Montpellier : Les épiciers de nuit consternés par un arrêté leur imposant de fermer... la nuit

SECURITE Pour des raisons de sécurité et de troubles du voisinage, la ville impose aux boutiques de baisser leurs rideaux de fer du jeudi soir au dimanche, de 21 heures à 7 heures

Nicolas Bonzom

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De l'alcool, dans une épicerie (illustration)
De l'alcool, dans une épicerie (illustration) — RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA
  • Les épiciers de nuit de Montpellier sont en colère contre un arrêté municipal, leur imposant de fermer du jeudi soir au dimanche matin, de 21 heures à 7 heures.
  • La commune évoque, dans son arrêté daté du 30 avril dernier, des problèmes de sécurité, d'ivresse sur la voie publique, et de troubles du voisinage. 
  • « Nous allons faire faillite, nous ne tiendrons pas », déplore un épicier de nuit.

A Montpellier (Hérault), un arrêté municipal impose aux épiceries de nuit de fermer leurs portes, du jeudi soir au dimanche matin, de 21 heures à 7 heures, dans plusieurs quartiers, notamment l’Ecusson, la gare ou Antigone. Et les autres jours, la vente d'alcool à emporter reste interdite de 22 heures à 6 heures.

La ville évoque notamment des problèmes de sécurité et de troubles du voisinage liés à la consommation d’alcool. « Autour de nous, il y a de petits supermarchés, confie Mounir Letaief, président de l’association des épiceries de nuit. On attend qu’ils ferment, à 21 heures, pour commencer à travailler un peu. » Sauf que l’arrêté leur impose de baisser leurs rideaux de fer à… 21 heures. « Cet arrêté, c’est pour faire disparaître le commerce de proximité, déplore l’entrepreneur. Nous allons faire faillite, nous ne tiendrons pas. »

« Ce n’est pas à moi de vous prendre en charge ! »

Et, précise-t-il, ceux qui achètent de l’alcool dans ces épiceries, c’est pour « consommer chez eux ». « Ceux qui n’ont pas d’argent ne viennent pas chez nous, on vend trop cher, pour pouvoir couvrir nos frais. Les sans-abri, ils ont déjà acheté leurs bières dans les supermarchés, à 70 centimes. Chez moi, c’est 2 euros. » « Chaque individu est responsable de lui-même, gronde un autre épicier. Si vous achetez du whisky, et que vous mettez la pagaille dans la rue, ce n’est pas à moi de vous prendre en charge ! »

Sébastien Cote (PS), élu à la sécurité, assume l’arrêté qu’il a signé. « L’été dernier, nous avions constaté, sur la voie publique, une alcoolisation tout à fait exubérante, confie-t-il. Des groupes, sur les places, des canettes, des bouteilles brisées, des nuisances… Alors même que la vente d’alcool à emporter était interdite », de 22 heures à 6 heures.

« Le centre-ville est devenu un défouloir »

La commune a alors promulgué un nouvel arrêté, en août, imposant d’occulter les rayons d’alcool pendant la nuit. « Depuis que cet arrêté a été pris, en dix mois, il y a eu une trentaine de verbalisations d’épiceries pour des ventes d’alcool après 22 heures », déplore Sébastien Cote. D’où le durcissement des mesures, décidé par la ville.

Le collectif Droit au sommeil, mobilisé pour que cessent les tapages nocturnes, s’en félicite. « Cela fait trop longtemps que les épiceries de nuit ne respectent pas la loi », déplore Magali Balmefrezol, membre du collectif. « Le centre-ville est devenu un défouloir à cause du commerce de l’alcool, et du trop grand nombre de lieux de vente », poursuit cette Montpelliéraine, qui prône le « bien vivre ensemble ».