Occitanie : Les policiers supplémentaires promis par Gérald Darmanin à Montpellier et Nîmes sont-ils suffisants ?

SECURITE Seize vont arriver dans la capitale de l’Hérault, quatorze dans celle du Gard

Nicolas Bonzom

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Une voiture de police sur la place de la Comédie (illustration)
Une voiture de police sur la place de la Comédie (illustration) — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Alors qu'il était en visite à l'est de l'Occitanie, lundi, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a promis d'affecter 16 policiers de plus à Montpellier, et 14 à Nîmes.
  • Pour les syndicats, ces effectifs ne sont pas suffisants pour faire face à la dégradation sécuritaire que connaissent les deux villes, et qui avait été dénoncée par les élus.
  • A Montpellier, le maire, Michaël Delafosse (PS), avait pointé du doigt « une très forte hausse des actes délictuels et criminels ». A Nîmes, son homologue, Jean-Paul Fournier (LR), avait déploré une situation qui « ne cesse de se détériorer ».

Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, a promis 16 policiers supplémentaires à Montpellier (Hérault), et 14 à Nîmes (Gard). Ces effectifs sont-ils suffisants, pour enrayer la hausse des violences que dénoncent les maires des deux villes ?

A Montpellier, Michaël Delafosse (PS), avait écrit au ministre, le 21 août, pour réclamer que l’on se penche, place Beauvau, sur le sort de sa ville. L’élu pointait « la dégradation sécuritaire touchant la métropole (…) et plus particulièrement Montpellier », exposée à « une très forte hausse des actes délictuels et criminels (…) Des groupes mafieux ont investi certains secteurs, entraînant des règlements de compte toujours plus violents. » Une vingtaine de policiers en plus avaient été affectés en septembre 2018, tandis que La Mosson était classée « quartier de reconquête républicaine ». Depuis, rien. Hormis, en septembre, une trentaine de CRS, envoyés, deux jours par semaine, dans l’Ecusson.

« Trente policiers de plus, c’était un minimum »

Alors, avec 16 gardiens de la paix supplémentaires, le maire se réjouit « de la poursuite du dialogue avec le ministre au sujet des effectifs de police. » Mais il en espère plus. « Sa visite prochaine à Montpellier nous permettra une nouvelle fois de souligner les besoins supplémentaires de ce territoire en matière d’effectifs policiers », note-t-il.

Pour Bruno Bartocetti, délégué Unité SGP Police FO dans l’Hérault, le compte n’y est pas. « Lorsqu’on nous annonce des renforts, on ne peut qu’être satisfait, confie-t-il. Mais nous considérons que 30 policiers de plus, c’était un minimum. Il en faudrait même plus, mais nous savons bien que nous avons perdu tellement d’effectifs dans la police, que nous ne retrouverons pas le niveau d’avant. » Il « va continuer à œuvrer », poursuit-il, pour que le ministère affecte « un minimum d’une quinzaine de policiers supplémentaires », dans les prochains mois. « A Marseille, il y a 3.200 policiers, sans compter la police aux frontières, note le syndicaliste. Les 300 effectifs en plus par le ministre, c’est une hausse de près de 10 %. A Montpellier, avec 16 policiers, on est loin des 10 %. »

« La donne a changé »

Rémy Alonso, secrétaire départemental Alliance Police nationale 34, est d’accord avec son collègue : 16, ce n’est pas assez. « Des policiers partent à la retraite, ou sont mutés, et sans cesse, les effectifs baissent à Montpellier, explique-t-elle. Nous estimons qu’à Montpellier, il manque 60 fonctionnaires, pour que mes collègues puissent travailler en toute sécurité, et assurer toutes les missions qui arrivent au 17, qui sont de plus en plus nombreuses. Et de plus en plus violentes. Il y a de plus en plus d’affaires où des armes à feu sont utilisées. Même de jour, en plein milieu des quartiers. La donne a changé. »

A Nîmes, la situation est également explosive. Elle « ne cesse de se détériorer, déplorait Jean-Paul Fournier (LR), le maire, lundi. Depuis janvier 2020, Nîmes comptabilise 8 homicides ou tentatives avec 5 morts et 9 blessés. Des écoles (…) ont été prises d’assaut par les trafiquants de drogue. » Alors, s’il semble se réjouir des 14 renforts qui vont bientôt débarquer à Nîmes, l’élu en attend, lui aussi, plus. Gérald Darmanin lui a promis, lundi, de signer, avant l’été, un « contrat de sécurité intégré », qui « permettrait de bénéficier à terme, en plus des 14 policiers (…), d’effectifs supplémentaires ». « Son discours a été plutôt rassurant, mais je resterai vigilant », note Jean-Paul Fournier.

Des nouveaux policiers… pas vraiment nouveaux

Mais ces 14 nouveaux policiers ne sont pas nouveaux, précise Sandy Issartel, la déléguée Unité SGP Police FO dans le Gard. « Cela date de quatre ou cinq mois, Gérald Darmanin les avait promis au maire, précise-t-elle. Sa venue, lundi, n’a rien apporté de plus. » « Dix arrivent le 1er avril, dont six pour la création d’une brigade VTT, et quatre pour renforcer le groupe de surveillance de la voie publique, note Franck Groux, son homologue à Alliance Police. Les quatre autres sont prévus pour septembre. Mais nous craignons que ces derniers soient noyés dans le mouvement général des mutations. »

Pour le policier, 14, face à la dégradation sécuritaire, c’est loin d’être suffisant. Il en manque, dit-il, 50. De son côté, Sandy Issartel assure que s’il y avait « des effectifs en plus, nous les accueillerions à bras ouverts. Mais on commence à revenir à effectif constant, où l’on peut travailler correctement et en sécurité. » Les deux syndicalistes déplorent en revanche l’abandon de deux autres territoires du Gard : Bagnols-sur-Cèze et Alès. « Ces circonscriptions tombent en désuétude », confie Sandy Issartel.