Municipales 2020 à Bordeaux: Aménagement des boulevards, métro, et logement pour les classes moyennes animeront la campagne

POLITIQUE A un an des municipales, « 20 Minutes » liste les enjeux de l’élection. A Bordeaux, on va parler d’urbanisation, de mobilité et de logement

Mickaël Bosredon

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Le Palais Rohan qui abrite l'hôtel de ville de Bordeaux
Le Palais Rohan qui abrite l'hôtel de ville de Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • Pour Matthieu Rouveyre (PS), il faut « réinstaller de la politique dans le quotidien. »
  • Pour Pierre Hurmic (EELV), « le capital des villes de demain sera constitué de ce qu’elles auront su conserver de leur patrimoine naturel ».
  • Pour Fabien Robert (MoDem), « l’enjeu est de faire grandir Bordeaux sans la faire grossir ».

A un an des municipales, 20Minutes analyse les enjeux qui devraient animer la campagne. Nous avons interrogé Fabien Robert (MoDem), premier adjoint du maire Nicolas Florian, Matthieu Rouveyre, élu d’opposition socialiste, et le leader du groupe EELV Pierre Hurmic.

L’aménagement du territoire

Avec la crise des « gilets jaunes », qui s’est particulièrement cristallisée à Bordeaux, la question de l’aménagement du territoire sera au cœur des municipales. « Les gens veulent se réapproprier une parcelle de pouvoir, et ça passe par le local, estime Matthieu Rouveyre. Et avec le départ précipité de Juppé, on peut se dire que Bordeaux peut basculer dans autre chose. »

« Autre chose », mais quoi ? « Moi, j’en ai ras le bol des "Bordeaux 2050" et des "Bordeaux demain" lance Matthieu Rouveyre. C’est maintenant qu’on n’arrive pas à respirer, ni à se loger ou à se déplacer. Donc ça suffit avec ces visionnaires qui ont été aux commandes et qui ne nous ont pas empêchés de nous retrouver saturés. L’ère Juppé nous a assuré d’avoir du beau, du grand, mais ce qui va être important c’est de réinstaller de la politique dans le quotidien : équipements de proximité, de petite enfance… Ce n’est pas acceptable que des gamins fassent toute leur scolarité dans des préfabriqués. »

Pierre Hurmic souhaite aussi tirer un trait sur ces rêves de grandeur. « Cette ambition d'une agglomération millionnaire d'ici à 2030 est une ânerie, s’agace-t-il. Il faut arrêter de vouloir tout concentrer dans la métropole, car plus on concentre des emplois, plus on suscite de déplacements ce qui génère la thrombose. »

« La métropole millionnaire n’est pas un objectif, selon Fabien Robert, ce sera une réalité, car on vit de plus en plus en ville et les villes vont croître. Donc le débat n’est plus là. L’enjeu, c’est la maîtrise : il faut faire grandir Bordeaux sans grossir. »

L’urbanisme

Concrètement, ces enjeux devraient se concentrer sur deux dossiers : l'aménagement de la Jallère, et celui des boulevards. Le nouveau maire Nicolas Florian confiait à 20 Minutes le 6 mars dernier que la Jallère, un espace naturel de 95 ha près du nouveau stade, « sera la première zone d’aménagement post-Juppé, où il faudra qu’il y ait la marque Florian. » Et il y voit une zone d’aménagement « concertée et apaisée. »

Les Verts, eux, veulent y « sanctuariser » les 40 ha qui appartiennent à la métropole. « Est-ce que l’on va continuer de bétonner la ville sur ses derniers rares espaces naturels ? interroge Pierre Hurmic. Nous avons une autre vision de la ville, et nous préconisons de bâtir sur les zones déjà urbanisées. Le capital des villes de demain, sera constitué de ce qu’elles auront su conserver de leur patrimoine naturel. »

Autre enjeu : les boulevards. « Le maire a souhaité réouvrir ce dossier et ce sera un grand sujet de campagne, prévient Fabien Robert, car c’est un corridor de circulation mais aussi un vrai bassin de vie, avec de chaque côté des populations qui vivent dans des quartiers résidentiels tranquilles. Il y a donc une vraie question de cadre de vie. »

Les déplacements

Matthieu Rouveyre estime que les responsables politiques « vont devoir enfin montrer du courage. » Et il annonce que « la voiture a encore trop de place à Bordeaux. » « On va nous reparler du grand contournement routier… Cela suffit. Il est temps d’envisager autre chose que ce flux de voitures, et je pense que l’enjeu concerne les personnes qui habitent à l’extérieur et qui viennent travailler dans le centre. » Avec quelle solution ? Métro ? Bus à haut niveau de service (BHNS) ? RER ? « Il faudra demander leur avis aux gens mais il faut un transport qui permette d’entrer et de sortir facilement de Bordeaux. »

Pour Pierre Hurmic, « il faut arrêter de raisonner en termes de tuyaux. » « Réfléchir à un grand contournement routier, et même à un métro, ce sont des solutions qui ont 30 ans de retard. L’urgence est aux liaisons circulaires, type BHNS, quitte à réduire le trafic automobile. Notamment sur les boulevards, ou entre la rive droite et le campus universitaire en passant par le futur pont Simone-Veil. C’est beaucoup plus urgent que de faire un tram vers Saint-Médard-en-Jalles, qui est une ânerie. Il faut arrêter de vouloir étendre notre réseau de tramway, et encourager ainsi l’étalement urbain. »

Fabien Robert rappelle, lui, que « le tram est un succès » et qu’il est loin « d’être fini. » Mais il estime aussi que « les problématiques ne sont plus les mêmes qu’il y a 15 ans » et qu’il est temps de penser « aux lignes circulaires. » « Il faudra par ailleurs réfléchir à la desserte de la presqu’île d’Ambès et à celle de la rive droite. »

Le logement

Après la flambée des prix de l'immobilier à Bordeaux ces dernières années, « se pose la question de permettre aux classes moyennes de devenir propriétaires, estime Fabien Robert. Je crois qu’il faut combiner une politique de l’offre, sinon les prix vont continuer de flamber, avec un système plus contraignant pour avoir des prix de sortie plus raisonnables sur une partie des logements. »

Pierre Hurmic, lui, est catégorique : « La théorie très idéaliste d’Alain Juppé consistant à dire que c’est par l’offre que l’on règle le problème, est totalement fumeuse. » Il en veut pour preuve que l’on a « beaucoup construit ces dernières années et cela n’a pas fait baisser les prix. » Non, pour lui, « la question c’est pour qui construit-on ? Les ménages de la classe moyenne ne peuvent plus se loger, donc il faut faire plus de logement social, et il faut arrêter d’encourager les produits de défiscalisation ! »

Matthieu Rouveyre, lui, est « favorable à un plan Marshall du logement social. » Mais il souligne aussi l’enjeu du logement pour les jeunes, après les deux dernières rentrées universitaires où une véritable crise est apparue.