Montpellier : Deux bidonvilles évacués en huit jours, les associations sont consternées

SOCIAL La préfecture, qui assure agir dans le cadre d'une décision de justice, évoque des conditions insalubres, qui peuvent s'avérer dangereuses

Nicolas Bonzom
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Un bidonville, dans le quartier Port-Marianne, à Montpellier (illustration).
Un bidonville, dans le quartier Port-Marianne, à Montpellier (illustration). — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Le bidonville du Zénith 2 a été évacué ce mercredi matin, à Montpellier. Le 31 août, un autre campement de la ville, celui du Mas Rouge, avait déjà été évacué.
  • Les associations déplorent cette nouvelle évacuation, d’autant qu’un travail était mené depuis des années auprès des habitants, pour leur trouver un logement.
  • De son côté, la préfecture assure avoir agi dans le cadre d’une décision de justice, et évoque des conditions de vie insalubres et dangereuses sur le camp.

Il ne reste plus rien, ce mercredi, du bidonville du Zénith, à Montpellier (Hérault). A l’aube, policiers, CRS et pelles mécaniques ont démantelé ce camp, installé illégalement sur un terrain communal. Une opération qui intervient huit jours après l’évacuation d’un autre bidonville, celui du Mas Rouge, le 31 août.

Ces expulsions, les associations ne les comprennent pas. D’abord parce qu’elles sont « inutiles », confie Damien Nantes, coordinateur de Médecins du monde en Languedoc-Roussillon. « Les personnes qui y vivaient vont aller dans d’autres bidonvilles, en construisent d’autres ou connaissent des passages à la rue », note-t-il. « Le camp de Celleneuve, par exemple, a été expulsé trois fois, et n’a fait que descendre, à chaque fois, dans la même rue, ajoute Catherine Vassaux, directrice de l’association Area, qui œuvre auprès des habitants des bidonvilles de Montpellier. Et il existe toujours. »

« Ce coup d’arrêt du préfet est incompréhensible »

Et si les associations sont en colère, ce mercredi, c’est aussi parce qu’une expulsion manu militari, à l’aube, c’est, évidemment, « traumatisant » pour les habitants. « Des enfants, expulsés à quelques jours de la rentrée scolaire… Certains sont partis avec leur cartable. Ce n’est pas rien », déplore Damien Nantes, qui évoque le cas du Mas Rouge.

Les associations sont d’autant plus consternées qu’elles menaient depuis des années un travail auprès des résidents. Associations, ville et métropole et même les services de l’État s’étaient engagés dans un accompagnement, pour sortir ces personnes des bidonvilles, leur trouver un logement pérenne, un travail, une formation. Pour tirer un trait sur les camps illicites. « L’État soutenait cette feuille de route ! Ce coup d’arrêt du préfet est incompréhensible », regrette Sylvie Chamvoux, directrice de la fondation Abbé Pierre en Occitanie. Le préfet, Hugues Moutouh, en fonction depuis le 19 juillet, « a mis le feu à tout ce travail, s’insurge le coordinateur régional de Médecins du Monde. Il a contrecarré le travail des associations, et même de ses propres services ».

« On ne peut pas prendre le risque plus longtemps »

De son côté, le représentant de l’État dans l’Hérault évoque, pour justifier l’évacuation du Zénith, des conditions sanitaires précaires, et qui peuvent s’avérer dangereuses. Comme pour le Mas Rouge. Des rats, des « immondices » dans les habitations, la présence de carcasses d’animaux, et le stockage de détritus et de bonbonnes de gaz. Selon Hugues Moutouh, les pompiers sont intervenus 167 fois dans ce bidonville depuis 2014. La dernière fois, c’était le 31 août. Un « important incendie » avait « menacé les populations » vivant sur le site. « On ne peut pas prendre le risque plus longtemps de faire dormir des familles, dans des conditions aussi précaires », confie-t-il.

Cette évacuation intervient par ailleurs, assure la préfecture, dans le cadre d’une décision de justice, sans davantage de détails. La ville, propriétaire du terrain, assure toutefois qu’elle n’a pas demandé à l’État de démanteler le Mas Rouge et du Zénith. Pas l’équipe de Michaël Delafosse (PS), élu en 2020, en tout cas. La ville « demeure extérieure à ces opérations initiées par la préfecture, en application d’une décision de justice et sur la base d’une demande formulée sous le précédent mandat », note-t-elle.

Un toit pour tous ?

Ce mercredi, selon le préfet, 75 personnes, essentiellement d’origine roumaine, ont été évacuées. « Tous les occupants du campement, comme pour le Mas Rouge, en situation régulière, se verront et se sont vus proposer un hébergement, en priorité les familles avec des enfants, et les personnes vulnérables », indique Hugues Moutouh. Un toit pour tous ? Pour les associations, c’est « un mensonge ». « La semaine dernière, à peu près la moitié des ménages ont été mis à l’abri dans des chambres d’hôtel, pas du tout adaptées à la vie en famille, confie la directrice d’Area. Mais une chambre d’hôtel, on ne sait pas pour combien de temps. Les autres sont chez des proches, dans d’autres bidonvilles, ou en train d’en constituer un nouveau. Et certains n’ont aucune solution. »

Il y a une douzaine de bidonvilles dans la métropole de Montpellier. Ils abritent, au total, entre 800 et 900 personnes. Le préfet de l’Hérault n’a pas caché, ce mercredi, qu’il s’est fixé comme objectif de les résorber, et a invité l’ensemble des associations à s’asseoir autour d’une table, pour en discuter. Un échange qui promet d’être tendu.