Municipales à Lyon: Les questions qui se posent après l'annonce de la candidature de Gérard Collomb à la Métropole

ELECTIONS L'actuel maire de Lyon a annoncé dimanche qu'il briguait la Métropole de Lyon en 2020, poste coinvoité également par son ancien bras-droit David Kimelfled

Caroline Girardon

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Gérard Collomb, 72 ans, vise un 4ème mandat de président de la Métropole de Lyon (autrefois Communauté urbaine)
Gérard Collomb, 72 ans, vise un 4ème mandat de président de la Métropole de Lyon (autrefois Communauté urbaine) — Mourad Allili/ Sipa
  • Le bras de fer entre Gérard Collomb et David Kimelfeld, appartenant au même bord politique mais tous deux candidats à la Métropole de Lyon, ne fait que commencer.
  • Ce duel soulève de nombreuses questions auxquelles 20 Minutes tente de répondre.

« La situation est d’une rare complexité ». De l’aveu du politologue Daniel Navrot, l’issue des prochaines élections municipales à Lyon s’annonce des plus incertaines. Pour la première fois, les habitants de l’agglomération devront élire leur maire mais désigner également le président de la Métropole. Ce mode de scrutin inédit et la récente annonce de candidature de Gérard Collomb à la Métropole pourrait bien rebattre les cartes. Et soulèvent plusieurs questions.

Va-t-on vers un face-à-face Collomb-Kimelfeld ?

David Kimelfeld, l’actuel président de la Métropole de Lyon a déjà annoncé qu'il serait candidat à sa propre succession. Gérard Collomb, le maire de Lyon qui tenait ce poste avant d’être appelé au ministère de l’Intérieur, vient de lui emboîter le pas. « Ces derniers mois, chacun espérait que l’autre abandonne. Mais depuis dimanche, on sait que Gérard Collomb n’abandonnera pas. Et aucun des deux ne semble aujourd’hui vouloir lâcher. C’est une question d’amour-propre », analyse Daniel Navrot.

L’hypothèse de trouver un accord à l’automne est « possible » selon le politologue « même si elle semble difficile car les tensions humaines et politiques entre les deux hommes sont actuellement importantes ». « Mais en politique, rien n’est acquis », ajoute-t-il.

« Aujourd’hui, deux modèles prévalent. A l’image de deux voitures engagées dans une course, on peut se dire que les candidats vont se foncer dessus et s’affronter. Mais pour éviter la collision, l’un sera obligé de dévier au risque de passer pour une poule mouillée. L’autre hypothèse est que l’un finisse par intimider l’autre en lui montrant qu’il est le plus puissant », développe Romain Meltz, politologue et chercheur-enseignant à l’université Lyon 2. « Si c’est le cas, David Kimelfeld va devoir prouver qu’il a plus de poids et de soutiens que son adversaire. Mais à ce jeu-là, Gérard Collomb risque bien de l’emporter », prédit-il.

La division de la gauche peut-elle faire gagner la droite ?

« Oui, c’est un risque que comprend la gauche. Les chances de la droite de pouvoir l’emporter restent faibles mais elles sont réelles », répond Daniel Navrot. Et d’ajouter : « On peut avoir le même scénario qu’en 2001, profitable cette fois à la droite et au centre droit ». Il y a 18 ans, Gérard Collomb, bien que peu favori des sondages, avait raflé la mairie de Lyon, profitant d’une triangulaire. A l’époque, Michel Mercier (UDF) et Charles Millon (DLC-DVD) n’étaient pas parvenus à trouver un terrain d’entente entre les deux tours, refusant chacun de se désister au profit de l’autre. Et laissant ainsi Gérard Collomb s’asseoir pour la première fois dans le fauteuil de maire.

Pour Romain Meltz, « il est peu probable » que la droite parvienne à l’emporter. « Ce nouveau scrutin, c’est l’inconnu pour les électeurs. Ils risquent d’être paniqués et dans cette optique-là, on peut penser qu’ils vont avoir tendance à se reporter sur la personne qu’ils connaissent, en l’occurrence Gérard Collomb. Car David Kimelfeld souffre d’un déficit de notoriété immense. Dans ce cas, c’est la prime à la popularité qui fait la différence », estime-t-il.

Gérard Collomb, maire depuis 2001, fait-il le mandat de trop ?

« S’il perd, c’est qu’on dira, sourit Daniel Navrot. Mais la relation à l’électeur est complexe. En 1989, Francisque Collomb (en poste depuis 12 ans) a été battu par Michel Noir. Les électeurs étaient lassés. Reste à savoir si aujourd’hui David Kimelfeld ou Etienne Blanc (LR) peuvent incarner le Michel Noir de l’époque… »

« Dans le milieu, on raille sur l'âge de Gérard Collomb (72 ans), on dit qu’il n’aurait pas dû revenir à Lyon mais ces gens-là sont finalement peu représentatifs des électeurs », soulève Romain Meltz. « On peut avoir des soutiens et des amitiés dans les hémicycles, il ne faut pas perdre de vue que ce sont les électeurs qui choisissent à la fin », abonde Daniel Navrot.

David Kimefeld, qui a reçu le soutien d’anciens adjoints de Gérard Collomb, a marqué les esprits. « Il donne l’impression d’être suivi mais ce ne veut pas dire que cela se traduira dans les urnes », prévient Romain Meltz.

Son passage au ministère de l’Intérieur peut-il porter préjudice à Gérard Collomb ?

La politique « droitière » menée par l’ancien ministre de l’Intérieur pendant 18 mois a suscité de nombreuses critiques. « C’est vrai que Gérard Collomb a un gros souci à gauche. On imagine mal le PS appeler à voter pour lui », avance Daniel Navrot. A Lyon, le maire bénéficie encore d’une certaine aura, auréolé d’un bilan, jugé satisfaisant par les citoyens. Quelques jours après son retour à Lyon, les sondages étaient pourtant éloquents : 57% des personnes interrogées déclaraient ne plus le vouloir comme maire.

« En 2020, son passage au gouvernement sera moins présent dans les esprits. D’autant plus que l’on voit qu’il cherche à s’affranchir de LREM. La rupture n’est pas nette mais on la sent venir », observe Romain Meltz. Et d’ajouter : « Ses prises de position ont pu heurter l’électorat de gauche à Lyon. Mais dans les petites communes de l’agglomération, plus ancrées à droite, ce n’est pas certain qu’elles soient autant décriées ».

Le seul risque encouru par Gérard Collomb, selon le politologue, serait de vouloir « instaurer une dynastie ». « La présence de son épouse complique la donne. Beaucoup conteste sa légitimité. Cela peut jouer en sa défaveur », conclut Romain Meltz.