Municipales 2020 à Nantes : « Si on aime son enfant, on doit se battre pour que ça change », estime Julie Laernoes, candidate EELV

INTERVIEW La candidate d'Europe Ecologie-Les Verts, Julie Laernoes, lance officiellement sa campagne pour l'élection municipale à Nantes

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Julie Laernoes, candidate EELV à la mairie de Nantes.
Julie Laernoes, candidate EELV à la mairie de Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Julie Laernoes, 37 ans, lance sa campagne ce mercredi soir lors d’une réunion publique.
  • Malgré son appartenance à l’équipe municipale, l’élue EELV se montre assez critique envers le bilan de Johanna Rolland.
  • Encouragée par les résultats de Yannick Jadot aux européennes, elle pense pouvoir virer en tête au premier tour.

Elle brigue à 37 ans le fauteuil de maire de Nantes. Un poste qu’elle observe de près puisqu’elle est déjà conseillère municipale et vice-présidente de Nantes Métropole. Deux mois après avoir été désignée tête de liste par Europe Ecologie-Les Verts, Julie Laernoes lance officiellement sa campagne pour les municipales 2020 ce mercredi soir à l’occasion d’une réunion publique au Jardin des Fonderies. Entretien.

Pourquoi une candidature écologiste autonome à la mairie de Nantes ?

On a eu cet été une double canicule, la sécheresse, la forêt qui brûle en Amazonie… Plus personne ne peut remettre en cause que ce sont les activités humaines qui sont à l’origine du dérèglement climatique. Ça va beaucoup plus vite que ce qu’on pensait. Tout le monde commence à le ressentir. Dans les villes, on a des leviers très concrets pour baisser notre impact sur l’environnement. Mais on a besoin d’une énergie nouvelle pour transformer les choses. Les scientifiques nous disent qu’on a 10 ans pour changer de trajectoire. Donc le prochain mandat municipal, c’est là que ça se passe.

Qui sera à vos côtés pour mener campagne ?

On veut rassembler le plus largement. Toutes les personnes qui se reconnaissent dans nos valeurs sont les bienvenues. On a déjà un précédent qui a très bien fonctionné : on a quand même une équipe de 15 élus avec la moitié qui provenait de la société civile. Cette complémentarité a produit des idées riches. Le nouveau métronome de la ville de Nantes, ça doit être l’écologie. Cette envie, on la ressent dans le tissu associatif, mais aussi dans le tissu d’entrepreneurs que je trouve très alerte.

Vous allez devoir incarner le projet. Qu’est-ce qui vous a décidé à franchir le pas ?

Déjà, je ne me lance pas seule puisqu’on travaille le projet collectivement depuis plus d’un an. Après, quand on devient parent, on prend conscience des conséquences que vont avoir les changements climatiques sur la vie de nos enfants. C’est très concret. J’avais été touchée au sommet de la Terre de Rio [1992] par le discours de Severn Suzuki [12 ans à l’époque]. Elle a à peu près le même âge que moi, elle est maman aussi de deux petits garçons, et ce qu’elle dit aujourd’hui c’est que si on aime vraiment son enfant, on doit se battre pour que ça change vraiment. C’est ça mon moteur.

Quelles sont vos priorités pour les Nantais ?

Des chocs vont arriver et je pense qu’il est nécessaire d’engager des ruptures. Sur le sujet de la voiture en ville et du vélo, par exemple. Le vélo doit devenir la norme alors qu’aujourd’hui on ne lui donne pas une vraie place, on a même reculé sur ce plan-là dans le mandat. C’est une question de sécurité écologique mais aussi de santé publique et de qualité de l’air. L’autre question principale c’est comment on redessine une ville à taille humaine ? Notre modèle de développement, qui repose toujours sur la croissance, n’est plus compatible avec les ressources limitées de la planète et n’a pas les vertus qu’on lui prête puisque les écarts se creusent y compris au sein de la ville. Il faut déminéraliser la ville, redonner une certaine place à la nature. Aujourd’hui, on ne laisse rien de sauvage, on fait des parcs, comme par exemple sur la carrière Miséry. Il faut également mieux relier les territoires en développant les interconnexions par rails.

Le mandat de Johanna Rolland n’a-t-il pas été marqué par des avancées sur le plan écologique ?

Je ne vois pas de différence avec ses prédécesseurs. Jean-Marc Ayrault avait aussi noué un partenariat avec les écologistes pour mener une politique verte, sur le climat, sur les transports, sur l’économie sociale et solidaire… C’est sous le mandat d’Ayrault que Nantes est devenue Capitale verte de l’Europe. Chez Johanna Rolland, on voit bien que l’écologie est une variable d’ajustement et ne fait pas partie intrinsèquement du fond. Sur Notre-Dame-des-Landes, c’était très très visible. Sur le projet YelloPark, on avait l’impression que vite vite il fallait construire un truc pour que la métropole rayonne. C’est assez symptomatique, comme ces écrans publicitaires qui pullulent sur l’espace public. On ne peut pas vraiment faire bouger les choses de cette manière-là.

Vous êtes également critique envers la co-construction citoyenne qu’elle prône depuis le début du mandat…

C’est pour moi une rupture importante. Comment redonner du sens à la vie en commun ? Comment fait-on confiance aux habitants ? La démocratie ce n’est pas un rouleau compresseur de concertations. Il faut développer des partenariats avec les habitants, dans les quartiers, avoir confiance dans les collectifs. Un collectif contre un projet de la mairie, c’est un signe de bonne vitalité démocratique. Ce sont tous ces retours qui nous permettront de prendre les meilleures décisions. On ne peut pas faire la ville tout seul.

Mais vous faites partie de la majorité municipale actuelle, son bilan est aussi en partie le vôtre. N’est-ce pas une position délicate ?

Ça ne me pose pas de problème car j’ai toujours été cohérente. J’assume un certain nombre de politiques publiques et là où il y a des marges de manœuvre, on les prend. J’ai fait multiplier par neuf le budget sur la rénovation du bâti à Nantes malgré les réticences de Pascal Bolo au départ. Sur le MIN il n’y avait pas de centrale photovoltaïque de prévue, il y a désormais l’une des plus grandes centrales de l’Ouest. Sur l’autoconsommation des logements sociaux on a été pionniers, on a aussi été le plus gros souscripteur d’Enercoop… Maintenant, si on veut créer une rupture, il faut changer de niveau de responsabilité.

Quelles sont vos relations avec la maire de Nantes ?

Ça fait un moment que je ne l’ai pas croisée. Il n’y a ni complicité, ni animosité. On a une relation de travail, voilà tout.

Serez-vous en tête au soir du premier tour ?

Je pense que c’est possible. Ça n’a jamais été aussi crédible. Stuttgart, Amsterdam, sont des grandes villes aux mains des écolos. A Grenoble, avant de prendre la mairie en 2014, les écologistes avaient fait 15 % C’est exactement le score que nous avons fait aux élections municipales précédentes [14,5 %]. Tout concorde aujourd’hui. Le bon score des européennes n’a fait que confirmer cette tendance.

Vous êtes peu connue du grand public. Quels sont vos principaux traits de caractère ?

Je suis quelqu’un d’entière, déterminée et qui essaie d’être cohérente. Surtout, je suis une joueuse d’équipe. C’est peut-être les longues années de pratique de sport collectif [hockey-sur-gazon] qui font ça mais je ne supporte pas de faire des trucs toute seule !

Votre principal défaut ?

La détermination qui me caractérise est peut-être ma principale qualité. Mais c’est aussi parfois reçu comme mon principal défaut (rires).