Montpellier : Une journaliste aurait été empêchée de faire son travail lors d'une manifestation d'extrême-droite

PRESSE Cette journaliste, dépêchée par l'AFP, s'est fait notamment dérober son téléphone portable

Nicolas Bonzom

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Des drapeaux de la Ligue du Midi (illustration)
Des drapeaux de la Ligue du Midi (illustration) — XAVIER MALAFOSSE/SIPA

Dimanche matin, des membres de la Ligue du Midi, un groupuscule d’extrême droite, se sont réunis à Montpellier pour rendre hommage à Jeanne d’Arc. Une trentaine de personnes étaient présentes, selon les informations recueillies auprès des services de police. Ce rassemblement avait été interdit trois jours plus tôt par arrêté préfectoral.

C’est lors de ce rassemblement, coorganisé avec les mouvements Action française et Les volontaires pour la France, qu’une journaliste, qui travaillait pour l’AFP ce jour-là, dit avoir été empêchée de faire son travail. Dans un thread sur Twitter, la Montpelliéraine, qui n’a pas souhaité répondre aux questions de 20 Minutes, a déploré dimanche avoir été victime d’intimidations, et que son téléphone portable lui ait été volé.

Les vidéos ont été effacées, déplore la journaliste

Lorsqu’elle l’a récupéré, après avoir déposé plainte au commissariat, toutes les vidéos qu’elle avait captées lors du rassemblement avaient été effacées, écrit-elle. « Je ne peux pas vous montrer ces vidéos où l’on voit le "patron" de la Ligue du Midi, Richard Roudier, faire tranquillement son petit discours devant ses fidèles et devant la police, en pleine rue. "T’as cinq minutes Richard [Roudier], pas plus", a prévenu la police nationale », indique la journaliste. « [Richard] Roudier est venu vers moi. "C’est privé ici, madame, dégagez." "Non, c’est une rue ici, monsieur. Ce n’est pas privé" », relate-elle, sur Twitter.

« Plusieurs membres ont ensuite tenté de m’intimider en me poussant pour que je "dégage", poursuit la journaliste, sur le réseau social. Puis, un militant est arrivé en courant derrière moi, s’est emparé de mon téléphone puis s’est enfui. »

Le Club de la presse souhaite un « signal fort » des autorités

La journaliste a reçu le soutien de nombreux confrères, notamment du Club de la Presse d’Occitanie. « Le Club de la presse condamne fermement ces exactions qui malheureusement ne sont pas les premières de la part de la Ligue du Midi, confie Céline Cammarata, la présidente du Club de la Presse d’Occitanie, dans une vidéo diffusée sur Facebook. Nous tenons à apporter tout notre soutien à notre consœur. Nous attendons un signal fort de la part des autorités compétentes. Nous allons suivre avec beaucoup d’attention les suites juridiques qui, nous espérons, vont être données. »

Interrogé par 20 Minutes, Richard Roudier, le fondateur de la Ligue du Midi, réfute toute tentative d’intimidation. « J’ai appris qu’une journaliste s’était faite houspiller, confie-t-il. Je suppose que c’est la même à qui j’avais demandé de ne pas faire un travail de "basse police". Elle venait sous notre nez, nous photographier en pleine face, écouter nos conversations [privées, précise-t-il]. Je lui ai demandé de ne pas rester là, alors que le rassemblement était disloqué (…) Nous l’avons laissée travailler. Mais pas faire un travail de barbouze. »

La police indique avoir demandé la dispersion du rassemblement

« La police nous a demandé de ne pas déposer de gerbe, de ne pas rester là, de ne pas se grouper, relate le représentant de la Ligue du Midi. Puis, ils nous ont donné l’autorisation de rester pendant un moment. Puis, j’ai donné l’ordre de se disloquer. »

De son côté, la préfecture, sollicitée par 20 Minutes, précise que la police « a demandé la dispersion du rassemblement » et que « les trois organisateurs ont été verbalisés ».

Un suspect interpellé après le vol du portable

Les services de police indiquent quant à eux avoir présenté l’arrêté d’interdiction de la manifestation aux organisateurs, avant de leur demander, confirment-ils, qu’ils se dispersent. La police indique également qu’il n’y a pas eu de discours, que les gerbes n’ont pas été déposées, et que les drapeaux n’ont pas été déployés.

Concernant le vol du téléphone portable de la journaliste, le parquet indique à 20 Minutes qu'un suspect a été interpellée un quart d'heure après les faits. Il s'agit d'un mineur de 16 ans, dont aucun des éléments de la procédure ne permet en l'état de déduire qu'il participait à la manifestation. Il est d'ores et déjà convoqué par le juge des enfants pour mise en examen, confie Fabrice Bélargent, le procureur de la République de Montpellier.

Richard Roudier, le fondateur de la Ligue du Midi, enfin, indique avoir pris contact avec son avocat, et se réserver le droit de déposer une plainte pour diffamation.