Municipales 2020 : A Nangis, un jeune prof rêve de devenir le premier maire RN de Seine-et-Marne

DANS LE VISEUR DU RN (3/6) A six mois des municipales, « 20 Minutes » s’est intéressé aux villes que vise le Rassemblement national. Après Béziers ou Hénin-Beaumont, lesquelles pourraient élire un maire d’extrême droite ? Aujourd’hui, on vous emmène à Nangis en Seine-et-Marne

Laure Cometti

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Aymeric Durox, candidat du Rassemblement national à Nangis en Seine-et-Marne, tracte sur le marché le 2 octobre 2019.
Aymeric Durox, candidat du Rassemblement national à Nangis en Seine-et-Marne, tracte sur le marché le 2 octobre 2019. — L. Cometti / 20 Minutes
  • A six mois des municipales, le Rassemblement national mène campagne pour renforcer son ancrage local et conquérir de nouvelles mairies.
  • En région parisienne, c’est en Seine-et-Marne que le parti de Marine Le Pen a le plus d’ambitions, car son électorat y a progressé ces dernières années.
  • A Nangis, le jeune délégué départemental du RN Aymeric Durox mise sur un questionnaire distribué aux habitants et sur le ras-le-bol envers le maire sortant pour l’emporter.

Mercredi matin, jour de marché, des habitants poussent leur chariot, des militants tractent. Scène de campagne électorale banale. Pourtant, Nangis et ses près de 9.000 habitants s’apprête à vivre un scrutin municipal inédit. Aymeric Durox, qui distribue des questionnaires ornés de sa photo aux Nangissiens venus faire leurs courses, ambitionne de devenir le premier maire Rassemblement national du département de Seine-et-Marne.

Le parti de Marine Le Pen ne détient qu’une dizaine de mairies, dont une seule en Ile-de-France, Mantes-la-ville (Yvelines). « La région francilienne n’est pas notre zone de force », reconnaît Gilles Pennelle, qui pilote les municipales pour le mouvement. Mais le RN a des ambitions en Seine-et-Marne, où il a engrangé des scores supérieurs à sa moyenne nationale aux dernières élections. « C’est le meilleur département pour nous en Ile-de-France », selon le conseiller régional de Bretagne.

Une jeune prof en tête de liste

Nangis suscite tant d’espoirs qu’Aymeric Durox, la trentaine, y a emménagé il y a deux ans, quittant Fontainebleau, où il enseigne encore l’histoire-géo au lycée, à 40 minutes en voiture. Quand on lui demande pourquoi, il répond directement :

J’ai fait le pari de venir. Ce n’est pas le parti qui m’a parachuté, je me suis parachuté.

Depuis, avec une poignée de militants, le jeune délégué départemental du RN s’active : distribution de tracts à la gloire du « premier parti de Nangis » (arrivé en tête à la présidentielle de 2017 et aux européennes de mai), inauguration d’une permanence en septembre, tractage hebdomadaire sur le marché comme ce mercredi. Si certains Nangissiens passent le chemin et détournent leur regard du tract coloré, plusieurs viennent saluer l’aspirant édile, ou discuter de la vie de la commune.

Les habitants sondés par questionnaire

Le questionnaire distribué aux habitants de Nangis par Aymeric Durox, candidat du RN pour les municipales 2020.

C’est tout l’objet du fameux questionnaire distribué par le RN : sonder les habitants sur leurs attentes en matière de sécurité, qualité de vie, enfance, politique sociale, alors que le taux de pauvreté est de 19 % dans la commune (contre 11 % à l’échelle du département).

Contents d’être interrogés sur leur quotidien, certains s’épanchent : « La ville n’a jamais été aussi sale, et les routes mal entretenues », s’énerve une retraitée. Jacquie, 70 ans, dénonce l’insécurité, la nuit. Autant de plaintes qui trouvent écho auprès du candidat de Marine Le Pen qui veut centrer son programme « sur la sécurité, l’attractivité économique, la proximité avec les habitants et la propreté ».

« Séduire les délaissés »

Sylvie, la cinquantaine, se plaint des incivilités. Christine estime que les tensions communautaires se sont accrues ces dernières années, comme les violences, ce qui l’a poussée à changer sa fille d’école. Toutes deux sont abstentionnistes, mais elles envisagent de voter RN en mars 2020, par « ras-le-bol » du maire sortant. Outre son socle électoral, Aymeric Durox compte sur ces électeurs pour emporter la mairie. « Notre offre politique peut séduire ceux qui se sentent délaissés », assure le candidat, confiant. Ambitieux, le jeune prof sait aussi que s’il devient le premier maire RN de Seine-et-Marne, sa carrière au sein du parti en profitera.

Depuis la fin des années 1970, Nangis a été dirigée par la gauche, hormis une parenthèse à droite de 2008 à 2012. « Le RN veut décrocher la ville et déposer ce trophée sur sa cheminée », raille Michel Billout, maire sortant. Le questionnaire distribué aux Nangissiens par le RN est « une opération de com’» et Aymeric Durox « un coucou », selon lui.

Le maire de gauche veut « faire barrage »

L’ex sénateur et maire PCF de la ville a décidé de briguer un troisième mandat – « mon dernier ! » – « pour faire barrage ». Il observe depuis plusieurs années le vote frontiste augmenter et l’attribue notamment à ce qu’il appelle « le syndrome des petites villes ». « Ici on est en Ile-de-France, mais les gens ont l’impression qu’il n’y en a que pour Paris et la petite couronne. »Pour autant, il pense que le RN se berce d’illusions à Nangis. « Ils vont apprendre à leurs dépens qu’une élection municipale est très différente d’un scrutin national », prédit-il. Mais il craint « une campagne pénible ». Il y a une semaine, une altercation a émaillé le tracatage du RN sur le marché et une militante a déposé plainte. Le mouvement présentera une liste pour les élections municipales dans onze communes de Seine-et-Marne, et en plus de Nangis, il compte remporter la commune de Pontault-Combault.

Retrouvez, en mars 2020, les résultats des élections municipales à Nangis.