« Je gagne 30 € par jour »

caroline rossignol

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Ce jeune homme entame sa 2e saison comme vendeur de beignets.
Ce jeune homme entame sa 2e saison comme vendeur de beignets. — r.bodin / mds / 20 minutes

Pour Khalid*, la saison a commencé mi avril. A 22 ans, ce Marocain étudiant à Montpellier vend des beignets sur la plage. Problème, il n'a toujours pas signé son contrat de travail. « C'est pour bientôt normalement, on me déclarera 8 heures par semaine. » Un délai de travail non déclaré que le jeune homme explique comme « une sorte de période d'essai » nécessaire à son patron pour mesurer « la motivation » des troupes avant la montée en puissance pour l'été. « Et puis, s'il me déclarait tout de suite, il ne s'en sortirait pas financièrement avec les charges » Pour l'instant, Khalid est « payé au noir. Je gagne 30 à 40 % des ventes. Lorsqu'il ne fait pas beau, comme en ce moment, je gagne 30 € par jour. En plein été, ça peut monter entre 90 et 100 € pour 6 heures de boulot ».

« Un secret de polichinelle »
Un système dont le garçon, dépourvu d'assurance sociale, connaît les limites. « Ce travail, c'est juste par défaut : en tant qu'étudiant immigré, je n'ai pas le droit de travailler plus de 20 heures par semaine. Les employeurs utilisent souvent ce prétexte pour imposer le travail au noir. » L'été dernier, Christian Jeanjean, le maire de Palavas (UMP), avait délogé de sa plage sept entreprises illégales, jusqu'à faire détruire par la police municipale les denrées. « Vendre au noir des beignets fabriqués parfois dans des garages avec des huiles qui servent depuis 15 jours, non merci! » Cette année, seules les deux entreprises offrant des garanties sanitaires et sociales sont autorisées à pousser les chariots. « Elles nous ont fourni les déclarations des employés », explique le maire, qui délivre à chacun d'eux« une carte avec photo, que les touristes peuvent demander à voir ». Cet été encore, les contrôles sur le littoral seront renforcés par le comité de lutte contre le travail illégal de l'Hérault crée en 2010. Pour Franck Barbe, patron de l'URSSAF, « les employeurs doivent savoir que la loi s'est durcie, on peut redresser un travailleur jusqu'à 6 mois de Smic ».

372 infractions en 2010 contre 239 en 2009 (+55%)

Les contrôles vont s'amplifier cet été, selon le Comité de lutte contre le travail illégal, qui réunit police, gendarmerie, PAF, Urssaf, Mutuelle agricole, Direccte (ex-Inspection du travail) de l'Hérault (une centaine de personnes). Créé en 2010, il a permis de multiplier par 5 ces contrôles. Bilan: +55% d'infractions, soit 5,7 millions d'euros d'amandes en 2010, contre 0,9 en 2009