« Je souhaite que les Autolib' soient électriques »

INTERVIEW Bertrand Delanoë, candidat PS et maire sortant de Paris revient sur ses projets...

Recueilli par Magali Gruet, Mickaël Bosredon et Carole Chatelain

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Bertrand Delanoë a souligné vendredi n'avoir attribué "aucun logement à des élus" depuis son accession à la mairie de Paris en 2001.
Bertrand Delanoë a souligné vendredi n'avoir attribué "aucun logement à des élus" depuis son accession à la mairie de Paris en 2001. — Francois Guillot AFP/Archives

Bertrand Delanoë, candidat PS et maire sortant de Paris revient sur ses projets...

Soutenez-vous Michèle Blumenthal, maire PS du 12e, et candidate dans cet arrondissement, qui occupe un logement social de 80 m2 à 771 euros par mois avec 6.300 euros de revenus mensuels?

Quelle est sa situation? Il s'agit d'un logement intermédiaire qu'elle a obtenu en 1974, tout à fait légalement. Elle est indemnisée en tant qu'élue, mais sa retraite d'enseignante est de 1.850 euros par mois. Les Parisiens occupant de façon régulière un logement du parc social seraient-ils interdits de candidature à une élection?

Vous avez engagé des travaux sur 80 % des immeubles insalubres parisiens. Pourtant, vous vous étiez engagé à «éradiquer l'insalubrité en une mandature».

Le bilan de mandature de l'ancienne équipe Tiberi-Panafieu indique noir sur blanc qu'ils n'avaient identifié que 136 immeubles insalubres, dont 47 n'avaient pas été traités en 2000. Quand nous sommes arrivés aux responsabilités nous avons créé les instruments pour connaître l'état réel du problème, soit 1.036.

Dans votre contrat de mandature de 2001, il est écrit que vous avez identifié «1.200 immeubles potentiellement concernés» par l'insalubrité. Vous ne pouvez donc pas dire que vous ne saviez pas.

Franchement, vous m'apprenez à l'instant que nous mentionnons le chiffre de 1.200 immeubles insalubres dans notre contrat. Merci du renseignement. Mais j'assume la comparaison entre notre action et celle de nos prédécesseurs.

Vous n'avez donc pas tenu cette promesse?

Nous avons relogé 19.000 personnes qui vivaient encore dans cet environnement indigne en 2001. Ensuite, c'est vrai, nous n'avons pu traiter que 80% de l'ensemble. En raison de la lenteur des procédures obligatoires. Mais aussi de l'Etat, saisi dès 2005, et qui a refusé de nous transférer la compétence en matière de lutte contre l'insalubrité. Nous avons donc besoin de trois ans pour achever totalement ce chantier.

Quels sont pour vous les grands projets de transport à venir en Ile-de-France, et comment comptez-vous y participer?

Je rappelle que Paris assume 30% du coût des transports en Ile-de-France. Nous participons aussi au financement du tramway d'Issy-les-Moulineaux et nous nous sommes engagés à le faire pour le Tram'Y de Seine-Saint-Denis. Pour l'avenir, nous soutenons le projet Arc Express [métro en rocade autour de Paris], et je pense que les deux tronçons prévus dans le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis sont prioritaires. Idéalement, il faudrait donc pouvoir les lancer en simultané.

Et à Paris?

Notre projet, c'est la diversification de l'offre : 200 km de pistes cyclables nouvelles, un service de navettes fluviales, le renforcement des fréquences du métro et du RER avec notamment le prolongement de la ligne 14, afin de soulager la ligne 13. Et puis, bien sûr l'extension du tramway.

Vous avez également proposé de créer Autolib'. Quelle forme prendrait ce projet ?

Il sera mis en oeuvre dans le cadre d'une délégation de service public, avec à la clé, 2.000 voitures en libre-service en 2009. Et je souhaite que ce soit des voitures électriques. Pour moi, cet aspect sera même décisif dans la compétition que nous lancerons entre les différents concurrents.

Où souhaitez-vous les installer ?

Il faudra un «mix» entre stations dans les parcs souterrains et stations de surface. Et nous misons sur plusieurs centaines de stations.

Comment se fournira-t-on en électricité ?

Dans ces stations, nous installerons des bornes où l'électricité sera fournie gratuitement. Nous ajouterons en outre 300 bornes à celles qui existent actuellement. Là encore, l'électricité sera gratuite, car je veux développer au maximum cette filière. Dans mon projet, je propose d'ailleurs une aide à l'achat des deux-roues électriques, et de leur permettre de rouler dans les couloirs de bus. Quant aux voitures électriques, elles coûtent encore cher, mais la technique progresse et qui sait? Vers 2011, 2012, je n'exclus pas qu'on puisse épauler les particuliers qui souhaitent en acquérir une.

Concernant le Grand Paris, Françoise de Panafieu propose de créer un «syndicat mixte ouvert», sur la base du volontariat des villes limitrophes qui le souhaiteraient. Qu'en pensez-vous?

Il y a un décalage spectaculaire entre les propos de Nicolas Sarkozy, qui suggérait il y a peu une logique institutionnelle pour l'agglomération, et le projet de madame de Panafieu qui se réduit à un improbable syndicat intercommunal auquel on adhérerait à la carte. Ce n'est pas ma position. Il faut une institution, à laquelle je souhaite que l'Etat participe et où la région doit jouer un rôle central. Car des politiques communes dans les domaines du logement, des déplacements, du développement économique ou de l'environnement, impliquent des moyens. Donc une vraie solidarité fiscale, notamment sur la taxe professionnelle. Paris et les Hauts-de-Seine doivent l'accepter. Moi, j'y suis prêt. J'espère que ce sera aussi le cas des Hauts-de-Seine.

Quelle est votre position sur le débat concernant la disparition des départements?

Avant mon élection, l'idée ne me heurtait pas. Mais devenu maire de Paris, et donc président de conseil général, je mesure le rôle majeur du département en matière de solidarité. D'ailleurs, les gouvernements de droite ne lui ont-ils pas transféré le RMI et la politique du handicap, sans les compensations budgétaires correspondantes? L'Etat doit aujourd'hui 200 millions à Paris.

Irez-vous jusqu'au bout de votre mandat de maire?

Qui peut nier ma loyauté à l'égard des Parisiens? Je suis candidat à un mandat qui va de 2008 à 2014. Et je suis le seul élu local à avoir démissionné de son mandat de parlementaire, pour se consacrer à sa fonction de maire. Je ne suis pas maître du temps. En tout cas, je n'ai pas d'autres désirs.

Allez-vous empêcher Ségolène Royal de venir vous soutenir?

Il ne s'agit pas d'empêchement ! J'ai toujours fait campagne en équipe et sans nationaliser l'enjeu. Il n'y a donc rien de programmé avec des personnalités non parisiennes.

A refaire Delanoë estime qu'il y a eu «quelques ratages» dans les aménagements de voirie pendant sa mandature «sur le boulevard Saint-Marcel, boulevard du Port-Royal, et même dans une certaine mesure sur le boulevard Magenta». «Quand vous faites quelque chose qui est une révolution dans le mode de vie et dans l'organisation, il n'est pas étonnant que vous ratiez 10% des trucs», justifie-t-il. Il avoue qu'il «faudra corriger» l'aménagement de ces axes, «c'est garanti».