Coronavirus à Montpellier : Bénévoles pendant le confinement, les couturières de cet atelier sont aujourd’hui rémunérées

EPIDEMIE Aux Nouvelles grisettes, on fabrique jusqu’à 10.000 masques par mois… et les « carnets de commandes sont très chargés »

Nicolas Bonzom

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Au sein de l'atelier des Nouvelles grisettes
Au sein de l'atelier des Nouvelles grisettes — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Près de Montpellier, les couturières de l’atelier des Nouvelles grisettes, qui étaient bénévoles pendant le confinement, sont aujourd’hui rémunérées.
  • Si certaines unités de production déplorent que les masques leur restent sur les bras, dans cet atelier héraultais, les « carnets de commandes sont très chargés ».
  • A terme, environ 10.000 masques vont sortir de l’atelier tous les mois.

Depuis que le Covid-19 sévit en France, nombreuses sont les couturières qui ont mis leur talent au profit de l’effort national, en confectionnant des masques en tissu, denrée rare il y a deux mois. A Montpellier (Hérault), les bénévoles s’étaient fédérées au sein du collectif SOS Masques, et avaient fourni gracieusement, pendant plusieurs semaines, les soignants, les hôtes de caisse, les boulangers ou les éboueurs.

Ces talents se sont aujourd’hui professionnalisés, ont acquis des machines de pointe, et ont créé Les Nouvelles grisettes, du nom des célèbres ouvrières de la mode, du XVIIIe et du XIXe siècles. Hébergées à Mauguio (Hérault), par l’agglomération du Pays de l’Or, elles ne sont plus bénévoles, et facturent désormais leurs prestations.

« Chacun est libre de s’inscrire, selon ses disponibilités »

« Pendant le confinement, j’ai rejoint SOS Masques, et aujourd’hui, je suis aux Nouvelles grisettes, se réjouit Géraldine, l’une des quinze couturières à l’œuvre dans cet atelier. Je fais de la couture, de la coupe. Il y a des plannings, chacune est libre de s’y inscrire, sur des tranches horaires de trois heures, selon ses disponibilités. » « L’atelier donne la possibilité à ces femmes, cheffes d’entreprises, de maintenir leur emploi, et de développer leur chiffre d’affaires », explique Roger-Yannick Chartier, directeur général d’une entreprise immobilière, qui porte le projet avec trois autres associés.

Aux Nouvelles grisettes, on fabrique des masques certifiés Afnor, traditionnels pour certains, mais à l’allure très chic pour d’autres, qui s’attachent derrière la tête, et non plus derrière les oreilles. En un mois et demi, 6.000 masques ont été conçus, et livrés à des entreprises du coin, mais aussi au Brésil et aux Etats-Unis. A terme, environ 10.000 masques vont sortir de l’atelier tous les mois. Et les « carnets de commandes sont très chargés », assure Muriel Fournier, gérante d’une entreprise de propreté, présidente des Nouvelles grisettes. Etonnant, quand d’autres unités de production en France déplorent que les masques leur restent sur les bras, face à un marché au bord de la saturation.

Au sein de l'atelier des Nouvelles grisettes
Au sein de l'atelier des Nouvelles grisettes - N. Bonzom / Maxele Presse

« Le marché des masques va se stabiliser »

« Il risque évidemment d’y avoir une surproduction, mais il y a production et production, répond Muriel Fournier. Il y a des masques d’une qualité médiocre, et ceux-là ont certainement été surproduits, parce qu’ils étaient faciles à produire. Le côté chic des masques a émergé assez rapidement, par le choix des tissus, et par la confection en elle-même. On souhaite garder ce côté-là, c’est une façon de se démarquer. »

Aux Nouvelles grisettes, on produit jusqu'à 10.000 masques par mois
Aux Nouvelles grisettes, on produit jusqu'à 10.000 masques par mois - N. Bonzom / Maxele Presse

Car aux Nouvelles grisettes, tout le monde en est persuadé : le masque deviendra bientôt un accessoire comme un autre, à l’exemple du parapluie. Que l’on assortira à nos vêtements. « Cela peut être un produit que l’on rachète régulièrement, donc je pense que le marché va se stabiliser », note la présidente. Selon les commandes et les produits, les Nouvelles grisettes vendent leurs masques environ 6,50 euros. « Bien sûr que l’on surfe sur la vague, mais il ne faut pas surfer n’importe comment sur la vague, reprend Muriel Fournier. Il faut surfer avec éthique, avec nos valeurs. Nous allons essayer de faire en sorte que les choses soient rentables, que tout le monde puisse gagner sa vie. »

Outre des masques pour des entreprises, l’atelier a absorbé les productions de plusieurs boutiques et marques haut de gamme, notamment de linge de maison. Les couturières se disent d’ailleurs à l’écoute de créateurs, qui souhaiteraient lancer leurs productions.