Montpellier : Avec trois nouveaux satellites étudiants en 2021, le Centre spatial universitaire décroche la Lune

ESPACE Le site héraultais fut le pionnier en France de la création de nanosatellites étudiants

Nicolas Bonzom

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Les étudiants travaillent en collaboration avec des chercheurs, des entreprises et les agences spatiales.
Les étudiants travaillent en collaboration avec des chercheurs, des entreprises et les agences spatiales. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Le Centre spatial universitaire de Montpellier fut pionnier de la création de nanosatellites étudiants en France. Deux nouveaux satellites sont prêts à être mis en orbite, sans doute au printemps, et un troisième devrait l’être d’ici la fin de l’année.
  • Une trentaine d’étudiants travaillent chaque année au sein de l’organisme montpelliérain, encadrés par une vingtaine d’ingénieurs professionnels.
  • Outre le monde spatial et des acteurs industriels, des gouvernements étrangers ont également fait confiance à la petite agence montpelliéraine.

Pionnier des nano satellites étudiants en France, le Centre spatial universitaire de Montpellier (Hérault) poursuit sa conquête des étoiles. Après Robusta 1A, lancé dans l’espace en 2012 et détruit après de bons et loyaux services en 2015, et Robusta 1B, lancé en 2017 et toujours en orbite, cette école pas comme les autres attend avec impatience que les trois autres « Cube Sat » qu’elle a conçus soient mis en service.

« Deux d’entre eux sont totalement prêts au lancement. Ils ont été testés, ils auraient dû être lancés au mois de novembre, confie Laurent Dusseau, directeur du Centre spatial universitaire de Montpellier et de la fondation Van Allen, qui soutient l’action du site. Ils étaient prêts à partir à Kourou », la prestigieuse base spatiale guyanaise d’où s’envoleront ces petits satellites fabriqués par des étudiants. Mais la pandémie, et quelques défaillances techniques sur les lancements, ont retardé l’échéance. Les mises en orbite pourraient avoir lieu en mai ou en juin. « Cela dépendra de la situation sanitaire, et de la reprise des vols de la fusée Vega », note Laurent Dusseau.

Un satellite pour mieux prédire les épisodes cévenols

Parmi eux, il y a le nano satellite Robusta 1D Celesta, construit par une cinquantaine d’étudiants, qui doit permettre d’apporter de précieuses informations sur l’environnement radiatif autour de la Terre. Son petit frère, Robusta 1E, fabriqué avec le concours de l’Agence spatiale européenne par une vingtaine d’ingénieurs aérospatiaux en herbe, doit lui aussi collecter une foule de données scientifiques dans les étoiles.

Deux étudiants fabriquent un nanosatellite.
Deux étudiants fabriquent un nanosatellite. - N. Bonzom / Maxele Presse

Un troisième nano satellite, baptisé Robusta 3A Méditerranée, sur lequel se sont penchés 300 étudiants pendant huit ans, est en cours de finalisation, et pourrait être prêt au lancement à la fin de l’année. Il doit permettre de collecter des informations environnementales, qui seront transmises à Météo-France, afin d’améliorer la prévision des épisodes cévenols (lire ici). Le projet prévoit d’embarquer des capteurs sur des navires, traversant la Méditerranée, depuis le port de Sète. C’est le petit satellite qui va assurer la communication entre la Terre et l’espace. Le dispositif avait reçu l’aval d’Annick Girardin, ministre de la Mer, en septembre, qui avait salué « la collaboration réussie entre gens de mer et des acteurs de l’innovation technologique et spatiale ».

Des partenariats avec des Etats africains

L’aventure de la conquête spatiale à Montpellier a commencé en 2001, lorsque des étudiants ont participé à la création d’un petit satellite, pour l’université d’Arizona, aux Etats-Unis. Si le lanceur a malheureusement explosé en vol, détruisant les nombreux nano satellites qu’il devait mettre en orbite, l’expérience a initié le travail de l’université héraultaise sur le spatial. Cinq ans plus tard, la création du premier nano satellite français était confiée par le CNES, le Centre national d’études spatiales, à des étudiants du coin. Et neuf ans plus tard, en 2015, le Centre spatial universitaire sortait de terre.

Un ancien étudiant suit le parcours d'un nanosatellite.
Un ancien étudiant suit le parcours d'un nanosatellite. - N. Bonzom / Maxele Presse

Depuis son ouverture, il s’est frayé une place de choix dans l’espace, dont Toulouse avait jusqu’alors le monopole. « Nous sommes partis d’une feuille totalement blanche, et nous avons créé un projet complet d’enseignement, d’innovation et de développement économique », explique le directeur. Les étudiants, eux, sont plongés dans des situations réelles. Si leur contribution a échoué, si le satellite explose, si on le perd dans l’espace, c’est pas pour du beurre. « L’objectif était de créer une agence miniature, avec tous les risques que cela comporte », reprend-il. Une trentaine d’étudiants y œuvrent chaque année, encadrés par une vingtaine d’ingénieurs professionnels.

« Une chance »

« Dans le secteur spatial, c’est assez compliqué d’obtenir des stages, et le Centre spatial universitaire de Montpellier permet d’avoir une première expérience très enrichissante et réaliste, confie Samuel Rowling, un étudiant ingénieur, en stage depuis le mois de septembre. Ce sont de vrais satellites, qui partent sur de vraies fusées. C’est un véritable travail spatial. Ce stage est une vraie chance dans mon parcours professionnel. »

Outre le monde spatial et plusieurs acteurs industriels, des gouvernements étrangers ont également fait confiance à la petite agence montpelliéraine, notamment ceux de Djibouti et du Sénégal. « Nous recevons des étudiants de ces pays, envoyés par leurs gouvernements, qui suivent nos formations, reprend Laurent Dusseau. L’objectif, c’est qu’ils assemblent les premiers satellites de leurs pays. Nous allons les guider, jusqu’au lancement. » Ces satellites africains devraient être mis en orbite d’ici 2022. Et permettre au Centre spatial universitaire montpelliérain de rayonner encore un peu plus.