Montpellier : « Ce n’est pas notre boulot… » Les Atsem ne veulent pas gérer les temps périscolaires

RENTREE SCOLAIRE La commune a ajouté à leurs tâches les temps d'animation après la classe

Nicolas Bonzom
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Ce lundi matin, lors du rassemblement des Atsem, à Montpellier
Ce lundi matin, lors du rassemblement des Atsem, à Montpellier — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Votée en 2019, une loi oblige les communes à appliquer le même temps de travail aux fonctionnaires que dans le privé. Pour les Atsem, à Montpellier, cela représente 70 à 100 heures de plus par an, plus que dans la plupart des grandes villes.
  • Pour appliquer la réglementation, la commune a choisi d’attribuer aux Atsem une nouvelle mission : les temps d’accueil et d’animation après la classe (Taac).
  • Pour la profession, déjà touchée par un travail pénible, cette nouvelle tâche ne passe pas. Les Atsem ont entamé, ce lundi, une grève reconductible.

A Montpellier (Hérault), les Atsem (Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) ont entamé une grève reconductible. Ce lundi, elles – ce sont principalement des femmes – étaient des dizaines à manifester leur colère au pied de la mairie. Une décision de la commune est au cœur de leur protestation : depuis la rentrée, elle a décidé d’ajouter les temps d’accueil et d’animation après la classe (Taac) à leurs missions. Une tâche qui, d’ordinaire, est confiée des vacataires, souvent des étudiants.

Alors qu’une loi, votée en 2019, impose d’aligner le temps de travail de ces fonctionnaires sur celui du secteur privé, à Montpellier, c’est entre 70 et 100 heures qu’il faut rattraper. Plus que dans la plupart des grandes villes. Pour répondre à cette obligation, la commune a choisi de leur adjoindre cette nouvelle charge de travail.

« L’animation, c’est un vrai métier ! »

Les Atsem ne rejettent pas la loi, mais la manière dont la ville l’applique. « On ne peut pas demander à quelqu’un d’être en contact avec les enfants de 7 heures 45 à 17 heures 30 en continu, estime Sylvie Cobos, déléguée CGT et Atsem depuis 39 ans. Le matin, nous commençons par l’accueil, puis la classe, la cantine, la classe. Et désormais, les Taac. L’animation, c’est un vrai métier ! On n’a pas le temps de préparer. Et après neuf heures de travail, plus la patience. »

« Ce n’est pas notre boulot ! Impossible, pour nous, d’organiser un quelconque atelier, note une Atsem. On les fait goûter, et on les laisse libres en assurant leur sécurité. On ne peut rien faire de plus. » Et, ajoute l’une des ses collègues, « avec cette organisation, on n’a plus de temps pour ranger la classe, préparer la journée du lendemain ».

Pour ces fonctionnaires, avec cette nouvelle organisation, la commune ne prend pas en compte la pénibilité de leur métier. « On travaille dans le bruit, à plus de 90 décibels à midi, courbée, sur du mobilier adapté aux petits. Certaines ont le dos en compote ! », gronde l’une d’elles. Des parents d’élèves étaient là, aussi, ce lundi, pour soutenir les agentes. « Chacun son travail, chacun son diplôme, confie Monique, maman et cofondatrice du Collectif des parents délégués du primaire de Montpellier. Les Atsem ne sont pas des animatrices. Elles suppléent l’enseignante. Les animateurs font du jeu, des ateliers. Ce n’est pas la même chose. »

Ce lundi matin, lors du rassemblement des Atsem, à Montpellier
Ce lundi matin, lors du rassemblement des Atsem, à Montpellier - N. Bonzom / Maxele Presse

« C’est un non-sens pédagogique »

Alenka Doulain (Nous sommes), conseillère municipale de l’opposition, était sur le parvis de la mairie, ce lundi matin, pour soutenir la profession. Pour l’élue, « il faut revoir la copie ». « La véritable question est : Qu’est-ce que l’on propose, aux enfants, lors des Taac ? Un projet pédagogique, pour stimuler l’éveil des enfants ? Si l’on envoie des personnes épuisées, c’est un non-sens pédagogique », déplore-t-elle.

De son côté, Fanny Dombre-Coste (PS), adjointe au maire en charge de l’éducation, défend la décision de la ville, instaurée « après quatre mois de discussions avec les organisations syndicales ». « Notre priorité, c’est l’enfant, la réussite scolaire des enfants, et nous l’avons prouvé, confie l’élue. Nous souhaitons renforcer le rôle pédagogique des Atsem. Dans la plupart des autres grandes villes en France, les Atsem font le ménage quotidien des locaux. Ce n’est pas le cas à Montpellier. »

Des « compensations »

Pour l’élue, les Atsem ont toute leur place dans les Taac. « Les animateurs, vacataires, changent régulièrement, et ne connaissent pas les enfants, note-t-elle. Or, les parents ont envie de savoir comment s’est passée la journée de leur enfant. » Les Atsem, elles, connaissent les petits, poursuit Fanny Dombre-Coste. Et puis, « en réalité, les Taac, en maternelle, c’est le goûter, puis, essentiellement du repos. Ce n’est pas vraiment de l’animation. Cela n’a pas grand-chose à voir avec ce qui fait se fait en élémentaire. »

Cette nouvelle organisation du travail n’a d’ailleurs, confie l’élue, pas été motivée par une volonté d’économie. « Nous avons besoin d’animateurs, et nous recrutons à tour de bras », assure-t-elle. Quant à la pénibilité et la fatigue évoquées par les Atsem, l’élue dit en avoir « conscience ». « Elles ont tout de même des compensations », notamment « 16 semaines de vacances » et « deux jours de repos de plus » par an.