échange, bakchich, passe-droit : l'autre hlm

caroline rossignol

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c.rossignol / mds / 20 minutes

« Echange F4 HLM à Pergola contre F2 ou F3 dans résidence calme », « échange F6 à Montpellier contre villa dans l'Hérault». Des annonces comme celles-ci fleurissent sur le Net depuis quelques mois. Ces locataires HLM sont tous en quête d'un nouveau toit. Le principe : échanger appartements et loyers, sans passer par la case commission d'attribution d'un logement, jugée trop lente. La méthode, illégale, n'est pas sans risque pour le locataire bailleur, seul responsable au yeux des offices HLM, en cas de non-paiement du loyer. Mais pour certains, la nécessité justifie les moyens. Comme cette jeune femme, prête à échanger un « Faux F3 à Croix d'argent, pour un vrai F3 ». « Je viens d'avoir un bébé, c'était trop petit, explique-t-elle. J'ai envoyé un courrier à ACM [l'office HLM de l'agglomération montpelliéraine] il y a deux mois, pour avoir un appartement plus grand, mais je n'ai pas eu de réponse ». Elle n'a pas encore trouvé preneur. A l'instar d'Amid*. Il échange son F4 aux Cévennes, propriété d'Hérault Habitat, pour un F2. Mais des internautes, il n'a reçu que des propositions dans des quartiers « où c'est la zone ». Lui, vit au même endroit depuis « 38 ans ». Dernier héritier d'une dynastie de locataires. Au décès de ses parents, il a repris le logement. Depuis 2003, l'homme, au RSA, multiplie les demandes auprès des bailleurs sociaux de Montpellier pour déménager dans un appartement « plus petit ». Des réponses, il en a eu, mais dans le même secteur, alors que lui rêve de vivre « dans un quartier récent et bien. Comme tout le monde, en fait. »
Il y aurait bien une autre solution, mais elle n'est « pas très morale ». «Les bakchichs ? Évidemment, j'en connais qui l'ont fait. Pour 300, 400 ou 500 € en moyenne, ils ont un logement. Il y a un concierge, près de chez moi, il s'est fait toper. Il a été rétrogradé. » Mais Amid ne veut pas payer pour ce à quoi il « a droit. » A ACM, cette allusion aux dessous-de-table fait bondir. « Pour l'avoir entendu très fermement de la bouche de la directrice et du président d'ACM, les personnes qui feraient ça seraient immédiatement exclues », affirme Jean-Pierre Respaut, le directeur adjoint, chargé du relogement. Il reconnaît qu'il y a bien eu des « soupçons », à l'agence des Hauts-de-Massane, mais « aucune preuve n'a été apportée ». Il confie : « Moi aussi, je reçois des propositions, je les envoie balader. Les gens se figurent que c'est monnaie courante. »
La chasse aux passe-droits est ouverte. Même lorsqu'il s'agit d'élus, ainsi que le suggère une enquête du magazine Capital ce mois-ci ? « Vous n'imaginez pas le nombre d'élus de quartiers qui nous envoient des courriers pour nous demander un logement pour untel ou untel », constate Jean-Pierre Respaut. « Ils envoient une copie ensuite à ces personnes dans le besoin et qui ont l'impression qu'on s'occupent d'elles ! » continue le responsable. L'impression, seulement. Car en réalité, seul 6% du parc se libère chaque année dans l'Agglo, moitié moins qu'il y a dix ans. Dans le même temps, les dossiers de relogement s'empilent, « sous la pression de l'Etat », qui lance simultanément ses plans de rénovation urbaine au Petit Bard, Figuerolles ou la Paillade. Et les prioritaires désormais, ce sont eux.