VIDEO. Municipales 2020 à Marseille: «Jamais je ne critiquerai Gaudin», le difficile numéro d'équilibriste de Bruno Gilles

ELECTIONS Au côté de Jean-Claude Gaudin depuis des années, figure locale des Républicains dont l’investiture reste incertaine, Bruno Gilles cherche à incarner le renouveau… avec prudence

Mathilde Ceilles

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Bruno Gilles dans son bureau de maire en octobre 2017
Bruno Gilles dans son bureau de maire en octobre 2017 — Bertrand Langlois / AFP
  • Proche de Jean-Claude Gaudin, Bruno Gilles se veut le candidat du renouveau.
  • Le président local des Républicains se dit prêt à partir sans investiture de son propre parti.
  • Le sénateur mène une campagne toute en prudence, essayant de ménager la chèvre et le chou.

A un an des prochaines municipales, les mots envers Jean-Claude Gaudin et son bilan, après 25 ans passés sur le fauteuil de maire de Marseille, sont d’abord plutôt durs, envers ce qui constitue une priorité du précédent mandat de l’édile : le développement des croisières. « Certes, il y a les croisiéristes, mais il faut beaucoup de tourisme plus professionnel. Et il y en a très peu de congrès aujourd’hui, à part quelques congrès médicaux. » Puis d’adoucir le propos : « C’est bien, mais ça ne suffit pas. »

Ce mardi, le club Pernod Ricard avait des allures de pistes pour funambule, avec, dans le rôle-titre de l’équilibriste politique, un certain Bruno Gilles. Devant la presse et plusieurs figures locales, le seul candidat déclaré de la droite aux municipales de Marseille a présenté une partie de ses propositions, aux côtés de ses équipes. Un projet qui se veut participatif, fondé sur « une nouvelle vision pour Marseille » et « une équipe rajeunie, renouvelée, ouverte à la société civile ». Le tout en déplorant, ici et là, certains manquements de la majorité actuelle, comme le fait que la ville de Marseille n’ait pas pris part à l’installation des prises à quai pour éviter la pollution des bateaux au port.

Des proches de Jean-Claude Gaudin

Mais comment incarner le renouveau quand on a été soi-même adoubé par Jean-Claude Gaudin, et que l’on siège depuis des années au conseil municipal, sur les bancs de la majorité Les Républicains ? Comment critiquer le bilan de la majorité actuelle et faire des promesses de campagne quand on a, à ses côtés, des actuels adjoints au maire de Marseille, comme Patrick Padovani, adjoint au maire à la santé, ou Julian Ruas, en première ligne après l’effondrement des immeubles rue d’Aubagne ? Sans compter Annette Placide, membre du cabinet de Jean-Claude Gaudin pendant 34 ans, ou Eliane Zayan, ancienne adjointe au maire, qui reconnaît d’elle-même, avec enthousiasme, « revenir de nouveau dans la course ».

Interrogé sur cette situation plutôt délicate, Bruno Gilles ménage la chèvre et le chou. « Il n’y a pas ici que des proches de Jean-Claude Gaudin. Et quand bien même certains auraient ce coup de tampon, j’assume, ça n’empêche pas qu’il fasse partie de l’équipe de Bruno Gilles. Je veux chercher les meilleurs. Ce n’est pas une tare d’avoir été un proche de Jean-Claude Gaudin. »

« Pas à la conquête de l’investiture »

Et d’ajouter : « Depuis que j’ai présenté ma candidature, je suis sorti des chaussons de Jean-Claude Gaudin, estime-t-il. J’ai dit que jamais je ne critiquerai Jean-Claude Gaudin. Je ne m’interdis pas d’avoir la vision la plus objective possible de son bilan, et j’ai pris des positionnements différents, comme sur le PPP des écoles. Je fais un bilan sans concession. Je sais ce qu’on a fait, ce qu’on n’a pas fait, ce qu’on a manqué. On gagnera ainsi du temps, on n’aura pas besoin de deux ans de rodage. »

L’équilibre est d’autant plus fragile que l’actuel président de la fédération Les Républicains des Bouches-du-Rhône affirme ne « pas être à la conquête de l’investiture de son parti », dans une logique transpartisane, tout en estimant « ne pas renier du tout » sa famille politique, la « droite républicaine » issu du gaullisme social. « Je suis candidat pour être maire de Marseille, pas candidat à la candidature. Et je serai candidat jusqu’au bout », avait-il déclaré il y a quelques semaines, et ce quand bien même Les Républicains investiraient un autre candidat.

Vers un ticket ?

Un scénario envisageable, puisqu’une autre figure marseillaise des Républicains serait en course. A la tête du département et de la métropole, Martine Vassal multiplie ses derniers jours les allusions à une éventuelle candidature à la mairie de Marseille. La garde rapprochée de Bruno Gilles tente toutefois de minimiser cette possibilité, qui pousse un peu plus leur poulain à avancer avec prudence. « Il n’y a pas de débat ou de fracture, puisqu’il n’y a qu’un seul candidat déclaré pour la droite, et c’est Bruno Gilles, et je suis à fond derrière lui », clame Julien Ruas. « Je suis avec Bruno Gilles, car j’ai toujours été un électron libre, et d’autres ne me laisseraient pas cette liberté », glisse Patrick Padovani, dont le projet de salle de shoot peine à éclore.

« Je veux être maire à plein temps, lance Bruno Gilles. Je soutiens la candidature de Martine Vassal à l’actuelle métropole, et future métropole si elle existe. Il serait logique qu’elle en soit la présidente. Je suis favorable à un ticket, et je tends toujours la main pour faire un duo avec Martine Vassal. » Une alliance qui est loin d’être actée, quand on sait que Martine Vassal a appelé à un rapprochement avec LREM, et que Bruno Gilles, ce mardi, s’est dit hostile à toute « alliance de partis ou de petits calculs d’addition de suffrages issus des européennes ». L’union de la droite marseillaise ne tient qu’à un fil…