Dans « Dreamland », le mangaka Reno Lemaire représente Montpellier comme dans un rêve

TRAIT POR-TRAIT « 20 Minutes » s’intéresse aux dessinateurs, illustratrices ou bédéastes dont l’œuvre s’ancre dans un territoire. Pour Montpellier, c’est l’auteur de mangas Reno Lemaire qui dévoile la façon dont il s’inspire de la ville pour donner vie aux personnages de Dreamland

Jérôme Diesnis

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Reno Lemaire s'inspire de Montpellier, sa ville, où vivent ses personnages de Dreamland, le jour.
Reno Lemaire s'inspire de Montpellier, sa ville, où vivent ses personnages de Dreamland, le jour. — Olivier Leleu
  • Dans la série Trait Por-Trait, 20 Minutes suit le trait de crayon de onze dessinatrices, illustrateurs ou bédéastes dont l’œuvre met en avant une ville, un territoire.
  • Reno Lemaire est l’un des rares auteurs français de manga à connaître le succès depuis 15 ans. Sa saga Dreamland se déroule à Montpellier le jour et dans une vie onirique la nuit.
  • Dans un univers où le Japon est omniprésent, l’auteur de manga montpelliérain a su s’imposer comme une référence et gagner une réputation de défricheur... qu’il rejette.

A chaque dédicace, la même image : « Il y a un monde de dingue. Depuis le fond de la librairie jusqu’à l’angle de la rue, souligne Jean-Pierre Macle, de la librairie Planètes interdites. Reno peut passer des heures à faire des dessins pour ses fans. » « Ça fait partie de sa personnalité. Il est extrêmement accessible, cool, comme dans la vie de tous les jours, abonde son associé, Laurent Rusques. C’est l’un des auteurs français de manga les plus lus. Et l’une des clés de son succès, c’est cette proximité avec son lectorat. »

« Mes personnages ne sont pas stressés. Je les trouve bien à l’image de Montpellier »

De jeunes adultes ou des ados, essentiellement, comme ceux qui nourrissent son histoire. Leurs journées se déroulent à Montpellier. Là où Reno Lemaire est né et a passé l’essentiel de sa vie. « La nuit, mes personnages vivent dans un monde onirique où leurs faiblesses deviennent des forces. Alors, la journée, leur vie devait être très réaliste, avec leurs questions d’ados. Le plus simple était de les retrouver dans des endroits que je connais bien, à Montpellier, Palavas… Je ne les trouve pas stressés, représentatifs de la ville. »

Dreamland est né en 2005. A une époque où faire du manga, quand on s’appelle Lemaire, était improbable. La voie à ouvrir, forcément compliquée. « Je crois que personne ne s’est autant fait défoncer que moi à l’époque, en sourit-il. Je ne rentrais dans aucune case. Le milieu de la BD franco-belge me boudait parce que je représentais à ses yeux l’envahisseur japonais. Je m’y attendais un peu. Et j’ai été rejeté par le public manga qui estimait que j’étais sacrilège. Ça, ça a été plus inattendu. »

« J’étais le test éprouvette »

Il y a gagné une réputation de défricheur. « J’étais le test éprouvette avec lequel mon éditeur ne cherchait non pas à gagner de l’argent mais à ne pas trop en perdre. Car il est bien moins risqué de racheter des licences que de financer la création, qui est forcément une prise de risque. Alors, un auteur français de manga… Mais loin de moi l’idée d’être le précurseur d’une pseudo-mouvance. On m’a mis ce rôle sur les épaules, Moi, je voulais juste écrire ma petite histoire. Dreamland, c’est un kif très personnel ».

Défricheur, il l’est en ayant souvent innové. En s’attachant, par exemple les services d’assistants décors (les feuillages, certains arrière-pans, etc.), « comme le font les Japonais ». Quitte, pour l’un des deux premiers, à le payer de sa poche. « On ne peut pas tomber 200 pages, en six ou sept mois, seul. » Aussi pro que rêveur, aussi attaché à son indépendance que sociable, Reno Lemaire est l’un des rares Français à avoir fidélisé son public. « Les traits et les attitudes de mes personnages sont très européens », glisse-t-il. « Il connaît très bien la culture japonaise. C’est le manga français le plus proche d’un manga japonais. Ce n’est pas un hasard si ça fonctionne si bien », note Jean-Pierre Macle. Inclassable, vraiment.