Les enjeux du second tour pour les différents partis

Sandrine Cochard

— 

La gauche a réussi dimanche une poussée au premier tour des municipales, mais la droite a fait valoir que les résultats étaient loin de la vague rose annoncée par les sondages, en appelant à la mobilisation pour dimanche prochain.
La gauche a réussi dimanche une poussée au premier tour des municipales, mais la droite a fait valoir que les résultats étaient loin de la vague rose annoncée par les sondages, en appelant à la mobilisation pour dimanche prochain. — AFP

Les enjeux d’hier sont-ils ceux de demain? Alors qu'un nouveau rapport de force se prépare pour le deuxième des municipales, les partis politiques réajustent leurs ambitions. Explications.

Parti socialiste: transformer l’essai
«Tout va se jouer au 1er tour», avait prévenu François Hollande. Et le parti a rempli ses objectifs: dès le premier tour, il conserve 57 villes de plus de 30.000 habitants (contre 47 pour l'UMP) et s'est imposé dans les grandes villes qu'il possédait déjà. Le PS devra cependant confirmer cette percée au second tour, notamment dans les villes traditionnellement à gauche où les candidats socialistes n’ont pas été élus dès le premier tour, comme à Lille. Pour cela, le parti pourrait s’appuyer localement sur le MoDem. En attendant, le parti a encore besoin de clarifier sa ligne politique: alors que François Hollande refuse un partenariat national avec le MoDem, Ségolène Royal a appelé dès dimanche soir à «des alliances partout» avec le parti de François Bayrou. Les divisions sont toujours là.

UMP: gagner des villes symboliques
Soulagée d’avoir évité une vague rose, la majorité concède une «petite défaite», lundi matin, mais réfute tout vote sanction. Si un rééquilibrage des forces locales semble s’amorcer, l’UMP aura à cœur de réduire l’écart creusé par la gauche au premier tour, notamment en conservant des villes symboliques comme Marseille ou Toulouse, très disputées. La majorité a d’ores et déjà appelé à une alliance avec le MoDem.

De son côté, Nicolas Sarkozy, qui avait prévenu que le scrutin des municipales n’influencerait pas sa politique des réformes, a prévu de rester discret cette semaine. Il s'est toutefois rendu à Toulon, mardi, pour un discours sur le thème de l’immigration, un thème porteur pour son électorat.

MoDem: se poser en 3è force politique française

Une fois de plus, le parti est confiné à un rôle d’arbitre. S’il peut peser dans de nombreuses villes de France, où ses candidats dépassent les 10% (par exemple Saint-Etienne, où l'ex-député Gilles Artigues réalise 20,3% des voix, ou encore Aix-en-Provence, Metz, Belfort, Quimper, Evreux, Chartres), le parti peine encore à exister en tant qu’alternative au PS ou à l’UMP. Et avec 4,5% des suffrages nationaux (sondage CSA-Dexia), le MoDem enregistre des chiffres inférieurs aux prévisions des instituts de sondage qui tablaient sur un score de 7%. Le prix de la stratégie locale sans doute.

Pire: François Bayrou est mis en difficulté dans son propre fief de Pau, où un revers signerait un recul symbolique du parti. A Paris, où le MoDem fondait de grands espoirs, Marielle de Sarnez n’a recueilli que 8,9% au premier tour et a été mise sur la touche par Bertrand Delanoë, qui a préféré une alliance avec ls Verts pour le second tour. La route est encore longue avant d’être reconnu comme la 3è force politique française.

Les Verts: «Une petite renaissance»

Bénéficiant de la poussée de la gauche lorsqu'ils ont fait cause commune avec le PS, les Verts ont aussi réussi à maintenir leurs listes autonomes. De quoi faire dire à Cécile Duflot que ce premier tour est «une petite renaissance». Il faut dire que le thème ayant le plus pesé sur le scrutin était l’environnement. Ainsi, Denis Baupin se fait une place à Paris, avec 6,78% des suffrages: c’est mieux que les sondages d'intentions de vote (5%) mais moins bien qu’en 2001 (12,35%). Ce qui ne l'empêchera pas de retrouver la mairie de Paris, Bertrand Delanoë ayant appelé les Verts à une alliance. Autre ville symbole: Montreuil, en Seine-Saint-Denis, où la sénatrice verte Dominique Voynet, ancienne ministre, est devancée (32,47%) par le maire sortant Jean-Pierre Brard (app-PCF, 39,42%).

