Je veux que ça change ! » Et tant pis si l’expérience mégretiste n’a « pas fait grand-chose » selon lui. « Je suis de droite, donc je vais quand même pas voter socialiste ! Et ici, le candidat de la droite, il passe jamais, alors… il reste le FN ! »

« Un renouveau du corps électoral »

Il faut dire qu’à Vitrolles, l’épisode Mégret commence à dater. « Entre 1997 et aujourd’hui, on a quand même toute une génération, et donc un renouveau du corps électoral par le levier démographique, mais aussi tout simplement les déménagements qui changent la population », rappelle Joël Gombin.

« Les Mégret ? Je sais pas trop ce qu’ils ont fait, confie ainsi la jeune Anaïs. Jusqu’ici, j’ai voté pour Gachon [le maire actuel PS], mais après, je sais pas si je le referai. De toute façon, j’y connais rien en politique, je regarde vite fait les idées, mais les partis, j’y comprends rien… »

« Il n’y a personne sur le terrain »

Pour autant, l’actuel maire de Vitrolles ne voit pas planer une éventuelle menace frontiste au-dessus de sa tête. « S’ils disent viser Vitrolles, c’est parce qu’ils sont interrogés là-dessus par les journalistes, regrette Loïc Gachon. Ici, Mégret, plus personne n’en parle, ils ne sont plus là. Et c’est énervant qu’on ramène toujours Vitrolles à cela, alors qu’il y aurait plein de sujets à évoquer… »

Et de lancer à destination de son futur adversaire : « Quand le Rassemblement national vise une commune, il s’en donne les moyens. Ici, le candidat ne vient pas d’ici, ce n’est pas un gros morceau, et au conseil municipal, les six sièges du Rassemblement national sont vides depuis six mois, avec 18 remplacements à coups de démissions. Ici, il n’y a personne sur le terrain, pas de local, pas de militants du Rassemblement national ! »

« Aucun n'est en lien avec les Mégret »

 « Ca va changer ». Le candidat bientôt investi, Philippe Sanchez, est en effet conseiller municipal non pas à Vitrolles, mais dans la commune voisine des Pennes-Mirabeau et reconnaît à mots couverts le constat dressé par le maire sortant. « Mais j'ai déménagé à Vitrolles, et j'ai une équipe sérieuse et très volontaire. Il y en a très peu de l'ancienne liste et aucun n'est en lien avec les Mégret. »

« Philippe Sanchez est un cadre du mouvement dans les Bouches-du-Rhône depuis quelques années, défend Laurent Jacoblelli. C’est quelqu’un de travailleur qui a envie de s’impliquer pour sa ville. Il a une expérience politique de conseiller municipal, il n’est pas totalement novice. »

« Un genre de plafond de verre »

Et d’affirmer : « A l’époque des Mégret, nous étions un jeune parti émergent. Aujourd’hui, nous sommes le premier parti de France et dans l’exercice du pouvoir, on s’est aguerri, on a appris, on s’est professionnalisé. Il y a 20 ans, la ville n’a pas été idéalement gérée. Ça nous met une pression, un devoir de rigueur et de qualité au-dessus des villes que nous gérons aujourd’hui et dont on n’a rien à redire. »

« Pour les dernières élections, le Front national retouche toujours un genre de plafond de verre, affirme Loïc Gachon. Il n’arrive pas à se réimplanter. Le passage des Mégret a laissé des traces et les gens se sont mobilisés. » « Moi je suis contre le Front national, confie Naïma. Je suis musulmane, pas d’accord avec eux. Mais je pense que pour ces prochaines municipales, je n’irai pas voter… sauf si le FN est au second tour. » Là est peut-être la clé du prochain scrutin. Aux dernières élections européennes, moins d’un électeur sur deux s’était déplacé, soit une abstention nettement supérieure à la moyenne nationale.