du bitume aux jardins, l'ex- sdf avance

caroline rossignol

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Arnaud a été soutenu par des habitants du quartier Boutonnet pour se sortir de la rue.
Arnaud a été soutenu par des habitants du quartier Boutonnet pour se sortir de la rue. — c.rossignol / mds / 20 minutes

Ses yeux sont bleus azur, mais le regard est dur. A 23 ans, Arnaud, un ancien SDF, créé son auto-entreprise d'entretien de jardins. « Il y a six mois encore, je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. J'ai trouvé une formation de paysagiste. Il me fallait une entreprise pour me prendre en stage », explique le jeune homme. Il frappe à la porte de la société d'architecture paysagère Belladone. Damien Aury, son gérant, tend la main à ce candidat peu ordinaire. « Le premier jour, il m'a raconté son histoire. Je suis tombé de haut ». Rapidement, des liens se tissent entre les deux hommes. « Damien m'a conseillé de me mettre en auto-entrepreneur. Ce que j'ai fait. Ma formation n'est pas encore finie que j'ai déjà des chantiers ».

Du boulot pour s'accrocher
Parmi les jardins à entretenir, celui de Lydie. Elle connaît le garçon, et pour cause. « Il y a deux ans, je l'ai trouvé en face de chez moi, en très mauvais état », se remémore cette habitante de Boutonnet. Arnaud traîne déjà quatre ans de rue dernière lui et un mauvais ulcère à l'estomac, lié à la malnutrition.
Rapidement, une cinquantaine d'habitants se mobilise pour lui. « Il était persécuté par les flics qui lui collaient des amendes tous les jours pour le faire bouger. Je trouve qu'il ne faut pas taper sur les gens qui sont à la rue ». Rencontré à cette période, Arnaud confiait : « Quand on n'a pas la même coiffure, les mêmes habits et la même façon de parler que les autres, on s'habitue à être avec ceux qui nous ressemble. On perd confiance et les gens hésitent à nous employer. » Rapidement, la chaîne de solidarité l'aide à obtenir une place à Regain, un centre d'hébergement des sans-abris où il se reconstruit toujours.
« Maintenant, il est en bonne santé, n'a plus de chiens. Il s'est socialisé, poursuit Lydie. Pour sa nouvelle vie, il a besoin d'avoir du travail régulièrement. Si chacun l'aide un peu il s'en sortira ». Arnaud, lui, a confiance. « Ça ne sera pas facile, mais quand on est motivé, il y a du boulot »