Pourquoi le projet de LGV entre Montpellier et Perpignan traîne-t-il depuis plus de 20 ans ?

TRAIN Une nouvelle concertation citoyenne a été lancée par SNCF Réseau

Nicolas Bonzom

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Un train de frêt à la gare Sud de France, à Montpellier, sur le chemin de la future ligne LGV.
Un train de frêt à la gare Sud de France, à Montpellier, sur le chemin de la future ligne LGV. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • SNCF Réseau a lancé une nouvelle concertation citoyenne, énième étape du projet, pour recueillir des avis et des questionnements sur la LGV Montpellier-Perpignan.
  • Ce projet traîne depuis plus de 20 ans dans l’ex-Languedoc-Roussillon. L’Etat l’a longtemps ballotté dans tous les sens. Aujourd’hui, il en fait une « priorité ».
  • Selon la loi dans laquelle elle est inscrite, la première phase entre Montpellier et Béziers doit être réalisée avant la fin 2029. Et le reste, avant la fin 2039.

Le projet de ligne à vitesse (LGV) entre Montpellier (Hérault) et Perpignan (Pyrénées-Orientales) est un véritable serpent de mer. La première fois qu’il a été acté, c’était en 1995, lors de la signature des accords de Madrid : la France et l’Espagne s’étaient alors engagés pour la construction d’une ligne ferroviaire, entre les deux pays.

Depuis, le projet traîne, bien qu’il fasse l’unanimité auprès des élus, de tous bords, dans l’ex-Languedoc-Roussillon. A la faveur de la tenue d’une nouvelle concertation citoyenne, la troisième, énième étape sur le sujet, 20 Minutes s’est posé une question : Pourquoi la LGV tarde-t-elle tant à être mise sur les rails ?

TER supplémentaires, gain de temps… De nombreux avantages

Ce chaînon manquant de 150 km, entre la France et la frontière espagnole, qui doit relier Montpellier à Toulouges, près de Perpignan, présenterait pourtant de sacrés avantages, selon ses plus fervents défenseurs. La ligne, qui doit accueillir des voyageurs bien sûr, mais aussi du fret, permettrait aux usagers de « gagner 39 minutes » sur le trajet, indique Stéphane Lubrano, directeur de la mission de la LGV auprès de la SNCF.

Mais surtout, poursuit Stéphane Lubrano, « la création de cette nouvelle ligne permettra de désengorger la ligne classique », proche de la saturation, et d’améliorer, sur cette dernière, « les trajets du quotidien ». Le doublement de la ligne pourrait ainsi conduire la région Occitanie, chef d’orchestre en la matière, à faire circuler plus de TER sur les rails actuels. « Nos liaisons régionales sont saturées, ne nous permettant pas de proposer des dessertes supplémentaires entre Montpellier, Béziers, Narbonne et Perpignan », a confirmé, le 12 novembre, la présidente de la région, Carole Delga (PS).

Le projet est également une « urgence », note l’élue, « en raison des risques climatiques, de submersion marine, de la ligne actuelle qui nous oblige à apporter une solution sécurisée pour les voyageurs par la construction d’une nouvelle ligne. » La création de la LGV pourrait aussi avoir un effet positif sur la ponctualité des trains.

Un projet ballotté par l’Etat dans tous les sens

Mais alors, pourtant est-elle tant repoussée ? Son coût, d’abord, 5,52 milliards d’euros. Ce « barrage sur la question financière », la région Occitanie a contribué à « le lever », se réjouit Jean-Luc Gibelin (Nouveau monde), vice-président de la collectivité, en charge des transports, « en proposant la création d’une société de projet, à l’instar de ce qu’il s’est fait pour le Grand Paris ». Tout un tas de décisions de l’Etat, qui ont ballotté le projet dans tous les sens, ont également considérablement ralenti sa réalisation. « Il y a eu des non-prises de position, et même des prises de position contraires, pendant longtemps », déplore Jean-Luc Gibelin. « Désormais, toute marche en avant est bonne à prendre. »

« En 2016, un premier dossier allait être déposé, mais une décision ministérielle a demandé que le projet soit phasé », explique Stéphane Lubrano. Il a été ainsi été coupé en deux, avec la réalisation, d’abord, du tronçon entre Montpellier et Béziers, puis celle jusqu’à Perpignan ensuite, retardant encore un peu plus l’échéance. L’Etat a, ensuite, donné la priorité aux trajets du quotidien, faisant craindre à ses défenseurs que la LGV ne soit renvoyée aux calendes grecques. Et poussant les élus, portés par la région, à lancer, en 2017, une vaste campagne pour soutenir le projet. Finalement, en 2019, la LGV languedocienne a été inscrite dans la loi d’orientation des mobilités.

Désormais, l’Etat en fait une « priorité »… Vraiment ?

Depuis, l’Etat et les ministres qui se sont succédé n’ont cessé d’en vanter les mérites. Le 12 novembre dernier, en marge d’un comité de pilotage sur le sujet, Etienne Guyot, le préfet de l’Occitanie, a une fois encore assuré qu’il s’agissait d’une « priorité pour l’Etat ». « Ce comité de pilotage a permis de confirmer l’engagement des acteurs pour la poursuite des études préalables à l’enquête publique et les acquisitions foncières, a-t-il indiqué. Nous sommes convenus de préparer un projet de protocole de financement du projet pour le printemps 2021, et une première réunion sur ce sujet se tiendra en décembre. » L’enquête publique, elle, pourrait démarrer à l’automne 2021.

Que le territoire ne s’emballe pas pour autant : la LGV n’est pas encore sortie de terre. La loi de 2019 précise que les travaux de la première phase du projet, entre Montpellier et Béziers, devront être engagés au plus tard avant la fin de l’année 2029. Et ceux de la deuxième phase, au plus tard encore, avant la fin de l’année… 2039. Dans 20 ans, donc. En 2039, cela fera donc près de 45 ans que la LGV est dans les cartons.

Pour contribuer à la concertation citoyenne, rendez-vous ici.