Comprendre le premier tour des municipales

DECRYPTAGE Des motivations locales ou nationales? Un échec pour la droite?

Alexandre Sulzer avec Catherine Fournier

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Le premier tour des municipales, une vague rose?

Avec plus de 47% des voix contre 45% pour la droite (chiffres du ministère de l'Intérieur, à 2h30), les listes de gauche et des Verts ont réalisé une poussée attendue mais loin de la percée que laissaient présager les premières estimations de dimanche soir. Le score des deux parties s'équilibre ainsi d'heure en heure.

Mais la droite, qui avait plus à perdre qu'à gagner, n'a pas succombé pour autant et parvient à se maintenir dans de très nombreuses villes où le résultat semble incertain une semaine avant le second tour. Le chiffre de la participation a également été revu à la baisse par rapport aux estimations de dimanche soir: elle se situerait aux environs de 61% contre 67,29% au 1er tour en 2001.

Le PS atteint ses objectifs

Dès le premier tour, le parti a conservé 57 villes de plus de 30.000 habitants (contre 47 pour l'UMP) et s'est imposé dans les grandes villes qu'il possédait déjà. Ainsi, Bertrand Delanoë semble certain de gagner au second tour tandis que Gérard Collomb a fait mordre la poussière à Dominique Perben. Concernant les villes à conquérir, le PS semble bien disposé à reprendre Strasbourg, perdue en 2001. Mais les autres grandes villes de droite résistent. Ainsi, Jean-Luc Moudenc à Toulouse et Jean-Claude Gaudin à Marseille sont en ballotage favorable. Dans les villes de moindre envergure, le PS fait basculer plusieurs villes dès le premier tour comme Rouen, Châlons-sur-Saône, Laval, Alençon ou encore Rodez, dirigée par la droite depuis plus de 55 ans.

Dans d'autres communes, le PS est en ballotage favorable et bien placé pour faire basculer la majorité municipale comme à Cahors, Quimper ou Blois. Dans les quelques villes où elle était menacée, la gauche l'a finalement emporté, notamment à Dijon, où François Rebsamen a été réélu, Tourcoing ou Chambéry.

La droite n’est pas rejetée

En tout cas pas en bloc. «On constate que les candidats «non sarkozystes» au sein de l’UMP ainsi que ceux qui ont pris leurs distances avec le parti ont été plébiscités», souligne Dominique Reynié, politologue au Cevipof. «C’est le cas d’Alain Juppé à Bordeaux, de François Fillon dans la Sarthe, de Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay, de Luc Chatel à Chaumont, de l'ancienne ministre UMP-dissidente Catherine Vautrin, qui obtient un meilleur score que le candidat investi par le Parti, Renaud Dutreil». Pas un hasard selon lui si Xavier Darcos est en ballotage défavorable à Périgueux puisqu'il est «le seul ministre à avoir reçu le soutien de Nicolas Sarkozy dans sa ville».

Par ailleurs, la droite résiste bien dans certains fiefs comme Meaux et part favorite pour conquérir Angers et Agen. Mais cela reste des cas isolés.

Le MoDem cantonné à un rôle d'arbitre

François Bayrou, en posture difficile dans son propre fief de Pau, a déclaré que son mouvement ne donnerait «pas de consigne générale», et examinerait la situation «ville par ville, candidat par candidat». Au risque de réduire la portée de son message.

Un scrutin local, puis national et pas un référendum anti-Sarkozy


Pour 44% des personnes interrogées par Ipsos, le bilan de l’équipe municipale sortante est le premier facteur déterminant leur choix. Viennent ensuite le programme des listes (41%) et la personnalité des candidats (40%). L’ancrage à gauche des thèmes déterminants le scrutin local se traduit par une poussée de la gauche mais n’est pas forcément un vote anti-Sarkozy. Pour 53% des personnes interrogées, leur choix ne devait pas être un vote sanction, ni un soutien au gouvernement. 29% seulement des sondés ont affirmé que leur vote du premier tour devait être l’occasion de manifester leur opposition au gouvernement. Les jeunes, les ouvriers et les sympathisants de gauche sont les principaux électeurs dans cette catégorie.

Quelle stratégie pour le gouvernement dans l'entre deux tours?

Selon Dominique Reynié, «le président a intérêt à mettre François Fillon en avant dans l'entre deux tours, notamment sur la question du pouvoir d’achat, d’en finir avec l’ouverture, car les Français se sont repositionnés sur un clivage droite/gauche».

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