Municipales 2020 à Paris : Sur le modèle de Macron, Villani se lance en dissident dans la capitale

POLITIQUE Pas désigné par LREM, le mathématicien et député de l’Essonne Cédric Villani est quand même candidat à la mairie de Paris

Thibaut Le Gal

— 

Cédric Villani annonce sa candidature
Cédric Villani annonce sa candidature — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • La Commission nationale d’investiture a désigné en juillet Benjamin Griveaux comme candidat LREM à Paris.
  • Dénonçant une procédure « viciée », Cédric Villani a lancé ce mercredi sa candidature en dissident.
  • L’annonce suscite la résignation chez les marcheurs.

Ces derniers jours, ça devenait une évidence. Cédric Villani sera bien candidat à la mairie de Paris, de manière aussi certaine que 2 et 2 font 4. Le mathématicien a confirmé sa volonté de tenter l’aventure en dissident, lors d’une conférence de presse organisée au café Gaité, dans le 14e arrondissement de Paris, ce mercredi soir.

« J’ai décidé d’être candidat à la prochaine élection du maire de Paris », a-t-il lancé devant ses partisans. «Avant l'été, j'ai participé à un processus de désignation dont j'ai pu constater l'inadaptation», s'est-il justifié, en dénonçant «les limites du fonctionnement d'appareil politique». 

Refaire le coup de Macron aux macronistes

Le député La République en marche de l’Essonne n’a jamais digéré la décision de la Commission nationale d’investiture, qui en juillet, lui a préféré Benjamin Griveaux. « Le scénario écrit à l’avance s’est réalisé devant nos yeux ébahis. Ça a créé une rupture de confiance, et de là, est né une objection de conscience », souffle Baptiste Fournier, son directeur de campagne. « En Marche s’était fondé contre le mode de fonctionnement des partis traditionnels, mais il l’a ensuite reproduit à vitesse grand V. »

Dénonçant un appareil verrouillé, Cédric Villani se lance donc en solitaire pour tenter de reproduire à l’échelle parisienne, ce qu’avait réussi Emmanuel Macron à la présidentielle 2017. « Sa candidature est fondée sur un projet. Ce n’est pas une dissidence, mais un retour aux sources d’En marche, pour retrouver l’enthousiasme des débuts », souligne Rayan Nezzar, son porte-parole. « Il se présente en homme libre, fort de son expérience de vie, de sa capacité à fédérer et à résoudre des problèmes complexes, ce qu’il a fait toute sa vie. » Son équipe met en avant deux atouts : « sa popularité et son profil rassembleur, capable de parler aux écologistes, à la droite et aux déçus d’Hidalgo ». Une manière de dénoncer, en creux, les défauts de son désormais rival Benjamin Griveaux.

Soupirs chez Benjamin Griveaux

Chez les soutiens du candidat LREM « officiel », c’est la soupe à la grimace. « On s’y attendait car tout l’été, il a démarché des marcheurs pour le rejoindre. Dans sa tête, il était inimaginable que quelqu’un d’autre que lui puisse être désigné. Aucune discussion n’a été possible », soupire Pacôme Rupin, directeur de campagne de Benjamin Griveaux. « Le parallèle avec Macron, c’est du pipeau, ça n’a rien à voir. Macron avait pris sa liberté en quittant le gouvernement. Là, il accepte le processus de désignation par la CNI. Et comme finalement, il perd, il change d’avis », s’agace le député Sylvain Maillard, porte-parole du candidat investi.

L’article 30 des statuts du parti, qui prévoit une exclusion en cas de dissidence, ne sera pas activé. « Cédric a l’habitude de se victimiser, d’utiliser le moindre petit écart pour en faire un objet politique. On essaye plutôt de garder des liens, on veut aussi éviter de jeter Cédric dans les bras d’Hidalgo », prévient Pacôme Rupin.

« Il est sympa mais il est perché, et ce n’est pas possible pour Paris »

Dans la macronie, la candidature dissidente suscite pour le moment la résignation. « Il y a deux catégories de gens. Pour certains, Villani, c’est une belle image, une médaille Fields qui rayonne. D’autres disent : “Il est sympa mais il est perché, et ce n’est pas possible pour Paris.” », résume un parlementaire proche du chef de l’Etat. Le camp Griveaux semble avoir choisi cette stratégie : souligner le manque de sérieux du projet adverse. « On va voir comment les Parisiens réagissent à cette histoire, car on ne sait pas trop ce qu’il propose, Cédric. J’ai du mal à citer une proposition précise, concrète, là où Benjamin a déjà avancé sur de nombreux sujets », tacle Pacôme Rupin.

Pour balayer l’image d’une candidature fantasque, Cédric Villani a opéré un changement de look, abandonnant à plusieurs reprises cet été (mais pas ce mercredi soir) sa célèbre lavallière et l’imposante araignée de son costume trois-pièces. « C’est un homme libre, qui a fait sa mue, y compris dans son allure », reconnaît son entourage. « Il est organisé, méthodique, déterminé. Il ira jusqu’au bout. » Les chiffres, qu’il connaît si bien, pourraient décider de son destin politique. Un proche de Griveaux le reconnaît : « S’il a de bons scores dans les prochains sondages, ça donnera raison à sa stratégie et ce sera compliqué pour nous. »