Une vie à crever les plafonds

Gwenaël Cadoret

— 

Jean-Christophe Parisot s'est toujours battu pour vivre une vie normale.
Jean-Christophe Parisot s'est toujours battu pour vivre une vie normale. — G. Cadoret / MDS / 20 Minutes

«Je suis un haut fonctionnaire ordinaire à la vie extraordinaire. » Depuis mercredi, Jean-Christophe Parisot, 44 ans, est à la fois l'un des plus jeunes et le premier préfet handicapé de France.
« C'est un immense honneur qui m'est fait », s'enthousiasme l'intéressé. Mais cette nomination n'a rien d'un hasard pour un homme dont la vie est digne d'un roman. Issu d'une famille de résistants de la région parisienne, il y a découvert le sens du sacrifice et du patriotisme. « J'ai compris que la durée de la vie était moins importante que la qualité. »
Myopathe, cet homme va aller de l'avant, malgré son statut de tétraplégique sous assistance respiratoire. «J'ai dû accepter très jeune de perdre l'usage de mon corps. Je me suis toujours battu pour avoir une vie normale. »

Apolitique
Désirant « servir les autres », il intègre la fonction publique, après avoir été « le premier étudiant en chaise roulante à Sciences-Po ». Aidé au quotidien par quatre personnes, il grimpe progressivement les échelons. Et après collaboré avec le ministre Gilles de Robien, il rejoint le corps préfectoral en 2007. De son passage à l'Education nationale, on retiendra l'ouverture du concours de professeur des écoles aux personnes handicapées. « Il a fallu faire accepter que des gens différents pouvaient être d'excellents instits ! » Marié, quatre enfants, il était depuis 2010 sous-préfet de l'Hérault en charge de la cohésion sociale.
Nommé préfet de mission de service public sur le thème de l'exclusion, il compte s'attaquer aux « problèmes qui ne font pas de bruit », comme la solitude, le mal logement, l'illettrisme en prison...
Se disant « apolitique », soutenu par des élus de droite comme de gauche, il rapproche plus sa mission du « ministère religieux » que d'un « plan de carrière » politique. « Si je peux donner l'espoir que tout est possible, qu'il ne faut pas se décourager, ma nomination aura été utile.
J'espère contribuer à ce que la brèche s'ouvre encore plus pour les personnes handicapées. J'espère y contribuer. »

Un effet « Intouchables » ?

Le préfet Parisot considère le film Intouchables comme « essentiel. Il a ouvert de nombreux yeux, et laissera une trace pendant longtemps. Mais il faut aller au-delà de l'émotion collective, et passer aux actes. Ma nomination montre qu'on peut réussir sans bras ni jambes. Avant, on associait pouvoir et force physique. C'est une vraie révolution mentale. »