Le candidat orange n'est pas un bleu

24 HEURES AVEC Michel Van Tichelen, candidat Modem pour les municipales de Lille...

Vincent Vantighem (Lille)

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Michel Van Tichelen est du genre lève-tôt. Ce matin-là, le jour pointe à peine le bout de son nez sur Tourcoing. Et seule Audrey, la stagiaire en communication, a précédé le leader du MoDem dans son QG de campagne. Une coupure de presse dans chaque main, il s'agite devant la photocopieuse. Un poil frustré par la façon dont les journaux ont relaté la présentation de son programme. « Je n'ai sans doute pas assez insisté sur mes points forts. » Difficile de se faire une place entre Christian Vanneste (UMP-CNI) et Michel-François Delannoy (PS). Eux aussi aspirent à succéder à Jean-Pierre Balduyck en mars prochain. Mais ils sont favoris. Alors, c'est vêtu de la tunique d'arbitre que cette vieille figure de la politique locale bosse. Tout en rêvant secrètement d'atteindre le but.

«La ville n'est pas dans une situation financière saine»

Son rendez-vous de 9 h 30 le ramène à la dure réalité. Désiré Kouamé-Assane l'attend. Ce directeur d'un centre de formation doit le briefer sur les questions de chômage, d'intégration, d'illettrisme... Tout en brossant sa fine moustache, le candidat prend des notes. Au bout de vingt minutes, il sort de son habituelle réserve. « Vous savez qu'il faut des moyens pour tout ça, lâche-t-il au responsable associatif. Et vous savez que la ville n'est pas dans une situation financière saine...»

Un cours d'instruction civique

Autour de lui, les militants trépignent. K-Way orange sur le dos, ils n'attendent plus que leur leader. Direction le marché de la place Miss-Cavell pour une distribution de tracts. Un endroit stratégique. C'est ici que la majorité municipale a transféré le marché le temps d'effectuer les travaux du centre-ville. Les commerçants ambulants ont manifesté en signe de protestation. L'ancien conseiller régional UDF a « joué l'apaisement », de son propre aveu. « A ce moment-là, on ne les a pas vus vos K-Way orange, lui envoie l'un des vendeurs amer. C'est là qu'il fallait venir. » Pas vraiment secoué, le candidat tourne les talons et se lance dans un cours d'instruction civique. Devant le primeur, il interpelle: «Bonjour, je suis Michel Van Tichelen, candidat MoDem à la mairie.» Devant l'incrédulité d'une poignée d'homme, il poursuit pédagogue: «Michel Van Tichelen du parti de François Bayrou. Il y a Sarko, les socialistes et moi, au milieu.» L'un de ses interlocuteurs lui répond: «De toute façon, on ne peut pas voter. On n'est pas Français.»

«Il reste tant de choses à faire...»

Un détour par l'école Saint-Christophe ramène la petite équipe dans le centre. Un steak-frites, deux verres, mais « jamais plus », le chef et ses K-Way orange se replacent en formation d'attaque. Direction, le quartier du Virolois pour du porte-à-porte. Sur la route, Michel Van Tichelen passe au large de l'Hôtel de ville. Le candidat n'y jette même pas un regard. Rue Winoc-Chocqueel, les maisons cossues succèdent aux HLM. Au fil des sonnettes, le discours orange devient mécanique. Il faut atteindre une belle maison de maître pour raviver leur flamme: «Je n'aime pas la délation, glisse la propriétaire en regardant autour d'elle. Mais les balayeurs passent plus de temps à fumer qu'à faire leur boulot.» Au numéro 28, c'est la femme de ménage d'un immeuble collectif qui accueille le candidat comme un messie. « Ici, ça squatte, ça vomit, ça tague, ça crache », énumère-t-elle. Pas sûr que ça change: «Je l'ai déjà signalé une dizaine de fois», avoue impuissant Michel Van Tichelen.

Plusieurs contacts et deux heures plus tard, il atterrit chez Pedro, le bistrot du coin. «Et M'sieur! Si tu me trouves un appart, promis, je vote pour toi», lance un jeune. Toujours souriant et affable, le candidat prend note, se redresse et regarde par la fenêtre: «A la fin de la journée, on a toujours l'impression d'avoir accompli beaucoup de choses. Et pourtant, il reste tant à faire...»