Municipales 2020 à Marseille: Logement, attractivité, métropole... Quels sont les enjeux?

POLITIQUE A un an des municipales, « 20 Minutes » liste les enjeux de l’élection. A Marseille, on va parler d’habitat indigne, mais aussi de la future métropole et d’attractivité

Adrien Max

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Jean-Claude Gaudin ne se présentera pas à la mairie de Marseille pour la première fois depuis son élection en 1995.
Jean-Claude Gaudin ne se présentera pas à la mairie de Marseille pour la première fois depuis son élection en 1995. — Frederic DIDES/SIPA
  • Les sujets d’actualité, en premier lieu l’habitat indigne mais aussi les écoles et les transports devraient être les thèmes des prochaines élections municipales à Marseille.
  • La répartition des compétences entre la métropole, la mairie centrale et les mairies de secteurs sera également au cœur du débat.
  • La fusion entre la métropole et le département n’a que peu de chance d’aboutir, mais elle rebattrait les cartes.

Une première depuis 25 ans. Au pouvoir depuis 1995, le maire sortant Jean-Claude Gaudin ne se représentera pas à sa propre succession à la mairie de Marseille. Son dernier mandat, « celui de trop », comme le qualifiait Renaud Muselier, président de la région Paca et ancien 1er adjoint, a mis en lumière de nombreux sujets de débats pour les prochaines élections municipales de 2020. 20 Minutes fait le point.

Des sujets d’actualités comme thèmes d’élection

La dramatique actualité liée à la rue d’Aubagne et à la problématique de l’habitat insalubre devrait forcément être au cœur des débats, comme le pense Saïd Ahamada, député LREM. Michel Samson, journaliste et auteur du livre Gouverner Marseille, dont il prépare la suite, partage cet avis. « Jamais depuis l’assassinat d’Ibrahim Ali autant de Marseillais s’étaient rassemblés autour d’une même cause. Le collectif du 5 novembre est également très actif, les candidats ne pourront pas éviter ce sujet », considère-t-il.

Pour Sophie Camard, suppléante de Jean-Luc Mélenchon, « tous les thèmes qui font l’actualité seront sur le devant de la scène comme les écoles, les transports ». Mais, selon elle, la question de la place du citoyen dans les prises de décision sera au cœur de la réflexion. La mise en place de conseils municipaux alternatifs depuis plusieurs semaines va dans ce sens. Benoit Payan, chef de file de l’opposition PS à la mairie, est sur la même ligne. « Jusqu’à présent les citoyens n’ont pas été consultés pour la construction de leur ville, il faut que cette élection leur permette de s’engager dans cette construction », souhaite-t-il.

La répartition des compétences

Derrière les grands thèmes d’actualités comme les transports, la propreté ou les écoles, se cache la question de la répartition des compétences entre la métropole, la mairie centrale et les mairies de secteurs. « Marseille est en réalité une addition de huit villes, à qui il faut donner les moyens humains, matériels et financiers pour offrir aux mairies de secteur une plus grande marge d’action puisqu’il y a une vraie connaissance du territoire », considère le sénateur RN Stéphane Ravier.

Saïd Ahamada souhaite également cette remise à plat des compétences. « Lorsque les citoyens s’adressent à leur mairie de secteur et qu’on leur répond que c’est la mairie centrale qui gère, cela les dépolitise. Ils se demandent à quoi servent ces mairies. Ce serait également le meilleur de se rendre compte de l’incapacité du RN a en gérer une », avance-t-il. Benoit Payan et Sophie Camard souhaitent également cette redistribution des compétences entre métropole, mairie et mairie de secteur.

La question de l’attractivité

C’est le dada de la municipalité au pouvoir depuis 1995. Si Yves Moraine, président de la majorité LR à la mairie, considère que sa famille politique doit « assumer le bilan de Jean-Claude Gaudin tout en le dépassant ». Il met en avant le taux de chômage, passé de 22 % en 1995 à 11 % actuellement, rendu possible par le lancement de grands projets.

Saïd Ahamada souhaite lui aborder cette question de l’attractivité par la fracture qui sépare les quartiers Nord des quartiers Sud de la ville. « Cette différence qui existe entre le nord et le sud de la ville est négative pour l’image de la ville et son attractivité. Il faut homogénéiser Marseille pour la replacer dans une dynamique vertueuse », explique le député.

La fusion métropole/département

« Toutes questions sur les municipales restent hypothétiques tant que nous n’en savons pas plus sur la fusion métropole/département », aime répéter la présidente de la métropole et du département, Martine Vassal. Cette fusion pourrait en effet rebattre les cartes du mode de scrutin.

Mais selon Michel Samson, il est déjà trop tard pour la mise en place de cette fusion avant les municipales. « Le préfet de région, et Emmanuel Macron ont perdu beaucoup trop de temps sur ce sujet avec la crise des “gilets jaunes”. Il y a neuf chances sur dix que le mode de scrutin ne change pas », prédit-il. Sophie Camard considère également qu’il est trop tard. « La métropole n’a déjà pas tenu ses promesses depuis sa création, je pense qu’il serait négatif d’aggraver la technocratie avec cette fusion, alors que les citoyens sont déjà éloignés de tout ça », explique-t-elle. Le préfet de région a remis un rapport à ce propos la semaine dernière, et la question est désormais entre les mains du gouvernement. 

Les alliances

Seule certitude, le Rassemblement national, emmené par Stéphane Ravier, ira seul au front. Pour le reste des familles politique, l’inconnu demeure même si Bruno Gilles, chez Les Républicains, s’est déjà déclaré candidat et que Martine Vassal semble être dans les starting-blocks. « La première condition pour une victoire est de nous rassembler, ce que nous avons toujours su faire malgré les nombreuses velléités de départ », considère Yves Moraine.

Du côté de LREM, si les suppositions vont bon train entre une candidature de Christophe Castaner, et plus récemment de Marlène Schiappa, le choix du candidat devrait venir « d’en haut ».

A gauche, il faudra également trouver une alliance pour conquérir la mairie face à une droite au pouvoir depuis 25 ans, et le RN toujours très présent. Chose rare sur l’échiquier politique national, toutes les organisations de gauche ont signé une même tribune pour s’opposer au futur plan local d’urbanisme intercommunal. « La gauche sort d’un champ de ruine, il faut repartir de zéro. Il faut donc créer quelque chose de nouveau plutôt qu’une addition de force politique vieillissante », avance Sophie Camard. Là aussi, Benoit Payan la rejoint : « Il y a un besoin de renouvellement profond, les citoyens ne veulent plus d’alternances donc il faudra changer la méthode. » Mais les discussions ne s’engageront qu’après les élections européennes.