Déconfinement à Montpellier : En bord de mer, la réouverture des paillotes pavée d’incertitudes

ECONOMIE Toutes attendent avec impatience la prise de parole du Premier ministre, jeudi

Nicolas Bonzom
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Le Carré Mer (illustration)
Le Carré Mer (illustration) — Jérôme Diesnis / Agence Maxele Presse
  • En raison des mesures de confinement liées à l’épidémie de Covid-19, les plages privées n’ont pas attaqué leur saison comme prévu, au début du mois d’avril.
  • Si la préfecture a autorisé le montage de leurs structures, certaines ont préféré attendre que les mesures de la reprise soient précisées par l’Etat.
  • Avec deux mois de moins, la situation économique des paillotes est très compliquée.

Pour les amoureux des paillotes, ce printemps est quelque peu amer. En raison des mesures liées à l’épidémie de Covid-19, les plages privées, qui attirent d’ordinaire déjà les foules en cette période de l’année, n’ont pas pu ouvrir. Toutes attendent, non sans une certaine impatience, la prise de parole du Premier ministre Edouard Philippe, jeudi, qui devrait préciser les nouvelles étapes du déconfinement.

Dans l'Hérault, notamment, les concessionnaires de paillotes ont eu néanmoins l’autorisation de la préfecture pour monter leurs structures éphémères, afin d’être opérationnels quand l’heure de la réouverture aura sonné. A la Grande-Motte, la Paillote Bambou a, par exemple, entamé le montage de la plage ce mardi, donnant rendez-vous à ses habitués « d'ici trois semaines ». Mais certains n’ont pour l’instant pas saisi cette opportunité préfectorale, face à un avenir bien trop incertain.

« Si nous ouvrons, nous ferons entre quatre et cinq fois moins que d’habitude »

« Tant que nous ne savons pas avec certitude si nous allons pouvoir ouvrir, et dans quelles conditions, nous ne montons pas nos structures, explique Joël Ortiz, le patron de la Voile bleue, l’une des paillotes historiques de la Grande-Motte. Nous ne pouvons pas prendre le risque financier, car un tel montage coûte environ 80.000 euros. »

Aujourd’hui, Joël Ortiz n’est même pas certain que sa plage privée ouvrira cet été. « Si on me dit que je n’ai pas le droit à plus de 50 personnes, je n’ai aucun intérêt à monter, confie le chef d’entreprise héraultais. Habituellement, nous ouvrons la première semaine d’avril, et nous finissons la deuxième semaine de septembre. Si nous ouvrons, nous estimons que l’on fera entre quatre et cinq fois moins que d’habitude. »

Priorité « à la santé »

Joël Ortiz, qui indique recevoir des messages « tous les jours » de clients impatients de retrouver leur paillote, déplore aujourd’hui être « à la limite de déposer le bilan ». « Cela fait plus d’un an que je n’ai pas rentré un euro », note-t-il. L’an dernier, déjà, les plages privées avaient été pointées du doigt par l’ancien préfet, qui les avait accusées d’être la source de nuisances sonores. « Monsieur le préfet m’a coupé la musique, j’ai perdu 800.000 euros de chiffre d’affaires en deux mois… Et cette année, c’est le coronavirus », confie Joël Ortiz, qui, malgré tout, donnera quoi qu’il arrive la priorité à « la santé », note-t-il. « Quitte à mettre en péril ma société, il faut d’abord qu’il n’y ait plus de problèmes sanitaires. L’État doit nous aider à redémarrer en baissant la TVA, en ne mettant pas de charges sur cette année, et en poursuivant les mesures de chômage partiel. »

L’équipe de l’Effet Mer, à la Grande-Motte, a elle aussi décidé de ne pas entamer ses travaux. « Nous nous préparons, mais nous n’avons pour l’instant pas de visibilité sur une éventuelle réouverture », confie-t-on, du côté de cet autre temple des nuits estivales. « Nous sommes prêts à annoncer une réouverture, mais il y a une bonne quinzaine de jours de montage tout de même. » Même topo du côté de la Dune, la célèbre discothèque située en front de mer à quelques pas de là, et de son roof top.

Des places en moins au restaurant

A Villeneuve-lès-Maguelone, le Carré Mer, dont le restaurant a la particularité de ne pas se trouver sur le domaine maritime, a pu quant à lui entamer ses travaux à la fin du mois de février. Le chantier avait été interrompu lors du confinement, puis avait repris au début du mois de mai. « Cette saison sera quoi qu’il arrive très entamée, mais nous avions fait des investissements en vue de la réouverture, donc nous irons jusqu’à la réouverture », confie Olivier Château, l’un des gérants de l’établissement de bord de mer.

L’équipe de la plage privée a déjà imaginé des mesures particulières, en attendant les annonces officielles du gouvernement. « Au Carré Mer, nous avons d’ordinaire 170 à 180 places assises au restaurant, et en respectant la distanciation physique, nous tombons à 70 à 75. Nous allons essayer de faire un ou deux services, de responsabiliser notre clientèle. » Et pour Olivier Château, l’installation de matelas sur la plage est sérieusement compromise. « Nous allons essayer de proposer à notre personnel, s’il le souhaite, d’être testé avant de démarrer », ajoute le gérant, qui précise que « dans la restauration, nous sommes déjà bien habitués à respecter les gestes barrières ». Le farniente en bord de mer aura quoi qu’il en soit une saveur particulière, cet été.