Jacques Boutault
, seul maire Vert de la capitale, élu en 2001, atteint 29,93% dans le 2è, derrière le PS à 33,1%. Un score qui le place en position de force pour les négociations avec le PS en vue de la fusion au second tour. Les Verts tenteront surtout de conserver les 34 municipalités acquises en 2001.

Parti communiste: maintenir le cap
Après la débâcle de 2001, le PCF, qui reste malgré tout bien implanté localement, est le parti qui tire le mieux son épingle du jeu. Malgré la concurrence socialiste, il préserve dès le premier tour nombre de ses communes: Vaulx-en-Velin, Stains, Martigues, Arles, Saint-Martin-d'Hères, Ivry, Echirolles, Sevran, Fontenay-sous-Bois, Malakoff, Champiny-sur-Marne, Nanterre, Bagneux, Bobigny, Vénissieux. Mieux: il reconquiert des villes gagnées par la droite en 2001, comme Dieppe et Vierzon.

Dans les communes de la ceinture parisienne, où le PS avait imposé une primaire, le parti de Marie-George Buffet s'est bien défendu: à Tremblay, le communiste a remporté la ville dès le premier tour. Les maires sortants PCF sont en ballotage très favorable à La Courneuve (46%, contre 36% pour le PS), à Bagnolet (43% contre 23%), à Saint-Denis (42% contre 22%), à Vitry (41%, contre 23%). A Aubervilliers, le PCF devance le PS de peu (34,9% contre 31,95%). Enfin, pour le second tour des cantonales, le PCF concentrera ses forces sur la présidence du département de Seine-Saint-Denis, communiste depuis sa création en 1967 et symbole de la banlieue rouge, qu'entend ravir le socialiste Claude Bartolone. Duel serré en perspective.

Extrême gauche: peser à gauche
Après le score médiocre de la présidentielle, l’extrême gauche se rassure avec le premier tour des municipales. Dans la lignée du PCF, les petits partis tirent leur épingle du jeu. Ainsi, la LCR a obtenu des scores inédits, à Louviers (Eure) et à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), où les listes ont fait plus de 10%. Et l’extrême gauche entend surfer sur la vague pour se relancer et se fédérer: «Une réunion est prévue au mois de juin pour définir un programme commun. Un congrès de fondation d’un nouveau parti est ensuite prévu en décembre», a expliqué dimanche Olivier Besancenot, à 20minutes.fr.

Front national: le spectre de la marginalité
Le parti de Jean-Marie Le Pen confirme son recul. Sa fille Marine notamment n’a pas réussi la percée espérée à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Le FN n’a que de rares possibilités de maintien au second tour, sans comparaison avec les municipales de 2001, et encore moins avec celles de 1995. La tendance est la même pour les élections cantonales, sur lesquelles le FN avait mis la priorité: les candidats frontistes recueillent un peu plus de 4,8% des voix au niveau national, contre près de 7% en 2001. «Il n'y a pas eu de miracle pour le FN», a commenté a l’AFP Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l'extrême droite. «On a l'impression qu'on en revient à la période d'avant les municipales de 1983», estime-t-il, lorsque l'extrême droite était un courant politique marginal.

A qui profite l'abstention?
Avec le taux de participation le plus bas depuis 1959, le premier tour des municipales laisse espérer aux candidats une belle réserve de voix. Convaincre les abstentionnistes est une nouvelle priorité pour les partis, notamment dans les points chauds où les batailles s'annoncent serrées, notamment à Strasbourg. Selon une étudé CSA-Dexia, réalisée dimanche, 54% des abstentionnistes sont employés ou ouvriers. Des classes populaires qui seront, à coup sûr, au centre des sollicitations, notamment à droite, qui a le plus à gagner à les conduire aux urnes: selon la même étude, 32% des abstentionnistes déclarent avoir voté Nicolas Sarkozy au premier tour, contre 9% pour Ségolène Royal.