Municipales: «le PS ressemble à l'équipe de France de foot des années 80»

GAUCHE Vincent Tiberj, chercheur au Cevipof, nous explique pourquoi le PS échoue aux scrutins nationaux et réussit plutôt aux consultations locales…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Le Parti socialiste s'est refusé à tout triomphalisme à l'issue du premier tour des élections municipales et cantonales, sa nette avance sur l'UMP devant être "confirmée" lors du second tour, et l'issue s'annonçant incertaine à Toulouse, et plus encore à Marseille.
Le Parti socialiste s'est refusé à tout triomphalisme à l'issue du premier tour des élections municipales et cantonales, sa nette avance sur l'UMP devant être "confirmée" lors du second tour, et l'issue s'annonçant incertaine à Toulouse, et plus encore à Marseille. — Pascal Lachenaud AFP
Vincent Tiberj, chercheur au Centre d'Etudes de la Vie Politique Française (Cevipof) nous explique pourquoi le PS échoue aux scrutins nationaux et réussit plutôt aux consultations locales…

Le PS a gagné les dernières régionales, cantonales et semble en passe de bien réussir aux municipales. Comment expliquer que ce parti tire son épingle du jeu sur des scrutins locaux mais se retrouve en situation d'échec lorsqu'il s'agit d'enjeux nationaux?

Oui, le PS ressemble à l'équipe de France de foot des années 80 qui s'impose dans les matchs amicaux, sans véritable enjeu, mais perd les grandes compétitions. La gauche capitalise dans la sanction ou la démobilisation de l'électorat de droite. Il s'impose grâce à un vote par la négative. Pourtant dans les enquêtes d'opinion, la majorité des Français sont favorables aux positions incarnées par le PS. Ainsi, les deux tiers des Français privilégient une hausse des salaires à une amélioration de la productivité des entreprises.

Il y a donc un paradoxe entre un vote par la négative et une adhésion de l'opinion au programme du PS. Comment l'expliquer?
Ce paradoxe tient à l'incapacité du PS à incarner une alternative crédible. La gauche est dans une logique défensive et non proactive, elle est incapable de construire une histoire collective pour la France. Nicolas Sarkozy, lors de la présidentielle, avait justement réussi à incarner un projet cohérent autour du «travaillez plus pour gagner plus». Remarquons d'ailleurs que dix mois après, son jeu apparaît faux et qu'il est entrain de se transformer en un deuxième Jacques Chirac. L'enjeu pour le PS est de comprendre que ce n'est pas parce que la droite perd que la gauche gagne. Il lui faut un leadership pour en finir avec ses divisions. Mais dès dimanche soir, celles-ci sont réapparues entre François Hollande et Ségolène Royal au sujet des alliances à nouer ou pas avec le MoDem. Le PS doit pouvoir rassembler très largement, de la LCR au MoDem.

Pas forcément évident…
Non, il y a moins de différences entre un électeur LCR et MoDem qu'entre un MoDem et un FN. Les deux premiers sont favorables au libéralisme culturel. Nicolas Sarkozy a pourtant réussi à capter l'électorat centriste et frontiste sur son nom.

Est-ce cet électorat «favorable au libéralisme culturel» qui permet à la gauche de s'imposer d'ores et déjà dans les centres-villes?
Oui, la sociologie urbaine rend le PS gagnant dans la majorité des villes. Deux gauches s'y côtoient. Celle des classes moyennes, qualifiées souvent un peu caricaturalement de «bobos», et celle des classes populaires. 55% des ouvriers ont voté à gauche dimanche alors que 53% d'entre eux avaient voté Nicolas Sarkozy à la présidentielle. 49,5% des habitants de villes de plus de 3.500 habitants ont voté dimanche gauche ou extrême gauche contre 47% en 2001. Il y a incontestablement une progression en milieu urbain.