Halloween : Jean Pomarèdes, « la canaille de Caux », son trésor perdu, Robert Ménard et François Mitterrand…

MONSTRES DE NOS VILLES (10/10) À l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pied ou des ogresses qui ont sévi dans nos régions il ya plus d'un siècle

Jérôme Diesnis
— 
Jean Pomarèdes fut guillotiné devant 50.000 personnes (Illustration)
Jean Pomarèdes fut guillotiné devant 50.000 personnes (Illustration) — LASKI/SIPA
  • 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes »Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • De 1837 à 1842, «La canaille de Caux» a semé la terreur en dévalisant des dizaines de marchands sur les routes au retour des foires.
  • Jean Pomarèdes, parfois idéalisé, est devenu une légende dans le Languedoc, au point d’être au cœur d’un retentissant procès en 1980, avec comme participants, Robert Ménard et François Mitterrand.

Son histoire a marqué le Languedoc. A tel point que 150 ans plus tard, son nom fut au cœur d’un procès retissant au cours desquels Robert Ménard et François Mitterrand se sont succédé à la barre….

Le 18 février 1843 Jean Pomarèdes fut guillotiné à Pézenas. Point final de sa vie de bandit de grand chemin. 50.000 personnes s’étaient amassées autour de la place principale pour assister à son dernier souffle.

Ruiné après des spéculations fumeuses

Issu d’une famille aisée, Jean Pomarèdes aurait pu vivre une vie de notable s’il n’avait pas multiplié les spéculations fumeuses. D’abord l’achat de grandes quantités d’alcool de vin et de marc au moment où la concurrence d’un alcool de betteraves à bas prix cassait le marché. Avant qu’il n’investisse dans des opérations immobilières calamiteuses. Alors que son patrimoine était estimé à plus de 10.000 francs, somme considérable à l’époque, « Jean Pomarèdes fils a été ruiné en 1838 », évoque Hyacinthe-Marius Maders, dans le livre qu’il lui a consacré en 1981.

En 1837, son premier forfait fut de détrousser l’un de ses employés qu’il venait de payer, en l’interceptant, armé et grimé, sur le chemin du retour. Après avoir incendié sa maison pour toucher l’assurance, sa technique évolua et c’est lourdement armé, le visage peint en noir, s’entourant de fagots de bois armés pour feindre des attaques en groupe, qu’il forgea sa réputation. Sa cible : les marchands, au retour des marchés. Il n’hésita pas à les tuer si nécessaire.

250 plaintes, 18 jours de procès

Le 19 février 1842, après un ultime méfait, il fut aperçu en train de cacher son butin dans un champ. C’est à son retour, au moment de récupérer le butin, qu’il fut interpellé.

« Cette histoire a tenu les habitants de la région dans une telle épouvante que tous les journaux régionaux l’ont publiée avec beaucoup de détails souvent imaginaires », évoque Hyacinthe-Marius Maders. La canaille de Caux, du nom d’un petit village au nord de l’Hérault, fut reconnue coupable de 35 vols à main armés sur les 250 qui lui étaient imputés, l’incendie volontaire de sa maison, deux tentatives d’assassinat et un meurtre.

Les trous de Pomarèdes

Sa légende se perpétua bien après sa mort, parfois idéalisée, le présentant comme une sorte de Robin des Bois volant les percepteurs pour donner l’argent aux plus pauvres. De nombreux chercheurs d’or se mirent à creuser des trous un peu partout en quête de butin qu’il aurait enterré au gré de ses méfaits. Le plus connu est un monticule à la sortie de Béziers, qui aurait caché l’ouverture d’une grotte, effondrée depuis. D’autres trous de Pomarèdes dans la région sont parfois présentés avec d’autres fonctions. « De Montpellier à Narbonne, de Sète à Millau, qui ne vous montrera pas un trou où il se serait caché ? », reprend Hyacinthe-Marius Maders.

Son nom a resurgi en 1978. Cette année-là, un certain Robert Ménard, qui n’était pas encore le créateur de Reporter Sans Frontière et encore moins maire de Béziers, baptisa sa radio (interdite à l’époque comme toutes les radios libres) Radio Pomarèdes. L’émetteur fut saisi le 2 février 1979 et Robert Ménard jugé l’année suivante pour atteinte au monopole. Lors de ce procès, François Mitterrand, qui devait être élu président de la République un an plus tard, se présenta à la barre comme témoin de moralité…