« La vie n'est pas rose pour les cadres »

Caroline rossignol

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Cet agent témoigne de sa difficulté à offrir des « solutions concrètes », en pleine « crise ».
Cet agent témoigne de sa difficulté à offrir des « solutions concrètes », en pleine « crise ». — c.rossignol / mds / 20 minutes

Le phénomène est grave. « Inquiétant », même, selon le directeur territorial de Pôle emploi, Pierre-Louis Munoz. Avec un taux de chômage de 13,4 %, l'Hérault ne quitte pas le bas du tableau. En un an, la région a assisté impuissante à une hausse de 7,8 % de Languedociens sans emploi, dépassant la barre des 151 500. Les plus frappés sont les plus de 50 ans, avec +17 % d'inscrits cette année. Un public qui peine à retrouver un job, surtout après une jolie carrière de cadre.
Une agence spécialement dédiée à ces derniers a été créée il y a six mois, au cœur de la zone d'activité de Fréjorgues. « La vie n'est pas rose pour les cadres. Beaucoup sont arrivés à Montpellier pour une fin de carrière et ont été licenciés, explique Patrick Moreau, le directeur d'agence. Le problème ici, c'est qu'il n'y a pas d'industrie. »

Pas de CDI

mais des missions
Avec 95 % de très petites entreprises sur le bassin, dont 60 % sont sans salariés, l'offre est limitée. « Dans le commerce, il y a moins d'argent que dans l'industrie. C'est la grande distribution qui génère le plus d'offres d'emploi. Mais comment dire à un cadre qu'il va se retrouver avec un salaire de 2 000 euros ? Les plus de 50 ans ont de la bouteille et veulent monnayer cela. » Encore faut-il avoir le choix.
Après un an et demi de chômage, Michel Mathias, 59 ans, se résigne seulement à ne plus chercher dans le secteur de l'automobile. « Il n'y a rien. C'est sinistré. Je prends conscience qu'il faut que je me réoriente. » Face à lui, Stéphane Rivano, son conseiller, compatit. « Ce qui est difficile pour moi, c'est d'être employé pour donner des solutions concrètes or on ne peut qu'échanger des pistes de réflexion. Mais ce n'est malheureusement pas nous qui faisons le marché du travail. »
Ainsi, les cadres seniors sont toujours plus nombreux à accepter des missions pointues mais limitées dans le temps. Une parenthèse en attendant mieux. L'agence de Fréjorgues a publié cette année un millier d'annonces pour autant d'inscrits. Dans la réalité, 3 000 cadres seraient sans emploi dans le Montpelliérain.