Montpellier : Les constructeurs indélicats recevront la facture en cas de dommages infligés à un arbre

ENVIRONNEMENT La commune a décidé de durcir le ton en matière de préservation de son patrimoine arboré

Nicolas Bonzom
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Des travaux, à Montpellier (illustration)
Des travaux, à Montpellier (illustration) — N. Bonzom / Maxele Presse
  • La ville de Montpellier a décidé de durcir les amendes délivrées aux entreprises indélicates, en cas de dommages infligés au patrimoine arboré, lors de travaux.
  • Pour mettre en œuvre sa nouvelle mesure, la ville s’appuiera sur un nouvel outil, le Barème de l’arbre, mis au point par plusieurs associations et organismes.
  • Selon les cas, la valeur des arbres peut grimper de 500 euros à plusieurs dizaines de milliers d’euros (ou plus), pour les plus remarquables d’entre eux.

Constructeurs, prenez garde aux arbres ! La ville de Montpellier (Hérault) a décidé de durcir les amendes délivrées aux entreprises indélicates, en cas de dommages infligés au patrimoine arboré, lors de travaux sur le domaine public. Un dispositif similaire existait déjà dans la capitale héraultaise, mais la commune va fortement renforcer les pénalités, en les multipliant par deux, en moyenne.

« Quand un chantier est mal conduit, qu’un arbre est malmené, soit on ne fait rien, soit on fait payer, confie Michaël Delafosse (PS), le maire de Montpellier. Parce qu’il a été dégradé, comme on peut dégrader un sol ou une vitrine. Le mieux, c’est de ne pas dégrader le patrimoine végétal, d’être attentif. Mais lorsque cela arrive, il faut pouvoir mettre à l’amende. » Pour l’élu, « un arbre ne peut pas être détruit parce que l’on dit "Ce n’est qu’un arbre" ». Pour mettre en œuvre sa mesure, la ville s’appuiera sur un nouvel outil, le « barème de l’arbre », mis au point par plusieurs associations et organismes. Il permet de connaître la valeur des arbres, et d’évaluer les dégâts.

De 500 à plusieurs dizaines de milliers d’euros

« C’est un calculateur, accessible gratuitement en ligne », explique Alice Meyer-Grandbastien, chargée d’études à Plante et Cité, une association d’études et d’expérimentations sur la nature en ville, qui a œuvré à la conception de ce calculateur. « Un formulaire permet de renseigner différents critères sur l’arbre, comme la dimension du houppier [l’ensemble des branches au sommet] ou son importance dans le paysage, son caractère endémique par exemple, et le logiciel calcule la valeur de l’arbre en euros. » De 500 à plusieurs dizaines de milliers d’euros, pour les plus remarquables.

« L’objectif est que la valeur soit relativement élevée, pour permettre de sensibiliser le plus grand nombre à ce que représente un arbre », poursuit Alice Meyer-Grandbastien. L’outil permet, ensuite, d’évaluer le coût des dégâts infligés à l’arbre, en indiquant si les dommages concernent les racines, le tronc ou le houppier. Ou si l’arbre est tombé. « Selon la gravité, l’outil définit un pourcentage de la valeur de l’arbre », note-t-elle.

« Les maîtres d’ouvrage ne sont pas les ennemis de la nature »

Si la mesure a été approuvée par le conseil municipal, elle n’a pas fait l’unanimité. Pour le mouvement Nous sommes, ce dispositif, « comme un clin d’œil au monde des banques et des assurances, ne fait qu’entretenir ce système où tout a un prix, où tout se vend et s’achète, et qui met précisément à mal la biodiversité ». « C’est un courant, la monétarisation de la nature, qui consiste à penser que l’on va tout régler en donnant une valeur monétaire à la nature », déplore Alenka Doulain (divers gauche), qui siège dans l’opposition. Avec un tel dispositif, poursuit l’élue, « ceux qui peuvent se permettre de payer pour polluer ou pour compenser ne changent pas leurs pratiques ».

Pour Laurent Villaret, président de la Fédération des promoteurs immobiliers d’Occitanie, « les maîtres d’ouvrage ne sont pas les ennemis de la nature ». « Croire qu’ils sont là pour couper des arbres, c’est n’avoir rien compris. La première chose que demandent nos clients, c’est un cadre paysager. » Avant de pénaliser les constructeurs, Laurent Villaret aurait souhaité que soient mises en place, « avec, aussi, ceux qui construisent », des « règles claires, qui permettent de protéger l’environnement, mais aussi de répondre aux demandes de logements. Punir un maître d’ouvrage alors qu’il n’y a pas de règles, cela ne sert à rien. Pour autant, si les choses sont trop contraignantes, si l’on protège une espèce très répandue, hyper invasive ou que l’on peut facilement replanter, le risque, c’est de tomber dans une logique d’inconstructibilité. »