Montpellier : Trop bruyants et polluants, la mairie veut chasser les livreurs à scooter du centre-ville

NUISANCES Les riverains sont assommés par le bruit des deux-roues motorisés, selon Sébastien Cote, élu à la sécurité

Nicolas Bonzom

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Un livreur à scooter sur la place de la Comédie, à Montpellier
Un livreur à scooter sur la place de la Comédie, à Montpellier — N. Bonzom / Maxele Presse
  • La ville de Montpellier s’attaque aux scooters qui circulent dans l’Ecusson, malgré l’interdiction. Elle pointe notamment du doigt les livreurs de repas.
  • Dimanche, 18 ont été verbalisés. Une action qui a indigné certains internautes.
  • Sébastien Cote, l’élu à la sécurité, assume : « Est-ce que cela choquerait quelqu’un de voir un chauffeur routier, qui grille un feu rouge en ville, verbalisé ? », confie-t-il.

La ville de Montpellier (Hérault) ne veut plus de scooters dans l’Ecusson. Et les principaux visés, ce sont les livreurs de repas, qui sont nombreux à ne pas rouler à vélo, mais sur des deux-roues motorisés. Dimanche, Sébastien Cote (PS), l’adjoint chargé de la sécurité a confié sur Twitter qu’en « une heure, 18 verbalisations » ont été dressées sur l’aire piétonne de la ville pour « circulation non autorisée de scooters au préjudice des riverains », assommés par le bruit des bécanes. Selon l’élu, quasiment tous les PV concernaient des livreurs travaillant pour Uber Eats et Deliveroo.

Et, selon Sébastien Cote, les verbalisations vont se poursuivre. Car, pour l’élu, il est hors de question que des scooters motorisés sillonnent l’Ecusson, qui est réservé aux piétons. Ceux à vélo, bien sûr, ne sont pas concernés par cette traque. « Comme, en raison du couvre-feu, dans l’Ecusson, à partir de 20 heures, il n’y a plus personne, les riverains, notamment de la rue de Verdun ou de Boussairolles, n’entendent plus que le bruit pas possible de dizaines de scooters, qui roulent à 50 ou 60 km/h », explique l’élu.

« C’est une réponse complètement déconnectée de la réalité »

Ces verbalisations ont choqué certains internautes, qui ont pointé du doigt la pénalisation de travailleurs précaires. Le Parti ouvrier indépendant a aussi fait part de sa colère. « On ne peut qu’être scandalisé de la manière dont la mairie traite des travailleurs dans la plus grande précarité, sous-payés. Lutter pour la qualité de vie des habitants du centre-ville est certes louable, mais comment comprendre que l’on prélève fièrement 135 euros à ceux qui n’ont rien d’autre pour vivre ? (…) Sans dénigrer le vélo : qui peut reprocher à des jeunes livreurs de se protéger du froid en cette période, en livrant sur un engin motorisé ? (…) Nous demandons que ces opérations cessent. Si l’on veut s’attaquer aux plates-formes, on s’y attaque directement, ce sont elles qui réalisent les bénéfices. »

Ludovic Rioux, livreur à vélo à Lyon et représentant du collectif national des syndicats de livreurs de la CGT, est lui aussi indigné par ces pluies de PV. « C’est scandaleux, confie-t-il. Les travailleurs des plates-formes de livraisons sont des travailleurs auquel le statut d’auto-entrepreneur est imposé, donc l’amende, c’est pour leur pomme. Ce sont des travailleurs précaires, qui sont bien obligés de travailler en scooter, pour faire un chiffre d’affaires suffisant. C’est une réponse complètement déconnectée de la réalité. »

« Est-ce que cela choquerait de verbaliser un chauffeur routier qui grille un feu ? »

Sébastien Cote ne comprend « pas du tout » cette indignation. « Je n’ai aucun problème avec les livreurs, note l’élu. J’ai un problème avec les scooters dans l’aire piétonne. Je rappelle qu’à l’origine, tous les livreurs étaient à vélo. J’en veux énormément aux plates-formes, qui laissent faire, au mépris du Code de la route, de la tranquillité des riverains, et des émissions polluantes. Mais il faut aussi responsabiliser les livreurs. Beaucoup sont à vélo. Est-ce que cela choque quelqu’un de voir un chauffeur routier, qui grille un feu rouge en ville, verbalisé ? Est-ce qu’on viendrait de me demander si c’est normal ? Nous faisons respecter la règle de l’aire piétonne. » L’élu invite les plates-formes à discuter avec la ville « de la régulation des scooters dans le centre-ville. Je n’ai pas envie d’un Ecusson où tout le monde s’en va parce qu’il y a trop de bruit. »

Un livreur à scooter près de la place de la Comédie, à Montpellier
Un livreur à scooter près de la place de la Comédie, à Montpellier - N. Bonzom / Maxele Presse

Sollicité par 20 Minutes, un porte-parole d’Uber Eats convient que l’activité de la plate-forme peut « dans de rares cas générer localement des frustrations. Nous mettons en place des actions concrètes pour un partage harmonieux de la voie publique et rappelons aux livreurs les règles qu’ils doivent respecter en termes de stationnement et de respect des riverains. » Chez Uber Eats, lorsqu’une gêne du fait de la présence de livreurs en stationnement entre deux courses est constatée, un message de sensibilisation est envoyé aux livreurs, indique la plate-forme, en leur rappelant la nécessité de respecter la tranquillité publique lors de la récupération des commandes. La société indique également qu’elle rappelle régulièrement aux coursiers d’adopter un comportement respectueux des usagers de la route et du voisinage.

Bientôt un lieu abrité pour les livreurs (à vélo)

Uber Eats indique également avoir mis en place un dispositif spécifique pour identifier les lieux de rassemblement qui peuvent poser souci, pour faire en sorte que les livreurs qui seraient à cet endroit ne puissent pas recevoir de courses, afin d’éviter les nuisances. C’est notamment le cas sur la place de la Comédie. « C’est quelque chose que l’on a obtenu d’eux, et de Deliveroo », explique l’élu montpelliérain à la sécurité.

Ludovic Rioux, de son côté, salue les initiatives de certaines communes, qui souhaitent créer des locaux, pour que les coursiers puissent s’abriter, prendre une douche ou réparer leur matériel. « Nous y sommes favorables, mais à court terme, note le représentant CGT. C’est tout de même aux employeurs de prendre leurs responsabilités, et non pas aux collectivités de financer cela avec de l’argent public. » A Montpellier, la mairie n’étudie pas la possibilité de créer un local, mais un « spot », abrité, dans un lieu qui n’a encore été défini dans l’Ecusson, « où les livreurs à vélo pourront venir tranquillement s’installer pour attendre leurs commandes », note Sébastien Cote.