Municipales 2020 à Grenoble: Pollution, sécurité… Quels sujets risquent d’agiter la campagne?

POLITIQUE A un an des municipales, « 20 Minutes » liste les enjeux de l’élection. A Grenoble, on va parler de sécurité, de la pollution, de l’activité commerciale et du renouvellement urbain dans les quartiers

Caroline Girardon

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Illustration: Vue de Grenoble.
Grenoble, (Isere) FRANCE-16/02/2014.
/FAYOLLE_Photo003/Credit:Pascal Fayolle/SIPA/1410230841
Illustration: Vue de Grenoble. Grenoble, (Isere) FRANCE-16/02/2014. /FAYOLLE_Photo003/Credit:Pascal Fayolle/SIPA/1410230841 — Pascal Fayolle/SIPA
  • A un an des élections municipales, 20 Minutes se penche sur les enjeux du scrutin à Grenoble.
  • La sécurité constituera l’un des enjeux essentiels de la campagne.
  • La pollution et le renouvellement urbain risquent également de s’inviter dans les débats.

Des sujets parfois brûlants qui risquent d’animer la campagne électorale. A Grenoble, l’écologiste Eric Piolle, élu en 2014, devra défendre son bilan et faire face à de nombreux détracteurs, aussi bien dans les rangs de l’opposition qu’à gauche. A un an des municipales, 20 Minutes liste les thèmes susceptibles d’alimenter les débats.

Le « Chicago à la française » peut-il devenir une ville sûre ?

A n’en pas douter, la sécurité constituera l’un des enjeux essentiels de la campagne. Depuis son élection à la tête de la mairie de Grenoble, Eric Piolle a été vertement critiqué pour « son manque de réalisme » voire son « déni » concernant les problèmes d’insécurité. Le maire écologiste n’a jamais caché son aversion pour les caméras de vidéosurveillance. S’il a renoncé à démonter celles qui sont déjà installées sur la voie publique, comme il l’avait promis en 2014, l’élu n’en a rajouté aucune. Tout comme il refuse d’armer les policiers municipaux.

Pourtant, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer les problèmes de criminalité au sein de Grenoble, qualifiée de « Chicago à la française », et pas seulement au sein de l’opposition. Les syndicats de police sont montés plusieurs fois au créneau. Jean-Yves Coquillat, l’ancien procureur de la République est allé jusqu’à pousser un énorme coup de gueule en 2017 affirmant qu’il n’avait « jamais vu une ville aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue ». Avant d’en remettre une couche en septembre 2018, sortant pour la seconde fois de sa réserve. « Il y a à Grenoble une culture de la violence qui est ancienne. Il est très difficile de faire changer les choses », expliquait-il sur l'antenne de France 3.

Quelques jours plus tard, Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, annonçait la création d’une cellule sur les trafics et l’affectation rapide d’une vingtaine de jeunes policiers afin de combler le déficit de 33 agents sur les 475 théoriquement en poste à Grenoble. Quinze agents supplémentaires seront déployés avant le mois de juin 2019. Enfin, La Villeneuve a été intégrée en février dans le dispositif des Quartiers de reconquête républicaine.

Comment mieux respirer à Grenoble ?

Nichée aux pieds des montagnes, la capitale iséroise tousse régulièrement du fait de sa situation géographique… Mais ne suffoque pas autant que d’autres. Selon un classement établi par l’Organisation mondiale de la santé en 2018, Grenoble se hisse au huitième rang des villes les plus polluées de France, loin derrière Lyon, Marseille et Paris.

« La situation a tendance à s’améliorer au fil des années, notamment grâce à une politique de lutte contre la pollution », relève l’organisme. « Grenoble a été la première à mettre en place le système des vignettes Crit’Air », rappelle le politologue Simon Labouret. Elle est aussi la seule à expérimenter des « bus renifleurs », dotés de capteurs permettant de localiser précisément les zones à taux élevés de particules fines. La municipalité a aussi généralisé les zones 30 en ville et instauré une « prime air-bois » allant de 1.600 à 2.000 euros cette année pour les particuliers désireux de remplacer leur chaudière datant d’avant 2002 (responsable de 45 % des émissions de PM10 en moyenne sur l’année). Tout en faisant la chasse aux voitures en centre-ville.

Les efforts entrepris au cours des dernières années ont permis de réduire de 18 % en sept ans les émissions de C02 (contre 13 % au niveau national).

Apaiser le mécontentement des commerçants

« La piétonnisation du centre-ville et la politique menée par Eric Piolle pour en chasser les voitures, a suscité de nombreuses critiques parmi les commerçants, pénalisés par les travaux », observe Simon Labouret. L’objectif de vouloir ainsi dynamiser l’activité économique de la ville, aurait eu l’effet inverse, selon les commerçants qui ont lancé une fronde en 2015 et tenté en vain de faire geler les différents chantiers par le tribunal administratif.

Aujourd’hui, le collectif Cœur à Grenoble qui les réunit, pointe du doigt « la désertification du centre » et s’étonne de « la façon de procéder » même si elle « se réjouit de l’embellissement de la ville ». « On peut très bien arriver au même but sans mettre en chantier permanent une artère donnée pendant deux ans », a-t-elle réagi le 4 mars lors d’une conférence de presse. Pire : les travaux auraient augmenté « la congestion automobile » et fait fuir la clientèle, avance-t-elle sans donner de chiffres. La fin du chantier prévue avant 2020 devrait néanmoins calmer les esprits.

Redynamiser les quartiers

Les récentes émeutes urbaines, survenues dans le quartier du Mistral après la mort de deux adolescents en scooter poursuivis par la police, ont fait à nouveau émerger les tensions d’une partie de la population se sentant laissée pour compte. Un sentiment qui perdure depuis des décennies.

Un demi-milliard d’euros a toutefois été budgété dans le cadre du plan de renouvellement urbain de la métropole grenobloise (2018-2025) afin de réhabiliter les quartiers du Mistral et de La Villeneuve. Le dernier Plan local de l’habitat, qui court jusqu’en 2022, prévoit notamment d’attribuer le quart des logements sociaux situés en dehors des zones prioritaires aux ménages les plus modestes du Mistral afin d'« éviter les ghettos de pauvres », selon la municipalité actuelle.

De belles intentions ? « Un pari raté » répond le groupe Ensemble à gauche qui fustige entre autres la décision d’Eric Piolle de démolir certains bâtiments du quartier de La Villeneuve sans avoir concerté la population alors qu’il s’était engagé en 2014 à « co-construire » un nouveau projet urbain avec eux. Le collectif « contre les démolitions imposées » a d’ailleurs réclamé, au mois de janvier, un référendum d’initiative citoyenne sur ce point. Un dossier brûlant qui devrait se retrouver dans les mains de la prochaine équipe municipale.