Montpellier : Les taxis, exclus des voies réservées aux vélos et aux bus, sont en colère

TRANSPORTS Ils manifestent depuis plusieurs semaines pour que la métropole revienne sur sa décision

Nicolas Bonzom

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Une manifestation de taxis contre les propositions de la commission Attali de dérèglementation de leur profession, en 2008 (Archives)
Une manifestation de taxis contre les propositions de la commission Attali de dérèglementation de leur profession, en 2008 (Archives) — DAMOURETTE VINCENT/SIPA
  • Les taxis n’ont pas le droit à Montpellier d’emprunter les nouvelles voies réservées aux vélos et aux bus, qui sont de plus en plus nombreuses depuis un peu plus d’un an.
  • La profession, qui évoque une « incompréhension » face à une décision « unilatérale » de la métropole, manifeste, chaque vendredi, depuis deux semaines.
  • « Nous ne souhaitons pas multiplier les engins motorisés sur les voies mixtes, pour ne pas mettre en danger les cyclistes, indique de son côté Julie Frêche (PS), vice-présidente de la métropole. Dès que nous aurons sorti les vélos des voies mixtes, nous pourrons les transformer en couloirs de bus, autorisés aux taxis. »

A Montpellier (Hérault), les taxis n’ont pas le droit d’emprunter les nouvelles voies réservées aux vélos et aux bus, qui fleurissent depuis un peu plus d’un an en ville. La profession, qui évoque une « incompréhension » face à une décision « unilatérale » de la métropole, manifeste, chaque vendredi, depuis deux semaines.

Vendredi, des centaines de chauffeurs en colère, rejoints par des confrères des Pyrénées-Orientales, du Gard ou des Bouches-du-Rhône, traverseront à nouveau la ville, pour tenter de se faire entendre. « Le Sud se mobilise, car tout le monde est bien conscient que ce qui se passe à Montpellier peut très bien donner des idées à d’autres personnes ailleurs, et que c’est notre profession en général qui est en danger », déplore Eric Déjean, président de la Fédération nationale des artisans taxis (FNAT) de l’Hérault.

« Avec l’épidémie, les personnes âgées se sentent en sécurité dans un taxi »

Pour ce taxi, la décision de la métropole n’est pas concevable, au regard du service rendu par sa profession. « Nous transportons des personnes âgées, des personnes qui ne peuvent pas avoir accès aux transports en commun, note Eric Déjean. Tout le monde n’a pas non plus la possibilité, à 85 ou 90 ans, de se déplacer à vélo. Et avec l’épidémie, les personnes âgées se sentent en sécurité dans un taxi. » « Nous avons l’habitude de transporter des personnes qui n’ont aucun autre moyen pour aller faire leurs courses ou de se rendre à des rendez-vous médicaux, confirme Didier Rocher, représentant du Syndicat professionnel des taxis (SPT) dans l’Hérault. Cette politique des transports à Montpellier n’est offerte qu’à des personnes valides, jeunes, et pas malades. »

Pourtant, les taxis assurent qu’ils peuvent partager la route avec les vélos. « Il faut que les cyclistes puissent circuler en toute sécurité, confie Eric Déjean. Mais il ne faut pas qu’ils soient considérés au détriment des professionnels que nous sommes. Nous sommes capables de nous entendre avec les cyclistes, de prendre soin d’eux. » Et, poursuit-il, « un taxi est moins dangereux sur une voie qu’un bus ». Eric Déjean demande à la métropole que soit mise en place une « concertation » pour « trouver des solutions, qui concilient les enjeux économiques, écologiques, et de sécurité ».

« Nous sommes les oubliés de la politique de Michaël Delafosse »

Depuis que les voies mixtes sont interdites aux taxis, les professionnels rongent leur frein, bloqués, bien souvent, disent-ils, dans les nombreux embouteillages. Et dans ces cas-là, « le compteur tourne, ce n’est pas nous qui décidons ! », rappelle Eric Déjean. Didier Rocher assure par exemple qu’aux heures de pointe, à Montpellier, en n’utilisant pas les voies mixtes, le montant des courses peut grimper « de 50 % ».

« Lorsque l’on va chercher un client, on essaie d’être là en 10 à 15 minutes, poursuit-il. Si, du fait du trafic, et des axes que l’on ne peut plus emprunter, ce délai grimpe à 20, 25 minutes, voire plus… Les entreprises ne seront plus rentables. » « Les usagers se détourneront des taxis, et les professionnels, qui font face à des engagements financiers terribles, ne pourront plus vivre de ce métier, gronde Didier Rocher. C’est la double sanction. Nous sommes les oubliés de la politique de Michaël Delafosse. »

« Nous ne bougerons pas »

De son côté, Julie Frêche (PS), qui indique que la profession a été reçue plusieurs fois par les services de la métropole, confirme à 20 Minutes que les taxis ne pourront pas utiliser les voies mixtes, qui sont réservées aux vélos et aux bus. « C’est une position sur laquelle nous ne bougerons pas, confie la vice-présidente chargée des transports. Nous ne souhaitons pas multiplier les engins motorisés sur les voies mixtes, pour ne pas mettre en danger les cyclistes. Ce n’est pas propre aux taxis : nous avons fait la même réponse aux livreurs, aux artisans et à la Fédération des motards en colère. »

Mais ces voies mixtes sont temporaires, rappelle Julie Frêche. L’objectif de la métropole est de créer des voies, en site propre, séparées de la chaussée, pour les cyclistes. « Dès que nous aurons sorti les vélos des voies mixtes, nous pourrons les transformer en couloirs de bus, autorisés aux taxis, indique l’élue. Les taxis sont, pour nous, une pierre importante du système de mobilités. Ce que nous voulons réduire, ce sont les personnes qui prennent leur voiture alors qu’elles peuvent faire leur trajet autrement. »