Municipales 2020 à Lens : Avec Bruno Clavet, ex-candidat de « X Factor », le RN fait trembler le PS

DANS LE VISEUR DU RN (4/6) A six mois des municipales, 20 Minutes s’est intéressé aux villes que vise le Rassemblement national. Après Béziers ou Hénin-Beaumont, lesquelles pourraient élire un maire d’extrême droite ? Aujourd’hui, on vous emmène à Lens

Mikaël Libert

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Bruno Clavet en campagne à Lens en compagnie de Steve Briois, maire d'Hénin-Beaumont.
Bruno Clavet en campagne à Lens en compagnie de Steve Briois, maire d'Hénin-Beaumont. — RN Pas-de-Calais
  • Pour les municipales, le Rassemblement national devrait concentrer ses efforts dans ses bastions du Nord-Pas-de-Calais et du Sud-Est mais aussi en Bourgogne-Franche-Comté et dans la région Grand Est.
  • « C’est difficile de trouver des gens, car le mandat de maire est le plus difficile et le conseiller municipal a un rôle ingrat. Il faut avoir la vocation et c’est très mal rémunéré », explique Jean-Lin Lacapelle, membre du bureau exécutif du RN.
  • Bien ancré dans le bassin minier, le RN pourrait créer la surprise à Lens. L’ancien maire PS Guy Delcourt milite pour une alliance large dès le 1er tour.

Le « RN Factor » qui fait trembler le PS. Vendredi, le Rassemblement national a investi Bruno Clavet, ancien candidat de X Factor, pour mener la bataille de l’élection municipale à Lens. Cette commune du bassin minier, aux mains du PS depuis 1947, est l’une des villes stratégiques dont souhaite s’emparer Marine Le Pen. Et les résultats du RN aux dernières élections dans le secteur montrent qu’un basculement est tout à fait envisageable.

En 2008, le Front national n’avait pas présenté de liste à l’élection municipale à Lens. Six ans plus tard, le parti de Marine Le Pen arrivait en seconde position au premier tour avec près de 20 % des voix. Lors des élections présidentielle et législative de 2017, le FN émargeait en tête aux deux tours. « Le risque que le RN remporte Lens n’a jamais été aussi important et le PS n’est pas étranger à cela », estime Guy Delcourt, maire socialiste de Lens entre 1998 et 2013. « Il y a eu des erreurs de stratégie, des affaires judiciaires et les bastions qui étaient inattaquables jusqu’en 2008 sont aujourd’hui fragilisés », poursuit l’ancien élu qui a laissé sa place, en 2013, à l’actuel maire, Sylvain Robert.

Un rapport de la CRC qui fait le bonheur du RN

Début 2019, la Chambre régionale des comptes (CRC) avait livré un rapport d'analyse des exercices de la ville depuis 2014. La municipalité avait été épinglée sur plusieurs sujets, notamment des dépenses de personnel qui représentent « deux tiers des charges de fonctionnement » et des investissements « pas soutenables en l’état ». « On est sur une mauvaise période. Rien n’est fait pour soutenir le commerce et il y a trop de logements vacants », déplore Bruno Ducastel, conseiller municipal d’opposition sans étiquette. Ce dernier, ex-UDI, sera d’ailleurs candidat en 2020 : « Le véritable adversaire, c’est le RN. Je pense être la véritable alternative parce qu’ici, on sent que les gens en ont assez de la majorité en place », assure-t-il.

« Il faut envisager une liste d’union la plus large possible dès le premier tour », martèle Guy Delcourt. Selon lui, les discussions ont commencé et sont en bonne voie, notamment avec les écologistes (EELV), La France insoumise (LFI) et même avec le parti au pouvoir. « A Lens, LREM sera présente d’une façon ou d’une autre comme sur tout le bassin minier pour faire barrage au RN », a déclaré à 20 Minutes Laurence Deschanel, référente du mouvement dans le Pas-de-Calais.

« Je ne suis pas Lensois de souche »

Celui qui va tenter de mettre fin à 72 ans de règne socialiste, c’est Bruno Clavet donc, un candidat RN au profil plutôt atypique. Trentenaire, natif de Marseille, il a d’abord tenté le mannequinat et la téléréalité avant une première expérience manquée en politique aux municipales à Paris, en 2014. Tout en réfutant le terme de parachuté, il reconnaît : « Je ne suis pas Lensois de souche, mais je le suis de cœur. »

Son programme, Bruno Clavet le calque sur les recommandations de la CRC tout en tirant quelques ficelles populaires : retour du stationnement gratuit, diminution de la taxe foncière ou création d’une police municipale armée. Et pour lui, cette coalition anti-RN n’est que façade. « Ça ne tiendra même pas jusqu’aux élections. Les habitants veulent en finir avec la mainmise de la mafia socialiste dans cette ville », lâche celui qui est en charge de la communication à Hénin-Beaumont, « une belle vitrine du RN ».

Mais la peur va au-delà de l’éventuelle chute du bastion lensois : « La stratégie du RN est de viser les intercommunalités. S’ils prennent celle de Lens-Liévin, ils sont là pour 20 ans », analyse Patrick Debruyne, ancien candidat du Modem aux législatives de 2017 dans la circonscription de Lens. Une ambition revendiquée par Bruno Clavet lui-même.