Municipales 2020 à Fréjus : David Rachline pourrait-il être battu par un « front républicain » uni dès le premier tour ?

POLITIQUE Fréjus est la plus grande ville dirigée par le Rassemblement national. La droite, la gauche et le centre veulent donc à tout prix battre David Rachline en 2020. Ils tentent de s’unir dès le premier tour

Jean Saint-Marc

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David Rachline est un proche de Marine Le Pen.
David Rachline est un proche de Marine Le Pen. — Robert / Chamussy / SIPA
  • Fréjus, plus grande mairie RN en France, est un symbole pour le parti de Marine Le Pen.
  • Candidat à sa propre succession, David Rachline pourrait faire face à un front républicain. LR, LREM, le Modem, EELV et le PS pourraient s’allier dès le premier tour.
  • Dans ces circonstances-là, ont-ils une chance de ravir la mairie à ce proche de la présidente du Rassemblement national ?

Un front républicain se constitue à Fréjus et, sur Facebook, des militants s’emballent : « Ensemble, nous allons sauver Fréjus comme Saint François de Paule l’a sauvé de la peste il y a 2000 ans. » La comparaison est audacieuse, mais il est vrai que l’enjeu est de taille : reprendre au Rassemblement national​ une de ses plus belles prises des municipales 2014, sa « vitrine » comme le dit Marine Le Pen. Fréjus est la plus grande mairie FN et son maire, David Rachline, compte bien faire un second mandat. « Si on est divisés, ce sera impossible de le sortir. Tous ensemble, on a une chance », lance le député Modem Philippe Michel-Kleisbauer.

Depuis quelques mois, il négocie avec les autres partis pour lancer une liste unique au premier tour, un front républicain qui pourrait réunir LREM, le Modem, LR, le PS et EELV. « Les négociations avancent très bien, poursuit le député du Var. Je profite de la période de l’examen budgétaire pour laisser chacun consulter ses bases – ou ses hiérarchies – et à partir de novembre, je remettrai tout le monde autour de la table. »

« Mettre son ego dans ses baskets »

Sa liste a déjà une base de programme (commun) : valoriser le patrimoine de la ville antique et le patrimoine naturel (forêts, étangs et littoral) de Fréjus. Elle n’a en revanche pas encore de leader pour l’incarner.

« Le choix de la tête de liste, c’est toujours le problème, souffle François Cauwel, patronne de l’opposition à Fréjus (ex-LR, désormais LREM). Tout le monde veut faire un front républicain, mais tout le monde veut en prendre la tête. On ne pourra battre le FN si personne n’est capable de mettre son ego dans ses baskets ! »

Philippe Michel-Kleisbauer se voit bien en tête de liste, par exemple : « J’y réfléchis beaucoup, mais oui, c’est l’hypothèse qui émerge. Il faut suffisamment de notoriété pour battre Rachline, il faut être connu et reconnu, et c’est mon cas. Avec ma notoriété et avec une union, je serai le favori ! » Les analystes politiques locaux acquiescent.

« Dans un duel, Rachline peut être battu »

A Fréjus, une association, le Forum Républicain, se bat depuis 2014 contre la mairie FN. Ses dirigeants ont organisé de nombreuses rencontres entre les personnalités politiques locales… et sont donc satisfaits de voir cette union émerger, tout en ayant conscience qu’il y aura plus de deux listes candidates au premier tour. L’Insoumis Julien Poussin mènera une « liste de rassemblement de gauche et écologiste » et le centriste Emmanuel Bonnemain une liste sans étiquette. Ce dernier dit tenter lui-même de constituer un front républicain derrière lui. Julien Poussin, quant à lui, qualifie de « fourre-tout contre-nature » un éventuel front républicain.

Ces candidats pourraient détenir la clé du scrutin, puisque selon la présidente du Forum Marie-José de Acevedo, « dans un duel au deuxième tour, Rachline peut être battu. Il est sûr de gagner dans une triangulaire, c’est ce que notre étude électorale nous a permis de conclure ! »

C’est dans cette configuration qu’il avait été élu en 2014… Et c’est ce que ses opposants veulent à tout prix éviter, car ils ont conscience de l’importance du vote FN dans leur commune : 39,18 % des voix aux européennes cette année, 33,5 % au premier tour de la présidentielle en 2017. « Le premier levier pour les battre, c’est de faire une union très large, poursuit Marie-José de Acevedo. Le deuxième, c’est la participation : le RN a un plafond qui se situe à 10.000 voix environ… »

David Rachline refuse de réagir

Elle assure d’ailleurs que « Monsieur Rachline est très inquiet », ce qu’il nous sera impossible de confirmer ou d’infirmer : il n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes. Dans l’entourage du maire, on rappelle que le front républicain n’a pas encore été officialisé : « On ne va pas réagir à quelque chose qui n’existe pas ! » Et ce n’est de toute façon « pas le moment » de débuter la campagne : « Nous avons été élus pour six ans, pas cinq ! »

Si le projet se concrétise, sa défense est toute trouvée : c’est le fameux « tous pourris. » « Une liste d’union de la gauche à la droite serait du pain béni pour Rachline et son discours sur l’ancien UMPS ou les « ripoublicains », assure Jean-François Minardi, ancien secrétaire de la section PS, qui a disparu. Mais je n’ai pas l’impression qu’ils feront cette erreur ! »

Malgré la présence probable d’écologistes sur la liste, le patron des Républicains locaux, Jérémy Campofranco, assure que « ce sera moins un front républicain qu’un rassemblement de la droite et du centre, puisqu’il n’y a plus de PS et pas vraiment de gauche à Fréjus. » Lui aussi se voit bien dans le fauteuil du maire, comme d’ailleurs Laurence Fradj, elle aussi LR, et Philippe Michel-Kleisbauer. A Fréjus, il y a donc trois têtes pour un front.