Municipales à Marseille 2020: Lâché par Gaudin, Bruno Gilles se veut le Chirac de la droite

POLITIQUE Ce vendredi, Bruno Gilles, candidat de la droite à la mairie de Marseille, organisait un meeting, « opération de force » contre la rivale de son propre camp Martine Vassal

Mathilde Ceilles

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Bruno Gilles en septembre 2019
Bruno Gilles en septembre 2019 — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Bruno Gilles est l’un des deux candidats de droite à la mairie de Marseille. S’il est le premier à avoir déclaré sa candidature, il compte toutefois peu de soutiens parmi les actuels adjoints au maire de Jean-Claude Gaudin.
  • Le maire lui-même a d’ailleurs récemment ouvertement soutenu sa rivale, Martine Vassal, alors qu’il lui avait promis sa succession.

« Vous savez, du temps de Balladur et de Chirac, il y en avait pas beaucoup qui n’était pas derrière le Premier ministre ! A l’époque, on n’était pas beaucoup à manger des pommes ! Et si moi, j’étais le Chirac de Marseille ? Pourquoi pas ? » Dans un sourire, Bruno Gilles aime rappeler qu’il a été, dans le passé, un croqueur de pommes, en dirigeant dans les Bouches-du-Rhône les campagnes de l’ancien président de la République décédé ce jeudi.

Mais ces dernières semaines, le sénateur marseillais, candidat de la droite à la mairie de la deuxième ville de France, avale surtout couleuvre sur couleuvre. Les dernières en date ont été servies sur un plateau par son propre camp, lui qui est pourtant patron de la fédération Les Républicains des Bouches-du-Rhône. Il y a eu d’abord la candidature d’un autre poids lourd de la droite, Martine Vassal, présidente du département et de la métropole. Il y a eu surtout la prise de position de Jean-Claude Gaudin en faveur de cette dernière, alors que l’édile, Bruno Gilles l’assure, lui avait promis son fauteuil de maire, il y a de ça plusieurs mois.

Soutien de Renaud Muselier

Depuis, sur les réseaux sociaux comme sur le terrain, nombreuses sont les figures marseillaises des Républicains à apporter publiquement leur soutien à Martine Vassal, à l’image d’Yves Moraine, chef de l’actuelle majorité. « J’ai une proximité avec Martine Vassal mais aussi Bruno Gilles, explique ce vieux compagnon de route du sénateur. Mais je n’ai pas pour habitude de me cacher derrière mon petit doigt. Toutefois, je ne veux rien dire qui puisse heurter ou froisser, et ainsi ne pas participer au rassemblement… »

De leurs côtés, certains soutiens de Bruno Gilles issus de la « galaxie Gaudin » se font plus discrets… voire subitement indisposés à répondre aux journalistes. C’est dans ce contexte que Bruno Gilles organisait, ce vendredi, un meeting qui vise à rassembler ses soutiens, en guise d'« opération de force », du propre aveu du candidat. Un meeting durant lequel il a ouvertement revendiqué son héritage chiraquien au côté d’un soutien de poids, le président de la région Provence Alpes Côte d’Azur Renaud Muselier.

« Il faut demander à certains s’ils peuvent se regarder dans la glace »

« Bien sûr que je soutiens Bruno Gilles, s’écrie Patrick Padovani, actuel adjoint au maire de Marseille en charge de la santé. Ca ne vous a pas échappé que je suis élu du même secteur que Bruno Gilles, que j’ai commencé ma carrière avec lui. Je ne vais pas, comme certains, manquer de fidélité à ceux qui m’ont tout donné. Cela me permet de me regarder dans la glace aujourd’hui, sans devoir me travestir. Il faudrait demander à certains qui soutiennent Martine Vassal s’ils peuvent, eux, se regarder dans la glace… »

Et d’estimer : « La prise de position de Jean-Claude Gaudin n’est ni un handicap, ni un atout. C’est comme ça, cela fait partie de la vie politique… Mais ce n’est pas une élite d’élus qui peut avoir un impact. Bruno Gilles n’est pas isolé de la population. Depuis un an, il tourne sur Marseille, pour ceux qui le découvrent, car il faut avouer qu’il y a des coins de Marseille où on ne le connaît pas… » « Je vais dans les quartiers, à la finale de la joute provençale, et pas à des inaugurations officielles qui se terminent par des petits fours, tacle de son côté Bruno Gilles. Il y a les élus courageux, qui me soutiennent, mais ceux, plus lâches, qui ne le font pas, je n’en fais pas une maladie. Chirac, avec ses quelques soutiens, a bien été élu, et pendant quelques années ! »

En tissant sa métaphore avec Chirac, qui lui aurait appris à « ne jamais abandonner » Bruno Gilles, qui affirme auprès de 20 Minutes, « tendre la main vers l’union au point de dépasser la crampe » semble toutefois oublier un point : il a fallu plusieurs tentatives à l’ancien président de la République pour accéder à l’Elysée, et au prix d’une division sanglante de son propre camp….

20 secondes de contexte

Cet article a été rédigé la veille de la mort de Jacques Chirac. Sa publication a été retardée en raison du décès de l’ancien président de la République.