Hérault : Mais où sont donc passées les paonnes de la cathédrale de Maguelone ?

DISPARITION Ces dernières semaines, les animaux qui vivaient en liberté sur le site se sont volatilisés

Nicolas Bonzom
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L'un des paons de la cathédrale de Maguelone
L'un des paons de la cathédrale de Maguelone — Compagnons de Maguelone
  • Depuis quelques jours, les douze paonnes de Maguelone ont disparu. Il ne reste plus que les sept mâles, qui sont bien seuls désormais sur ce site de 24 ha.
  • Il n’y a pas de doute, pour l’association des Compagnons de Maguelone : il s’agit d’un vol. Car si cela avait été un prédateur, il aurait laissé des plumes de ses victimes.
  • Une plainte a été déposée et une enquête est en cours. Les Compagnons de Maguelone lancent un appel, pour trouver des paonnes pour repeupler la presqu’île.

Il y a comme un vide sur la presqu’île de Maguelone. Les douze paonnes, qui vivaient en liberté sur le site de la cathédrale, à quelques km de Montpellier (Hérault), se sont volatilisées. Douze ont disparu, ces derniers jours. Il ne reste plus que les mâles, sept paons, qui se sentent bien seuls, aujourd’hui, sur ce site de 24 ha.

Chez les Compagnons de Maguelone, l’association qui gère le domaine et y accompagne des personnes en situation de handicap, tout le monde est dépité. D’autant que ces  oiseaux majestueux sont là depuis le Moyen Age et qu’ils font le bonheur des visiteurs de ce lieu, ouvert, gratuitement, aux promenades. « Nous les comptons, régulièrement, et nous leur donnons à manger, confie Frédéric Vabre, le directeur général des Compagnons de Maguelone. Ils ont l’habitude, ils ne sont pas particulièrement farouches. Ils dorment tous au même endroit, en hauteur, sur des arbres, pour éviter les prédateurs. On s’est très vite aperçu qu’on ne les voyait plus. »

« Si cela avait été un renard, il laisse toujours des plumes »

Des employés de l’association ont sillonné le site, une journée entière, lundi. En vain. Les paonnes avaient bel et bien disparu, sans laisser aucune trace. « Nous sommes très en colère, poursuit le directeur. Nous sommes souvent l’objet d’incivilités, on nous saccage les clôtures, on nous déracine des plantes, on nous vole du matériel… Mais là, on a touché à la symbolique de la cathédrale. Les paons, c’était l’emblème papal. » Et il n’y a pas de doute, pour Frédéric Vabre, les animaux ont bien été volés. Ce n’est pas un prédateur, qui en aurait fait son repas. « Parfois, il y a des renards, note-t-il. Mais si cela avait été un renard, on l’aurait su, car il laisse toujours des plumes. Et si cela avait été un prédateur, il n’aurait pas choisi les femelles et laissé les mâles. »



Les Compagnons de Maguelone lancent un appel auprès de particuliers ou de structures qui auraient des paonnes et qui accepteraient de les céder à l’association, pour repeupler la presqu’île. D’autant plus que l’on rentrera bientôt dans la saison des amours, et, depuis la disparition des femelles, les mâles sont surexcités : « Ils sont très, très énervés, ils s’attaquent entre eux, explique le directeur général de l’association héraultaise. Ces disparitions ont complètement cassé leur équilibre. »

Pierre Maigre, le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de l’Hérault, n’est pas surpris que ces disparitions. « Hélas, soupire-t-il. Pour les paons spécifiquement, je ne sais pas, mais il existe, de manière générale, des marchés parallèles, et bien sûr complètement illégaux, en ce qui concerne la faune, déplore-t-il. Nous avons des problèmes avec certains rapaces, qui sont capturés, pour alimenter le marché noir. C’est la même chose pour les chardonnerets, et d’autres espèces d’oiseaux chanteurs. » Car, aujourd’hui, « tout ce qui peut apporter des profits suscite de l’intérêt », confie Pierre Maigre. Une plainte a été déposée par les Compagnons de Maguelone. Une enquête est en cours, a appris 20 Minutes auprès de la gendarmerie. Mais qui donc a fait le coup de la paonne ? Pour l’instant, aucune piste n’a filtré.